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Le viaduc d’Yverdon reprend de la hauteur
Laurent Brugger, chef de projet à l’Office fédéral des routes (OFROU), et un vérin qui peut soulever 120 tonnes. © Michel Duperrex

Le viaduc d’Yverdon reprend de la hauteur

6 mai 2021

A l’aide de vérins hydrauliques, les spécialistes ont remonté l’ouvrage de quelques centimètres.

 

L’autoroute A5 Yverdon-Neuchâtel a été totalement fermée au trafic durant la nuit de mardi à mercredi pour permettre la réalisation d’une opération de levage minutieusement préparée depuis plusieurs semaines. A l’aide de petits vérins hydrauliques placés sur la culée, des spécialistes ont remonté de quelque 10 centimètres le plus grand viaduc autoroutier de Suisse, dont la longueur s’établit à 3150 mètres et la surface à 77 000 m2. Une opération réalisée en douceur, sous le contrôle de géomètres prêts à stopper la manœuvre si les choses avaient pris une mauvaise tournure.

«La nature du terrain fait que l’ouvrage s’enfonce. Il n’y a rien d’inquiétant à cela. C’est un phénomène qu’on surveille. C’est pour cela que nous avons prévu le rehaussement des appuis de la culée côté Lausanne, soit une dizaine de centimètres au total», explique Laurent Brugger, ingénieur et responsable du projet à l’Office fédéral des routes (Ofrou).

Cette opération et d’autres travaux permettant d’optimiser ce temps de fermeture nocturne ont été préparés dès le mois de février. Si, en apparence, rien ne semble avoir changé à l’entrée sud-est du viaduc, il en va autrement lorsqu’on entre sous l’ouvrage, dans le volume donnant accès à la culée.

Des hommes s’activent dans un espace restreint au milieu de petits tuyaux permettant d’actionner les vérins. Mis sous pression, l’intérieur se dévisse et permet de soulever une charge de plus de 100 tonnes. C’est une opération réalisée dans une totale lenteur, suivie au millimètre par deux géomètres, dont l’appareil de mesure scrute régulièrement deux repères. En effet, il faut éviter que la pression exercée par les vérins ne produise un résultat contraire, soit qu’elle n’accentue l’enfoncement de la culée dans le terrain.

Aux environs de minuit, l’opération de levage était terminée et les responsables du chantier exprimaient leur satisfaction.

Pendant ce temps, en surface, d’autres équipes s’attaquaient aux joints. En effet, l’entrée du viaduc étant désormais plus haute, il fallait remonter la chaussée juste avant. Alors que certains ouvriers posaient un nouveau revêtement en légère pente pour reconstituer un même niveau à la hauteur du joint, d’autres avaient extrait les peignes – des pièces métalliques de 80 kilos qui permettent d’absorber les phénomènes de contraction, respectivement dilatation, de l’ouvrage.

Sur le pont qui précède l’entrée du viaduc, direction Neuchâtel, une autre équipe s’affairait également sur les joints. Là, c’est une autre méthode qui a été choisie: des plaques de polystyrène engoncées dans le béton permettront d’absorber les mouvements. Mais il faut faire vite, car le ciment doit avoir suffisamment séché – l’opération est accélérée par des ventilateurs d’air chaud – pour permettre l’ouverture à la circulation à 5h du matin.

Alors que les responsables des travaux, en particulier Gilles Pascual, en charge des opérations pour le compte de l’Ofrou, craignaient d’avoir à travailler sous la pluie, celle-ci n’est fort heureusement venue que dans la deuxième partie de la nuit. Car dès qu’une fermeture est planifiée, il n’y a guère d’autre choix que d’aller de l’avant.

En termes d’entretien et d’assainissement, la philosophie a changé, explique Laurent Brugger: «Durant longtemps, la priorité a été donnée aux travaux et les usagers s’en accommodaient. Aujourd’hui, ces derniers ont clairement la priorité.»

 

Trois phases de travaux et quinze ans de tranquillité

 

Les travaux en cours sur l’A5, entre l’échangeur d’Yverdon et Grandson, font partie d’un programme en trois phases. La première a été exécutée l’an dernier, la deuxième est en cours et la dernière est planifiée pour l’an prochain. Ce tronçon autoroutier comporte cinq ouvrages d’art, soit 41% de la longueur. Des parois antibruit, dont le montage va débuter, permettront de soulager les habitants du sud de la rue des Moulins. Les opérations consistent en un assainissement total. Le viaduc de la Brinaz va, par exemple, être adapté pour satisfaire aux nouvelles normes antisismiques, et à la sortie d’Yverdon-Ouest, les deux voies de la bretelle seront allongées d’une centaine de mètres pour éviter le reflux de la colonne de véhicules sur l’autoroute aux heures de pointe.

«Ces travaux causent des inconvénients. On refait tout, et après on est bons pour quinze ans», explique Laurent Brugger, chef de projet. Et Olivier Lefloc’hic, porte-parole d’ajouter: «A l’Ofrou, on n’aime pas fermer l’autoroute. On le fait le moins souvent possible et sur des périodes aussi brèves que possible.»

Le budget, études et travaux, prévoyait 144 millions de francs pour les trois phases. Ils ne coûteront que quelque 85 millions de francs, dont 71% pour les ouvrages d’art. «On a eu de bonnes surprises au niveau des soumissions», commente Laurent Brugger.

 

Isidore Raposo