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Le nouvel envol d’un somptueux rapace

20 octobre 2016 | Edition N°1853

Vugelles-La Mothe – Un jeune faucon pèlerin, espèce rare et majestueuse, a été relâché dernièrement de la place de tir. Votre journal a eu le privilège d’assister à cet événement.

Le faucon pèlerin a attendu patiemment que son bienfaiteur Damien Juat le libère dans un habitat naturel taillé sur mesure. ©Michel Duperrex

Le faucon pèlerin a attendu patiemment que son bienfaiteur Damien Juat le libère dans un habitat naturel taillé sur mesure.

La place de tir de Vugellesa accueilli un hôte de marque, vendredi dernier. Il ne s’agissait pas d’un grand ponte du milieu militaire, mais d’un faucon pèlerin,un rapace rare en quête de liberté après un séjour d’un mois au centre de soins La Vaux-Lierre, à Etoy.

Aujourd’hui âgé de six mois, cet oiseau majestueux a été récupéré dans un piteux état par le garde-faune à Vallorbe, au bord de la route. «Il était victime d’un problème musculaire à l’aile, probablement suite à un choc. Affaibli, il ne pouvait plus voler»,a déclaré Sandy Bonzon, collaboratrice de la structure du district de Morges.

Environnement idéal

Le choix du site théâtre du nouvel envol du faucon n’est pas anodin. La zone rocheuse surplombant la place de tir constitue un habitat de prédilection. L’espèce y a d’ailleurs niché longtemps, avant de déserter les lieux il y a quatre ans, pour des raisons que l’on ignore. Le hibou grand-duc, son ennemi juré (lire encadré), n’occupe pas le terrain et la présence de passereaux en abondance est le gage de repas savoureux.

L’oiseau juvénile, sorti de son carton de transport, reste relativement calme lorsque Damien Juat, un autre bienfaiteur de La Vaux-Lierre, le saisit par les cuisses. L’escorte du Groupe ornithologique de Baulmes et environs (GOBE) ne semble pas davantage l’impressionner. Pierre-Alain Ravussin, l’un des férus d’ornithologie du cru, donne quelques informations sur cet animal remarquable capable de dépasser allègrement les 200 km/h en piquée. «Ce spécimen est un mâle. Ils sont environ un tiers plus petits que les femelles. Les plumes brunes que l’on peut observer disparaîtront à l’âge adulte», relève-t-il.

Quelques instants plus tard, Damien Juat brandit au-dessus de lui la main qui retient le jeune faucon captif. La réaction de ce dernier ne se fait pas attendre. Après plusieurs battements d’ailes en sur place, il fend les airs avec assurance dès que l’étau se desserre, laisse s’échapper une plume blanche en guise de souvenir et va se poser sur un sapin, en contrebas de la falaise. Les membres du GOBE, munis de leurs jumelles, observent le nouveau maître des lieux. Les grives et les merles alentours ne tardent d’ailleurs pas à donner l’alarme.

Un hôte peu courant

«Nous recueillons 1000 à 1200 oiseaux chaque année, dont une dizaine de raretés. Le faucon pèlerin en fait partie. On nous en amène en moyenne un tous les deux ans», précise Sandy Bonzon, émue d’avoir assisté au lâcher de ce bel animal.

Dotée de grandes capacités d’adaptation, cette espèce est également à l’aise en milieu urbain. «On en trouve sur la Cathédrale de Genève et la Collégiale de Neuchâtel. Le pèlerin est efficace contre les corbeaux freux. Il aurait été intéressant d’aménager une plateforme pour les accueillir sur la Tour Landi», souligne Ludovic Longchamp, du GOBE.

Le faucon pèlerin avait disparu de Suisse dans les années 70 Un oiseau vulnérable à suivre de près

Victime du DDT ingéré par ses proies, le faucon pèlerin a disparu de Suisse entre 1973 et1975. L’échec des pontes -les oeufs, dont la coquille était fragilisée par ce produit toxique, se cassaient- n’était toutefois pas l’unique menace qui planait sur le rapace. Attirés par la rareté de cet oiseau, des fauconniers et autres collectionneurs n’hésitaient pas à piller les nids, car un poussin pouvait se vendre jusqu’à près de 10 000 francs. «En 1976, le seul couple recensé dans le pays se trouvait dans les gorges de Covatannaz», se souvient Pierre-Alain Ravussin. Aujourd’hui,il estime que cinq à dix couples de pèlerins ont élu domicile dans le Nord vaudois, mais l’âge d’or des années1980 à 2000 semble révolu. Le nombre de pontes diminue et le grand-duc, qui n’hésite pas à éliminer cet adversaire ailé si l’occasion se présente, est de retour. L’homme continue également à représenter une menace. L’association ASPO/BirdLife Suisse a dénoncé des empoisonnements de faucons au moyen de pigeons «kamikazes» badigeonnés de pesticide. Un éleveur zurichois a d’ailleurs été épinglé l’année passée pour cette pratique.

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Ludovic Pillonel