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Les commerces du centre-ville tirent la langue

13 décembre 2018 | Edition N°2395

Yverdon-les-Bains – