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Le terrain de la discorde

1 mai 2019 | Edition N°2488

Yvonand – Le projet de construction d’une salle de gym triple à côté du collège En Brit se heurte à une fronde d’opposants. à la suite du dépôt d’un recours en novembre, le tribunal s’est rendu sur le site pour évaluer la situation, hier.

Avant même que ne retentisse la sonnerie annonçant la récréation du matin, la cour du collège En Brit, à Yvonand, était déjà prise d’assaut, hier. Debout derrière la place de jeux de l’école, un groupe d’adultes regardait un terrain vague avec attention. Car c’est sur cette parcelle, située à côté du terrain de football, que devrait être érigée la future salle de gymnastique triple de la commune. Mais voilà, ce projet estimé à 12,5 millions de francs et validé par le Canton ne fait pas l’unanimité dans le coin. Un collectif de 42 personnes, représenté par un couple de riverains, a déposé un recours auprès de la Cour de droit administratif et public.

Pour se forger une opinion, trois magistrats se sont rendus sur place, hier matin. Une audience in situ qui a permis au tribunal de poser toutes ses questions à la Municipalité, aux opposants, mais aussi aux représentants du Canton et de la Direction générale de l’enseignement obligatoire.

Désaccord sur le fond du projet

«Le problème se cristallise autour du volume et de l’emplacement de la salle de gym triple», résume Me Benoît Bovay, avocat spécialisé dans la construction et l’immobilier mandaté par la Commune d’Yvonand. En effet, les opposants considèrent que le bâtiment devrait être construit à la place du terrain de football qui, lui, devrait être déplacé ailleurs dans le village, sachant que tout le monde reconnaît qu’il est devenu trop petit pour les activités du FC Yvonand. Une alternative qui permettrait aux riverains de ne pas avoir un «mur» de huit mètres de haut devant leurs villas. «On est conscients du besoin et c’est pourquoi on n’est pas contre la construction d’une salle de gym omnisports, mais pas à cet endroit, témoigne Jacques, dont la parcelle est située à 7,8 mètres de la façade de la future salle de gym. Depuis près de vingt ans, des conseillers communaux de tous bords demandent à l’Exécutif de déplacer ce terrain pour dégager de la place pour l’extension de l’école. Les autorités ont reconnu qu’elles avaient loupé le coche. Désormais, en raison de la loi sur l’aménagement du territoire, ce n’est plus possible. Mais nous, on refuse de payer le prix d’une Municipalité qui n’a pas voulu prendre de décision avant et qui manque de vision à long terme.» Et son épouse d’ajouter: «Au départ, on défendait les riverains, mais très vite on s’est aperçus qu’il y avait un intérêt bien plus large. On se bat aussi pour le quartier et le foot.»

Du côté de l’Exécutif, on défend le projet en l’état. «Au début, on était peut-être trop optimistes car, dans une ébauche de cahier des charges pour le concours d’architecture, on avait précisé que le terrain de football ne serait pas une contrainte. Mais après plusieurs contacts avec la Direction générale de l’environnement, on a vite senti que le fait de le déplacer allait être très compliqué. On a donc décidé de le laisser là et d’en construire un second plus tard, explique le syndic, Philippe Moser, qui précise avoir soumis plusieurs options au Canton. Or toutes sont revenues avec une réponse négative. On a même essayé d’échanger l’affectation de deux terrains mais dès qu’on touche à une zone agricole, on nous dit non.»

Source de bruit et d’ombre

Ce n’est toutefois pas pour se pencher sur ces arguments, largement étayés dans les écrits des parties, que le tribunal s’est déplacé à Yvonand. La Cour souhaitait surtout évaluer le manque d’ensoleillement pour les riverains, ainsi que l’impact visuel et sonore. Le président François Kart a ainsi enchaîné les questions, tel un quiz: les clubs sportifs vont-ils utiliser la salle de gym? En quelle division évoluent les clubs de football et de basketball? Et le twirling, ça draine beaucoup de spectateurs? Après avoir fait le point sur le projet et les performances des sportifs du cru, les magistrats ont regagné la capitale vaudoise pour délibérer sur l’affaire.

Christelle Maillard