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Le Prix panathlonien 2016 au roi haïtien des tatamis suisses

19 janvier 2017 | Edition N°1916

Judo – Matthieu Pahud, de l’Ecole Dégallier, a été honoré par le Panathlon- Club Yverdon-les-Bains, avant hier. Un titre qui récompense l’ensemble de son oeuvre.

Matthieu Pahud ajoute une récompense à son tableau de chasse. ©Simon Gabioud

Matthieu Pahud ajoute une récompense à son tableau de chasse.

Retracer la carrière du judoka Matthieu Pahud, lauréat 2016 du Prix panathlonien décerné par la section yverdonnoise du club service avant-hier, c’est avant tout revenir sur le parcours d’un gars cabossé par la vie. D’un de ces enfants qui n’ont pas laissé leur handicap conditionner leur existence. D’un de ces judokas, pas toujours médaillés, souvent peu médiatisés, qui n’ont jamais baissé les bras.

«Je suis évidemment très touché et heureux de recevoir ce prix, qui récompense avant tout le travail, la volonté et le plaisir infini que j’ai à pratiquer le judo», glisse le Payernois de 31 ans. L’enfant d’Yverdon-les-Bains aurait pu rajouter la persévérance. Une vertu qui ne l’a jamais quitté, lui, le judoka handicapé qui n’était pas destiné à une carrière avec les sportifs «normaux», et encore moins sur les tatamis. Lui qui, malgré un parcours parsemé d’embûches, a réussi à se frayer un chemin jusqu’au plus haut niveau national.

Le récit débute à la fin des années huitante. Adopté par une famille yverdonnoise à l’âge de deux ans et demi, le petit Matthieu quitte sa terre natale, Haïti, et grandit dans le chef-lieu du Nord vaudois. Doté d’une musculature déjà bien développée pour son âge, il s’essaie à la gymnastique, au football et au basket. Ses premières amours. «Petit, j’avais des problèmes de comportement et de coordination, se souvient l’enfant terrible. Le sport, c’était un peu le remède à tout cela, une manière de me canaliser.»

Mordu d’activité physique, incapable de choisir entre le judo ou le basket, il mène de front, durant trois ans, une carrière sur les parquets et les tatamis. Dans la même année, il intègre les espoirs romands de l’art martial et ceux, vaudois, de la sphère orange. «Je suis avant tout un amoureux des voyages. J’ai donc choisi le judo, une discipline qui me permettrait de découvrir le monde», glisse celui qui estime avoir foulé la moitié des tatamis européens.

Combattre avec les valides

Denis Roux et Daniel Jaccaud, président du Panathlon-Club Yverdonles- Bains, entourent le judoka Matthieu Pahud, à La Prairie. ©Simon Gabioud

Denis Roux et Daniel Jaccaud, président du Panathlon-Club Yverdonles- Bains, entourent le judoka Matthieu Pahud, à La Prairie.

Bien lui en a pris, puisque le Nord-Vaudois peut se targuer d’une carrière à faire pâlir bon nombre de ses pairs. Champion de Suisse cadets, juniors et élite, à sept reprises, sous les couleurs de l’EJD, de Cortaillod et de Romont, celui qui a fait ses débuts aux Amis du Judo, à Yverdon, collectionne les médailles comme il aligne les ippons. «Mais tout n’a pas été toujours rose, tranche l’athlète. J’ai beaucoup appris du judo. C’est un sport avant tout individuel : quand tu perds, tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même, tu es le seul responsable. Ça forge un caractère.»

Outre les défaites accumulées, son handicap -il est sourd de naissance à plus de 80%- a joué un grand rôle dans la carrière de Matthieu Pahud. «J’aurais pu concourir dans la catégorie sport-handicap. Mais je suis une tronche de cake : j’ai toujours voulu me prouver que j’étais capable de rivaliser avec les judokas valides», lance-t-il d’un rire sonore et rayonnant. Après avoir fait les beaux jours de Romont en LNA, l’Yverdonnois vient tout juste de s’engager avec l’EJD, son club de coeur. Une manière de boucler la boucle. Histoire de tenir sa promesse, aussi : «Je m’étais toujours juré de faire mon dernier combat au niveau national sous les couleurs du club qui m’a fait connaître. A mon départ, Frank (ndlr : Dégallier) m’a dit : pour moi, tu resteras toujours Yverdonnois. Et il avait raison.»

Les Championnats de Suisse lui ont souvent souri, cela n’a pas été le cas des grands rendez- vous internationaux. Son inconstance lui a coûté une qualification pour les Jeux olympiques de Londres, en 2012. «A l’époque, je gagnais tous mes matches avec Cortaillod, j’étais invaincu depuis plusieurs semaines, et je me suis planté. Mon manque de rigueur a toujours été mon talon d’Achille. Ça doit être mon côté haïtien. J’aime faire les choses pour le plaisir», rigole le Suisse d’adoption.

Une philosophie qu’il tente d’inculquer aux jeunes pousses du club. «La performance, évidemment, c’est important. Mais sans plaisir, on ne fait rien. Surtout pas du judo, en fait», conclut Matthieu Pahud.

Deux journalistes font leur entrée

Deux journalistes bien connus des férus de sport de la région sont devenus membres du Panathlon-Club Yverdon-les-Bains, avant-hier à La Prairie : l’Urbigène Pierre Mercier, ancienne voix du football à la Radio Suisse romande et actuel rédacteur en chef de L’Omnibus, ainsi que Jean-Philippe Pressl-Wenger, nouveau rédacteur en chef de La Région Nord vaudois depuis le début de l’année. Les deux spécialistes ont régalé l’assemblée de quelques faits saillants et anecdotes cocasses qui ont marqué leur carrière respective.

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Simon Gabioud