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Le Club d’échecs renaît de ses cendres
Le président Jean-Paul Humm (à g) surpris en pleine partie au carnotzet de La Prairie © Michel Duperrex

Le Club d’échecs renaît de ses cendres

9 février 2023

Victime de la concurrence d’internet, la société a failli disparaître. Les joueurs ont du plaisir dans le face-à-face.

Du démon de minuit au démon du mardi, il n’y qu’un pas. Que Jean-Paul Humm a franchi allègrement pour relancer l’une des plus anciennes sociétés de la ville, puisque le club d’échecs a été créé au début du siècle dernier. Il compte désormais une trentaine de membres qui se réunissent tous les mardis à l’Hôtel La Prairie pour échanger, pratiquer leur jeu favori et, déjà, affronter des adversaires dans le cadre des compétitions officielles.

En général, ce sont les jeunes qui prennent le relais à la tête des sociétés. Mais le Club d’échecs d’Yverdon-les-Bains fait exception. C’est le moins qu’on puisse dire, puisque le président, qui est aussi l’homme de la relance, sera bientôt nonagénaire!

Nous avons rencontré Jean-Paul Humm un mardi soir à La Prairie, peu avant que ses amis et membres du club arrivent, rejoints un peu plus tard par une délégation du club de Renens venue affronter l’équipe nord-vaudoise.

Mais quelle mouche a piqué l’ancien agent général de la Winterthur Assurances? «J’ai commencé à jouer à l’âge de 15 ans avec mon père. Puis je suis allé à Zurich pour des raisons professionnelles. Je me suis occupé de la clientèle au sol pour le compte de Swissair et j’ai continué à jouer dans le club de la compagnie et au club de Glattbrugg. J’ai toujours été fasciné par les échecs et par le fait qu’on puisse inventer des coups et des stratégies.»

De retour à Yverdon en 1972, il a tout naturellement adhéré au club local, qui vivait alors une belle période. Le club nord-vaudois évoluait avec l’élite et, au début des années nonante, il a vu l’un des siens, Jean-Luc Costa, se hisser au niveau des meilleurs Suisses pour devenir professionnel.

Pince sans rire, Jean-Paul Humm, qui a toujours aimé former les débutants, évoque une anecdote concernant ce futur champion: «Costa était à ma table et son prof m’a dit: dépêche-toi de le battre. Parce que ça ne va pas durer!»

A l’époque, les passionnés d’échecs se retrouvaient à l’Hôtel de Londres, rue du Lac, l’un des plus anciens établissements de la ville, qu’exploitaient les sœurs Hochuli. Lorsqu’il a fermé ses portes, le club a rejoint La Prairie, que dirigeaient Gina et Jacques Besse.

La concurrence informatique

L’arrivée d’internet, avec la possibilité de jouer à n’importe quel moment, «mais aussi l’apathie des dirigeants», sanctionne Jean-Paul Humm, a fait que l’activité de la société s’est effondrée. «Aux environs de 2010, nous n’étions plus que cinq membres. Je suis parti en claquant la porte et le club a été repris par un membre qui a géré le naufrage», relate avec humour l’homme qui est à l’origine de la renaissance.

«Un beau jour, le virus m’a repris. J’ai discuté avec des gens de Payerne qui m’ont dit qu’il n’était pas possible qu’une ville de 30 000 habitants n’ait pas un club d’échecs. Ils m’ont donné les noms de joueurs du club de Payerne qui venaient d’Yverdon. Et c’est reparti!»

Relancé il y a deux ans à peine, le club yverdonnois se reconstruit pas à pas. «On a eu de la chance. On a trouvé des amis formidables», souligne-t-il en adressant un clin d’œil à Jean-Claude Vagnières. Le propriétaire de La Prairie est non seulement heureux d’accueillir à nouveau le club d’échecs en ses murs, mais il s’est même laissé emporter par l’enthousiasme du président et fait désormais partie du club.

Un club qui dispose aussi d’un site internet et qui a décidé de s’investir dans la formation des jeunes et des moins jeunes. Souvent considéré comme un sport cérébral, le jeu d’échecs peut être pratiqué à tous les âges. «Jean-Paul fait des séries avec les jeunes pour les former. Je m’y suis mis et c’est d’autant plus intéressant lorsqu’on peut mettre en présence des joueurs d’un même niveau», témoigne Jean-Claude Vagnières.

L’indispensable formation

La première étape qui consistait à redonner vie à un club moribond franchie, les membres s’attellent désormais à son développement. «Nous avons imprimé des flyers que nous allons distribuer dans les écoles et les entreprises de la région. Et puis, nous avons repris la compétition, aussi bien à l’interne que dans le cadre de la Coupe du Léman, organisée par la Fédération vaudoise des échecs.»

Pour ce qui est de la compétition, le club yverdonnois repart en 4e ligue avec deux équipes. «Il nous manque encore des joueurs expérimentés, mais cela va venir. Et si on arrive à retrouver la dynamique du passé, ce sera merveilleux», ajoute Jean-Paul Humm.

Les progrès passent bien évidemment par l’entraînement, mais aussi par la formation des jeunes. Le club yverdonnois est prêt à les accueillir dès l’âge de 12 ans. «Les échecs, c’est une formation mentale exceptionnelle. On apprend des stratégies, on imagine des variantes et on doit faire des choix», plaide Jean-Paul Humm avec un enthousiasme intact.

Et alors qu’on parvient au terme de l’entretien, les représentants de Renens III font leur entrée. Le silence s’impose alors que la compétition du soir débute. La concentration des joueurs est maximale. Et lorsque cette manche de la Coupe du Léman sera terminée, ils échangeront en toute amitié. Dans la salle d’à côté, les membres du club se mettent à table pour des parties d’entraînement, indispensables pour assouvir une passion et réaliser des progrès.

 

sites.google.com/view/club-echecs-yverdon-les-bains?pli=1 et le mardi soir, dès 20h, à l’Hôtel La Prairie.

Isidore Raposo