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Les Australiennes ne sont pas venues voir le lac gelé

23 juillet 2014

Aviron – La vallée de Joux accueille un camp d’entraînement des meilleurs athlètes de la Fédération australienne. Reportage, sur l’eau, avec le huit barré féminin.

Le huit barré australien à l’oeuvre sur les eaux calmes du lac de Joux. «C’est pour profiter de ces conditions idéales qu’on vient aussi tôt», précise Jaime Fernandez.

Le huit barré australien à l’oeuvre sur les eaux calmes du lac de Joux. «C’est pour profiter de ces conditions idéales qu’on vient aussi tôt», précise Jaime Fernandez.

«C’est vraiment magnifique ici. On nous a dit que le lac gelait en hiver, c’est vrai ? Et des gens patinent dessus ?» Il est 6 heures du matin et des poussières, mais le sympathique Wayne Diplock est déjà bien réveillé. Assez, en tout cas, pour chercher à en savoir plus sur le coin de pays qui accueille, depuis quelques jours, le camp du cadre national de la Fédération australienne d’aviron,
dont il est l’un des managers.

Alors qu’on parle ski de fond et randonnée dans le Jura avec lui, les membres du huit barré féminin s’affairent. Quelques pas de jogging pour l’une, des étirements pour d’autres. Le réveil a sonné à 5h30, elles ont pris le temps de manger une bricole et les voilà prêtes pour leur premier entraînement de la journée. Car si le charme de la vallée de Joux opère, les 36 athlètes de la délégation australienne et le large staff qui les accompagne ne sont pas venus en touristes : ils préparent les Mondiaux, qui auront lieu à Amsterdam dans quelques semaines, du 23 au 31 août.

L’entraîneur et le physio

Sally Kehoe et Olympia Aldersey s’entraînent de leur côté sur le deux de couple.

Sally Kehoe et Olympia Aldersey s’entraînent de leur côté sur le deux de couple.

C’est l’heure. Premier effort : il s’agit de mettre le bateau à l’eau. Une sinécure pour les huit athlètes, dont les carrures impressionnantes témoignent de l’assiduité avec laquelle elles pratiquent leur discipline. Alors qu’elles se mettent en place, l’entraîneur Jaime Fernandez arrive sur le bateau à moteur d’où il ne manquera pas une miette de la séance. On embarque, en compagnie de Kingsley Gibson. «Moi, je suis physiothérapeute, précise-t-il. Je suis là pour observer la posture des filles, la manière dont elles effectuent leurs gestes. Ça peut être utile pour prévenir des blessures, comme pour les traiter.»

L’aviron est un sport où il s’agit de répéter les mêmes gestes avec une précision extrême et, tout particulièrement dans le cas d’un équipage comme celui qui perturbe en ce moment le calme des eaux combières, de la coordination. Dans un premier temps, Jaime Fernandez porte toute son attention sur la technique, corrigeant au porte-voix les mouvements de ses athlètes . «Avec des filles de ce niveau, on travaille sur des détails, glisse-t-il. Mais l’impact sur le résultat d’une course est significatif.»

Au milieu de ses coéquipières grandes et baraquées, ici Kate Hornsey, la barreuse Elizabeth Patrick tranche par son petit gabarit (1m55). Mais c’est bien elle qui dirige la manoeuvre sur son bateau, à l’aide de son micro.

Au milieu de ses coéquipières grandes et baraquées, ici Kate Hornsey, la barreuse Elizabeth Patrick tranche par son petit gabarit (1m55). Mais c’est bien elle qui dirige la manoeuvre sur son bateau, à l’aide de son micro.

L’homme sait de quoi il parle : il a derrière lui trois participations aux Jeux olympiques, une médaille d’argent à Sydney à la clé, sur le huit barré. «Oui, c’est un bateau que je connais plutôt bien», rigole-t-il. Il y a une tradition de l’aviron en Australie, des attentes, et ce même si «tous les athlètes travaillent ou étudient à côté», note Wayne Diplock. «Oui, c’est vrai, on vise toujours une médaille, aux prochains Mondiaux comme ailleurs», lance Jaime Fernandez.

