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Le cinéma Bel-Air gratuit pour la réouverture
Chahnaz Sibaï et le Bel-Air s’apprêtent à crever l’écran, dès ce vendredi. Photo: Michel Duperrex

Le cinéma Bel-Air gratuit pour la réouverture

22 avril 2021

«On a été surpris. On ne s’attendait pas à ce qu’on nous donne l’autorisation de rouvrir avant le mois de mai!» Exploitante du Cinéma Bel-Air, à Yverdon-les-Bains, ainsi que de l’Odéon, à Morges, Chahnaz Sibaï réagit positivement à l’annonce du Conseil fédéral, qui a autorisé la réouverture des salles obscures dès le début de cette semaine.

Cela dit, elle voit aussi les difficultés qui s’annoncent: «Nous ne sommes pas prêts. A Morges, il y a encore des travaux de peinture qui doivent être finis. Cela ferait mauvaise façon d’ouvrir sans les avoir terminés. Et puis, il va falloir réfléchir. Est-ce que nous ouvrons toute la semaine ou seulement en fin de semaine?»

En effet, la capacité des salles est limitée à 50 personnes. «Le Bel-Air peut accueillir 250 personnes. Une fois la salle ouverte, les frais fixes sont quasiment les mêmes. Je ne pense pas qu’on pourra gagner notre vie. Mais l’essentiel, quand même, est d’ouvrir», relève l’entrepreneure, résolument optimiste.

Et pour marquer l’événement, l’exploitante a décidé d’offrir les deux premières séances à cent privilégiés.

Un autre problème que la responsable du Cinéma Bel-Air doit résoudre est celui des films disponibles sur le marché. «On ne peut pas proposer des vieilleries aux gens. Le réchauffé ne fait pas recette. Et ces derniers mois, les grands distributeurs, Disney et Warner notamment, ont privilégié les plateformes. Mais pour démarrer, nous avons trouvé de bons films», relève Chahnaz Sibaï.

Ainsi, pour marquer la fin d’une traversée du désert qui aura duré 172 jours, le Bel-Air offre deux projections au public, toutefois restreint puisqu’il faut respecter la capacité de 50 places et toutes les mesures sanitaires (masque, suivi des contacts, places numérotées, respect des distances, bar fermé). Antoinette dans les Cévennes sera projeté à 18h15 et Adieu les cons à 20h45. Deux comédies divertissantes, distinguées par les Césars, qui permettront au public de renouer avec le grand écran.

Pour cette relance, le cinéma sera ouvert jusqu’à mardi. Chahnaz Sibaï a en effet réussi à décrocher Drunk, du Norvégien Thomas Vinterberg, qui avait été sélectionné pour le Festival de Cannes l’an dernier et qui a fait l’objet de critiques très positives. La projection est prévue à 20h. Il est conseillé de réserver ses billets en ligne. Les cinémas vaudois, à l’instar de nombreux autres acteurs économiques, ont traversé ces derniers mois difficilement. «La survie est pénible. Heureusement que nous avons pu mettre le personnel au bénéfice des RHT. Nous avons aussi bénéficié d’aides au titre de la culture, et ici, à Yverdon-les-Bains, d’un coup de pouce bienvenu de la Ville», explique l’exploitante de l’unique cinéma yverdonnois… pour peu de temps encore.

Car à la veille de l’ouverture du centre de loisirs Explorit, à Y-Parc, ainsi que de son multiplex, Chahnaz Sibaï s’interroge: «Je ne panique pas, mais bien évidemment je vais suivre avec attention la réaction du public. Car là-bas, ils ont cinq salles. Est-ce que nous parviendrons encore à faire vivre le Bel-Air? Je l’espère. Cela se jouera aussi par la programmation.»
«L’important est d’ouvrir, mais on sera très vite au mois de juin. En été, les gens vont beaucoup moins au cinéma. Mais je me concentre déjà sur l’Open Air, dont ce sera la troisième édition, dans la cour du château d’Yverdon-les-Bains.»

L’ouverture du centre de loisirs Explorit (Kindercity) à Y-Parc n’est, à ce stade, que partielle, explique Gérard Sermier, porte-parole de la société: «Le Denner et la cafétéria sont ouverts. Pour le reste, il faut attendre. Cela n’aurait pas de sens de procéder à une ouverture totale avec les restrictions actuelles. Cela dit, le business centre est totalement opérationnel et les 92% des surfaces sont louées.» En principe donc, le multiplex d’Explorit ne sera pas ouvert avant la levée totale des restrictions, soit au plus tôt en mai.

 

A Orbe et La Sarraz aussi

 

Les cinémas d’Orbe et de La Sarraz vont eux aussi reprendre leur activité en cette fin de semaine, confirme Gaël Schwendi, responsable marketing et communication de Cinérive: «Nous traversons une période très difficile, malgré les aides. Nous sommes contents d’ouvrir et en matière de programmation, c’est un peu flou. Il y a encore des restrictions partout et les distributeurs ne vont pas se bousculer pour la Suisse. Et les grands ont maintenant pris l’habitude de mettre leurs films sur les plateformes.» Cela dit, les cinémas de proximité seront au rendez-vous, en espérant que le public manifestera son soutien en venant assister aux projections malgré la limitation de capacité. Car voir un film sur grand écran permet de l’appréhender avec une autre approche.

 

La renaissance du «Rex» est au point mort

 

L’exploitante du Cinéma Bel-Air, Chahnaz Sibaï, a développé, avant la crise, un projet visant à redonner vie au Rex, l’une des plus anciennes salles yverdonnoises, située dans un complexe immobilier ancien de la rue des Moulins, près des anciennes Casernes.

Ce projet consistait à créer deux salles – il n’y en avait qu’une auparavant – et une cafétéria avec une terrasse donnant sur la Thièle. Ce projet aurait permis d’utiliser une partie des infrastructures pour l’organisation d’événements et réceptions, ce qui aurait contribué à assurer la rentabilité de l’opération.

«Ce projet est au point mort. On a obtenu le permis de construire l’an dernier. Mais avec la crise du Covid, le propriétaire – un fonds d’investissement suisse alémanique – a tout bloqué», explique l’exploitante du Bel-Air.

Ce projet pourra-t-il se concrétiser? «Je veux bien essayer de les relancer. Mais vu la situation, cela me paraît difficile. En ce qui me concerne, je devais faire un emprunt de 600 000 francs. J’avais l’accord de la banque. Mais avec la période que nous venons de vivre, je ne suis pas sûre qu’elle soit encore d’accord de me financer», explique Chahnaz Sibaï.

Isidore Raposo