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Le grand saut dans l’élite

24 octobre 2013

Patinage artistique – Vincent Cuérel se prépare pour ses premiers Championnats suisses chez les grands. Dans la sérénité : son début de saison, riche en émotions, est le meilleur qu’il ait réalisé jusqu’ici.

Photo: Sophie Bürki

Quatre critères permettent aux juges d’évaluer la multitude de sauts qui existent au patinage artistique : la préparation, l’appel, l’envol et la réception. Il en va ainsi des Salchow, des Lutz et des Axel ; et pas différemment du grand saut que Vincent Cuérel a inscrit à son programme cette saison : celui qui va le faire passer de la catégorie juniors, dont il a remporté le titre national en janvier dernier, à l’élite nationale.

Désormais, le jeune habitant d’Yvonand (17 ans) patinera donc chez les grands au niveau helvétique. Une réalisation en soi. «Quand j’étais petit, j’avais peut-être 10 ans, je disais que mon objectif était de concourir un jour aux Championnats suisses élite», se rappelle-t-il, avec le sourire malicieux qui ne le quitte jamais lorsqu’il évoque sa passion. Mais sept ans à griffer la glace plus tard, ce qui était l’objectif d’un petit garçon est devenu une étape dans le plan de marche d’un jeune homme bien dans ses patins. Il voit plus loin : participer aux Championnats suisses élite cette année, progresser, les gagner à moyen terme, progresser encore, faire bonne figure dans des concours internationaux. Mais n’allons pas trop vite : un saut après l’autre.

La préparation

Monter dans l’élite s’est presque imposé à Vincent Cuérel lorsqu’il s’est paré d’or, en janvier dernier, aux Championnats suisses juniors : c’est ainsi que cela se passe en patinage artistique et, ce, même s’il est encore en âge de militer parmi les juniors. Mais à vrai dire, il y pensait même avant cela. «La saison dernière, j’étais parti dans l’idée de m’aligner en élite, rappelle-t-il. Mais une blessure a retardé ma préparation et les Championnats suisses des grands intervenant plus tôt que les juniors, j’ai décidé de prendre le temps de bien me remettre.» Bien lui en a pris : sa patience lui a valu un titre national et, cette saison, il a pu aborder le grand saut plus sereinement.

Cet été, il s’est entraîné durant un mois aux Grisons, à Flims, avant de reprendre le chemin de son école de commerce, à Bienne, pour la deuxième année. Avec une organisation mieux rôdée lui permettant d’aller travailler entre quatre et cinq fois par semaine à Berne, avec son entraîneur Jacqueline Kiefer, contre trois l’année dernière. «Du coup, elle peut beaucoup mieux me suivre, c’est plus efficace», se réjouit-il.

L’appel

Les conditions sont donc plus propices à sa progression et cela semble porter ses fruits en ce début de saison, le meilleur de sa jeune carrière selon lui. Car si l’hiver n’en est qu’à ses prémices, Vincent Cuérel a déjà connu de belles émotions sur la glace ces dernières semaines. Sélectionné par la Fédération pour représenter la Suisse à des Junior Grand Prix, qui réunissent à chaque fois une partie des meilleurs jeunes patineurs du monde, il s’est envolé en septembre pour Mexico -«la première fois que je quittais l’Europe !», sourit-il- et un concours qui se déroulait à 2000 mètres d’altitude. Il a finalement terminé à un bon onzième rang (sur 19) grâce à un programme court très réussi, mais son voyage n’avait pas commencé de la meilleure façon : à son arrivée en Amérique centrale… pas de trace de sa valise, qui contenait ses patins. «J’ai dû attendre 24 heures pour récupérer mes affaires, et je devais me concentrer sur les entraînements à venir… C’était très difficile à vivre !», raconte-t-il.

Un mois plus tard, c’est à Ostrava, en République tchèque, qu’il a participé à son second Junior Grand Prix de ce début de saison avec, à la clé, un seizième rang final sur 23 participants.

L’envol

Ces émotions internationales digérées, Vincent Cuérel se focalise désormais sur les Championnats suisses élite, qui auront lieu en décembre. «Je n’éprouve pas d’appréhension particulière à patiner parmi les grands», glisse-t-il. Son but : se rapprocher du podium. Si les deux premières places semblent promises à Stéphane Walker et Mikael Redin («ils sont plus âgés, plus expérimentés»), le Tapa- Sabllia ne nourrit pas de complexe inutiles. «Je veux prouver ce dont je suis capable», annonce-t-il.

La réception

Après les Championnats suisses élite, Vincent Cuérel devra très vite rebondir et se concentrer sur son autre objectif de la saison : obtenir sa qualification pour les Mondiaux juniors. Pour ce faire, il doit encore atteindre un certain nombre de points techniques lors d’un programme long, sur un concours international. Il n’aura probablement qu’une occasion d’y parvenir, en début d’année prochaine.

Jusqu’ici, le jeune patineur a fait tout juste pour que son grand saut dans l’élite soit réussi et qu’il puisse continuer son programme de plus belle. Et s’il devait y avoir un couac ? Pas d’inquiétude : les patineurs connaissent les chutes et savent s’en relever.

 

La Suisse n’aura pas de patineurs aux JO

«Le vide après Lambiel»

La nouvelle est tombée il y a quelques jours : pour la première fois dans l’après-guerre, la Suisse n’aura pas de patineur aux prochains Jeux Olympiques. De quoi inciter la Fédération à réfléchir aux améliorations à apporter à sa filière de formation. Vincent Cuérel commente : «Contrairement à beaucoup de nations, la Suisse ne dispose pas de centre d’entraînement pour les meilleurs. Et si Stéphane Lambiel a fait beaucoup pour la promotion de la discipline, c’est un peu le vide maintenant.»

Lionel Pittet