Le lac de Joux a des faux airs de Loch Ness ce matin. Après quelques coups de rame à peine, on ne distingue plus la base nautique de L’Abbaye. Logés au Brassus, les Australiens rassurent le photographe : il y a du soleil du côté du Sentier et on y fonce. Les filles rament, par quatre, les unes après les autres. Une façon d’alterner moments d’effort -avec une concentration particulière sur la technique- et de repos. Le brouillard se dissipe, pause boissons. «L’eau du lac est froide, vous savez, ça a une influence sur la vitesse, lance l’entraîneur à son équipage. Il faut en tenir compte pour analyser votre performance.»

Le bateau à moteur passe d’un côté du huit barré, puis de l’autre. Les deux hommes observent chaque détail. La barreuse, Elizabeth Patrick, donne de la voix : ça pousse fort, désormais. Sur le visage de ses coéquipières, on lit l’exigence de la séance. Sur leurs biceps, la perspective de parties de bras de fer délicates si l’envie nous prenait de les défier. On évitera. D’autant que leur journée n’est pas finie.

Rythme effréné

Après avoir mis l’accent sur la technique pendant la première heure de l’entraînement, les Australiennes travaillent les départs et la vitesse, toutes ensemble. Les visages expriment l’intensité des efforts consentis.

Après avoir mis l’accent sur la technique pendant la première heure de l’entraînement, les Australiennes travaillent les départs et la vitesse, toutes ensemble. Les visages expriment l’intensité des efforts consentis.

Il est bientôt 9 heures lorsque, du brouillard, émerge à nouveau le ponton de la base. «On va déjeuner et, à 10h30, on sera à nouveau sur l’eau», annonce Jaime Fernandez. Puis, durant l’après-midi, encore. Pour des entraînements moins intenses, d’accord, mais tout de même : le rythme est effréné. Alexandra Hagan ne s’en plaint pas. «C’est beaucoup plus facile de se lever ici qu’en Australie, où il fait nuit quand le réveil sonne», glisse le jeune femme de 23 ans, fatiguée mais souriante, en remballant ses affaires. La vallée de Joux ? Elle adore. «C’est un endroit formidable. Le plan d’eau est calme, très long et les conditions sont favorables ces jours-ci.»

Le bus l’attend, on la libère : pas question d’empiéter sur le temps de récupération des Australiennes, qui ne sont définitivement pas venues pour se la couler douce. Les randonnées dans le Jura, le lac gelé, ce sera pour une autre fois.

Un cadre idéal

C’est la première fois que la Fédération australienne a choisi la vallée de Joux pour un camp d’entraînement. Il faut dire qu’elle dispose, en Italie, d’une base permanente, mais elle était déjà bien occupée par les cadres nationaux M23, d’où la venue des seniors en terres combières. Mais les conditions s’y prêtent à merveille à la pratique de l’aviron à haut niveau : le lac est très calme, notamment tôt le matin, tandis que l’altitude est également favorable à la préparation des compétitions.

Jeudi dernier, après quelques jours sur place, le manager Wayne Diplock était séduit, n’excluant pas la possibilité de revenir une autre fois. La vallée de Joux va-t-elle s’imposer comme un lieu privilégié pour les meilleurs rameurs du monde ? Pas impossible, quand on sait qu’avant la Fédération australienne, c’est sa «voisine» néo-zélandaise qui avait choisi de venir dans le coin. «Un hasard, souligne Wayne Diplock. Évidemment, nous sommes souvent en contact lors de compétitions, mais nous ne travaillons pas spécialement ensemble.»

Le Centre sportif de la vallée de Joux et le club d’aviron local ont mis leurs infrastructures à disposition, tandis que Vallée de Joux Tourisme s’est chargé de l’organisation de l’hébergement des athlètes et du staff, soit une septantaine de personnes.

Lionel Pittet