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Le castor a jeté ses yeux goulus sur les arbres de la plage

18 janvier 2019 | Edition N°2417

Yverdon-les-Bains –  Des rongeurs ont attaqué plusieurs végétaux, au bord du lac. La Ville a pris des mesures protectrices et planche sur des projets de cohabitation harmonieuse avec ces animaux protégés.

Christophe Le Nédic, collaborateur scientifique pour l’Association de la Grande Cariçaie, devant l’un des arbres auxquels les castors se sont attaqués à la plage. La Ville a fini de l’abattre, afin d’assurer la sécurité sur les rives. © Michel Duperrex

Les marques qui strient le bois et les monceaux de copeaux agglutinés sur le sol ne laissent aucun doute sur l’identité des petits bûcherons qui sont passés à la plage d’Yverdon-les-Bains: ce sont bien des castors qui se sont attaqués aux arbres. L’un n’a pas résisté à l’assaut de leurs incisives, un autre a été abattu par la Ville pour des raisons sécuritaires, après avoir été passablement entamé par les rongeurs.

Les deux feuillus n’ont toutefois pas suffi à contenter l’appétit des animaux, qui se nourrissent de plantes et d’écorce (lire encadré). Sur les rives, des arbustes ont été amputés de leurs branches et des castors «ont commencé à faire leurs dents sur deux ou trois troncs, mais la Commune est intervenue pour les protéger», note Christophe Le Nédic, collaborateur scientifique pour l’Association de la Grande Cariçaie. Lionel Guichard, responsable des Espaces verts à Yverdon-les-Bains, confirme que la Ville est intervenue pour barrer l’accès à plusieurs végétaux, à la plage et le long de la Thièle et du Mujon. L’été dernier, 31 peupliers avaient déjà fait l’objet de mesures similaires sur les rives du lac. Désormais, 120 arbres sont grillagés.

Impossible toutefois de protéger tous les végétaux des goulus rongeurs, qui appartiennent à une espèce protégée. «On intervient sur les arbres qui sont les plus proches des rives et des cours d’eau, explique Antoine Sauser, responsable des forêts, des domaines et de la biodiversité au Service des travaux et de l’environnement de la ville (STE). On a remarqué que les castors ne se déplacent pas plus loin qu’à dix mètres des plans d’eau. Mais c’est déjà énorme pour Yverdon-les-Bains, qui se situe au bord du lac avec cinq cours d’eau!»

Projet de garde-manger

La Ville a désormais une triple préoccupation: «Le but est de trouver les solutions les plus douces possible pour cohabiter avec eux tout en assurant la sécurité sur le domaine public et en préservant les espèces d’arbres», poursuit Antoine Sauser. C’est la raison pour laquelle les deux troncs attaqués n’ont pas été évacués mais dirigés vers le lac afin que les rongeurs puissent y avoir facilement accès pour se nourrir. Le STE a également un projet pour limiter les attaques des animaux sur les végétaux. L’idée, qui doit encore être testée, consisterait à planter des boutures de saule sur les rives afin de «créer des garde-manger dans des endroits stratégiques, éclaire Lionel Guichard. On essaie de trouver des solutions adéquates et intelligentes.»

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Malin et opiniâtre

Le castor a été réintroduit en Suisse dans les années 1950-1960, après avoir complètement disparu à la fin du XIXe siècle. Durant quelques décennies, la population est restée très basse, avant d’exploser au début des années 2000. On en dénombre grosso modo 480 dans le canton de Vaud aujourd’hui, dont environ 150 autour du lac de Neuchâtel, selon Pierre-Alain Marro, président de Beaverwatch, association pour l’intérêt et le suivi du castor en Suisse. Leur alimentation est constituée de 300 espèces de plantes. «C’est en hiver qu’ils consomment le plus d’écorce et qu’on remarque le plus leur présence», note Pierre-Alain Marro. Ils apprécient particulièrement le bois tendre.

Un seul individu est capable, en deux nuits, de mettre à terre un arbre d’une trentaine de centimètres de diamètre. «Au lieu de grimper, il préfère l’abattre, c’est une autre technique», sourit Christophe Le Nédic. «Et quand il a décidé de faire quelque chose, c’est difficile de le faire changer d’avis. Il est opiniâtre», poursuit le collaborateur scientifique de la Grande Cariçaie. Le rongeur, qui est très territorial, peut également grignoter des feuillus afin de délimiter son périmètre.

Jamais à court d’idées, il prend aussi le soin de constituer des stocks de nourriture à l’entrée de son nid, durant l’automne, afin de ne pas être démuni durant la saison froide. L’entrée de son terrier, qu’il aménage généralement dans les berges, se situe sous l’eau, à l’abri des prédateurs. Lorsqu’il constitue des barrages, c’est donc pour faire remonter l’eau afin d’en immerger les accès et pour faciliter ses déplacements jusqu’à son nid, lorsqu’il charrie des branchages à la nage.

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Carte d’identité

Le castor adulte mesure jusqu’à 130 centimètres de long, avec la queue, et pèse entre 20 et 26 kilos. Ses incisives, qui se démarquent par leur couleur orange vif, poussent tout au long de l’existence du rongeur, qui a une espérance de vie de 15 à 20 ans.

Les femelles donnent naissance à un ou deux petits par année, qui vivent avec leurs parents jusqu’à l’âge de 2 ans environ, avant d’être chassés du territoire afin d’aller coloniser d’autres cours d’eau. C’est la raison pour laquelle les familles, qui occupent un territoire qui oscille entre 1,5 et 3 kilomètres, ne comptent pas plus de cinq à six individus.

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Caroline Gebhard