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Le poète militant a trouvé un nid de liberté

8 mai 2018 | Edition N°2242

Valeyres-sous-Ursins – L’artiste peintre Pierre-André Kesselring et sa conjointe Nathalie Saugy ont inauguré, samedi, la république libre de Gressyland, un lieu de culture et de rencontre unique en son genre.

L’artiste adore chiner des pièces oubliées comme les enseignes de commerces yverdonnois, à l’image de celles de la menuiserie Helfer ou de la pension des Mouettes. © Michel Duperrex 

Ils ont mis du temps mais finalement ils ont trouvé une perle à Valeyres-sous-Ursins: une propriété à la fois loin et proche de tout, immense pour un couple mais petite pour un artiste à l’esprit débordant, un lieu classique pour un agriculteur, mais atypique pour une galerie. Bref, la nouvelle demeure de Nathalie Saugy et de Pierre-André Kesselring, plus communément connu sous le nom de Kéké, n’avait rien d’exceptionnelle jusqu’à ce qu’ils viennent s’y installer. «On est tombés sur le Moulin de Gressy qui était en vente. On est venus le visiter en octobre 2015. Il faisait moche et il y avait un chien qui n’arrêtait pas d’aboyer, se rappelle Nathalie Saugy, municipale yverdonnoise de la culture de 2006 à 2016. Et pourtant, Kéké a tout de suite vu le potentiel.»

Durant un peu plus d’un an, le duo a rénové, à l’abri des regards indiscrets, le hangar du sol au plafond. Ce n’est que samedi que le couple a inauguré son petit coin de paradis. «Nous l’avons baptisé Gressyland, a expliqué Nathalie Saugy devant la foule d’invités. C’est-à-dire un lieu de vie et de culture pour accueillir nos amis, nos familles et nos potes, refaire le monde, faire la fête et boire des verres. Un lieu de simplicité et de convivialité où chacun se sent accueilli.»

Situé en zone agricole, Gressyland  n’est pourtant ni une galerie ni un bar mais une maison privée «à la mode de l’auberge espagnole», selon l’ancienne édile. A la différence que les visiteurs peuvent soutenir le site – totalement financé par le couple – en demandant la nationalité de la république libre de Gressyland.

Une ode à la culture

Pour cette inauguration hors normes, il fallait un artiste du même calibre. Avec un personnage tel que Kéké, il était tout trouvé. Dans son exposition «Lanceur d’alertes artistiques», le peintre présente ses œuvres qui, parfois, débordent du tableau pour devenir une composition à part entière. Avec ses portraits contrastés et agrémentés d’un brin d’humour et de révolte au moyen de mots judicieusement choisis, l’artiste témoigne de sa volonté de créer une société plus égalitaire et de sa passion pour la culture. «Je baigne dedans depuis que je suis tout petit et c’est le seul truc qui m’a permis de m’épanouir», confie-t-il. La culture et son lot de créations, c’est le dernier rempart avant la connerie.» Avant d’adresser un message au syndic d’Yverdon-les-Bains, Jean-Daniel Carrard: «J’incite tous les gens du métier de l’architecture à intégrer au niveau de l’urbanisme de l’art comme les œuvres de Telmo Guerra qui réalise des gravures au marteau piqueur sur les façades en béton. Car cela rend les bâtiments tellement plus poétiques!»

Malgré les années passées à crier haut et fort ses opinions, les combats menés pour lancer Les Citrons Masqués à Yverdon-les-Bains et la sueur versée pour transformer le Moulin de Gressy en cocon, le poète militant n’a pas perdu son grand cœur. «Nat, je te dédie Gressyland comme gage d’amour, même s’il est quelquefois tumultueux.»

www.gressyland.ch

Christelle Maillard