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Le Balcon du Jura cherche des pistes pour un tourisme quatre saisons

11 février 2020 | Edition N°2681

L’or blanc devient de plus en plus rare. Les instances touristiques songent à revoir leur stratégie.

Selon l’Office fédéral de météorologie et climatologie, les régions de montagne situées au-dessus de 1000 mètres ont connu cette année le troisième mois de janvier le plus doux depuis le début des mesures en 1864. En 2019, la Suisse a même vécu sa cinquième année la plus chaude en plus de 125 ans. Une situation qui met à mal les activités de sport d’hiver sur le Balcon du Jura.

Sur les pentes du Chasseron, les responsables des remontées mécaniques ont attendu longtemps l’arrivée de la neige. Le froid de la semaine dernière a permis de fabriquer de la neige artificielle, et d’ouvrir les pistes le week-end dernier. Mais cela ne suffira pas. «En dix ans, nous n’avons connu que quatre saisons correctes», relève le président de la Société des remontées mécaniques du Balcon du Jura, Henri Criblez. La société a consenti quelque 2,5 millions de francs pour acquérir cinq canons à neige, somme à laquelle il convient d’ajouter les factures d’eau et d’électricité, soit 18 000 francs pour une saison moyenne.

Le ski nordique cartonne

De son côté, Hugues Gander, président du Groupement des skieurs de fond des Rasses (GSFR) se réjouit de voir que malgré les caprices météorologiques, 25 km de pistes sur les 65 que compte la station ont pu être tracées. «Notre société fonctionne grâce au bénévolat. En 43 ans, elle a toujours été auto-suffisante.» Selon lui, cela est dû à la fidélité des 900 membres, qui s’acquittent de cotisations et de leur vignette 80 francs ou 140 francs selon qu’ils optent pour le Jura ou pour toute la Suisse. Le président ajoute: «Les coûts de damage reviennent en moyenne à 2800 francs le kilomètre par saison. La vente des vignettes nous rapporte grosso modo 100 000 francs et nous permet de joindre les deux bouts. Nos deux dameuses coûtent 300 000 francs pièce et ne peuvent être conduites que par des professionnels que nous payons. En Suisse romande, il existe une trentaine de centres nordiques, mais on est le seul à s’autofinancer; ceci grâce à la fidélité de nos membres et à la très bonne qualité de nos pistes, sans oublier l’offre culinaire dans nos chalets d’alpages.»

Multiplier les activités

Une quinzaine de jeunes Yverdonnois partiront en week-end à L’Auberson durant les relâches. Brice, animateur, a déjà prévu des plans B. «Les jeunes sont demandeurs de ces week-ends. L’essentiel est de leur permettre de faire du sport et de se retrouver en groupe. Ils ne sont pas fans de ski de fond, mais nous pourrions les initier à la raquette ou aller à la patinoire à Vallorbe, ou encore nous amuser dans une escape room, à Orbe.»

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Un bon potentiel de développement

Une ouverture sur les quatre saisons pourrait être la solution.

«Il est urgent que les stations fassent évoluer leur modèle d’affaires.» L’Association pour le développement du Nord vaudois (ADNV) étudie actuellement les possibilités qui s’ouvrent sur le Balcon du Jura, en collaboration avec Saint-Croix, Bullet et le Canton. Pour mener cette étude, l’ADNV a mis au concours un poste de chef de projet. Les candidats seront auditionnés ces prochains jours. L’élu aura pour tâche d’étudier le potentiel de développement de la station sur les quatre saisons et disposera d’un mandat de 30 mois pour y parvenir. «Cette destination a vraiment un énorme potentiel. C’est déjà un lieu de villégiature autant en hiver qu’en été, relève Nadia Mettraux, directrice de l’ADNV. Nous allons essayer de mettre en place une gouvernance harmonisée pour tout ce qui concerne le tourisme et modifier les infrastructures. Par exemple, nous pourrions remplacer l’actuel remonte-pente par un télésiège. Nous pourrions développer l’offre pour le VTT ou la balade, et fonctionner en toute saison. Ces installations ont un coût fixe très important qui mériterait d’être réparti sur l’année. Nous aimerions que le Balcon du Jura soit un lieu d’accueil multiple.» Une solution impossible, estime le président des Remontées mécaniques du Balcon du Jura, Henri Criblez. «Les projets sont dans les tiroirs, mais nous rencontrons deux difficultés majeures: l’une est la priorité à accorder à l’élevage bovin sur le domaine skiable en été, et l’autre tient dans les coûts.» Hugues Gander, président du Groupement des skieurs de fond des Rasses imagine: «Dans l’éventualité d’une ouverture à l’année, notre centre nordique des Cluds pourrait très bien accueillir les cyclistes et les marcheurs.»

Pour l’heure, les autorités songent à inclure dans le forfait «T’es Royé» l’abonnement à la piscine. «Nous ne pouvons pas laisser tomber ce bijou touristique. Nous allons probablement faire appel à l’Aide suisse aux montagnards, tout comme au Canton et à la région. Beaucoup de pistes seront explorées, en y intégrant, pourquoi pas, la vallée de Joux? Nous pourrions créer un mini Magic Pass pour tout le Jura-Nord vaudois. Nous devons trouver des solutions tous ensemble», estime la directrice de l’ADNV. Luca Grand-Guillaume Perrenoud, ex responsable de l’Office du tourisme de Sainte-Croix, – il a quitté son poste vendredi – est très enthousiaste. «Par rapport aux Alpes, le Balcon du Jura propose une offre nettement plus intéressante. Nous disposons d’une multitude d’activités en dehors du ski: l’école de cirque, les musées, les piscines, le Centre thermal, sans oublier les châteaux de la région et une vue extraordinaire… De plus, à 1200 mètres d’altitude, nous bénéficions d’un soleil généreux. Notre clientèle est locale, mais pas seulement; nos hôtes viennent de Soleure, Berne, Fribourg, et même Zürich, sans oublier la France. Nous sommes conscients et prêts pour ce changement climatique.»

Dominique Suter