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Le retour en grâce des produits du cru

24 mars 2020 | Edition N°2710

Stoll Frères travaille à plein régime pour assurer l’approvisionnement alimentaire.

«On a eu un véritable boum de la demande la semaine dernière et nous avons dû travailler à deux équipes, seize heures par jour», explique Roland Stoll. Le Nord vaudois a en effet le privilège de compter l’une des plus grandes entreprises maraîchères du pays, Stoll Frères. à un domaine près, celui de la gastronomie, les activités de cette société qui, en pleine saison, occupe jusqu’à 220 collaborateurs, tournent à plein régime.

«La demande des supermarchés a fortement augmenté la semaine dernière. Nous avons pris des dispositions spéciales. Nous avons livré beaucoup plus que la semaine précédente, notamment des carottes, des oignons et des pommes de terre», explique Roland Stoll.

Une filière tombe…

Seul bémol, la demande de la gastronomie s’est effondrée: «C’est normal puisque les restaurants ont été fermés. Du coup, les gens mangent beaucoup plus à la maison et cela explique la demande des supermarchés. On pense que cela ne va pas beaucoup diminuer tant que nous vivrons sous le régime actuel», poursuit le patron.

Cela dit, les légumes qui ne répondent pas aux standards de la grande distribution, mais qu’apprécient généralement les restaurateurs, tels le céléri et le fenouil, ne trouvent plus preneur.

L’augmentation de la demande  globale est essentiellement due au repli des ménages dans leur domicile. Car les importations continuent. «Il n’y a pas de restriction dans ce domaine. Il arrive toujours des camions de légumes et de fruits d’Italie, d’Espagne et du Maroc», relève Roland Stoll.

Un gros souci demeure

En ce début de semaine, le principal souci de Stoll Frères réside dans l’arrivée du personnel engagé pour les prodructions saisonnières. «Début avril, nous attendons une trentaine de collaborateurs provenant de Pologne, du Portugal et de Roumanie notamment. Nous sommes en train de regarder avec nos associations professionnelles pour voir à quelles conditions ils peuvent entrer en Suisse. Ceux arrivés début mars n’ont pas eu de problème. Mais maintenant, nous sommes un peu inquiets.»

Hygiène stricte

Afin d’assurer la production, le conditionnement et le transport des produits, l’entreprise a pris des mesures strictes. «Nous avions déjà du désifectant à certains postes. Là, on en a mis partout. Et puis l’entrée au travail se fait par petits groupes, tous les quarts d’heure entre 6h30 et 7h15. Les pauses sont aussi décalées. Ces mesures avaient également pour but de rassurer les collaborateurs, car pour eux, ce n’est pas simple non plus. Les mesures de sécurité viennent s’ajouter à celles en vigueur en temps normal, notamment dans la chaîne de conditionnement», rassure Roland Stoll.

On est toujours là!

Au-delà du quotidien et de son lot de problèmes, celui du personnel qui devrait venir de l’étranger ces prochaines semaines en est un réel, Roland Stoll se projette dans l’avenir: «J’espère que les consommateurs se souviendront de cette crise, et en particulier des producteurs indigènes qui, dans tous les domaines, ont assuré leur approvisionnement. Car nous, on est tout le temps là pour eux!»

Sans les nommer, le patron de Stoll Frères pense aux milliers de personnes qui, jusqu’à un passé proche, traversaient la frontière pour effectuer leurs achats (voir page 7). Souvent sans même penser qu’en tenant compte du temps et du transport, elles ne réalisent pas de réelles économies.

Selon de récentes études, ce sont quelque 10 milliards de francs que les Suisses dépensaient annuellement de l’autre côté de la frontière. La crise du coronavirus a signifié un brutal coup d’arrêt aux pendulaires de la consommation.

Isidore Raposo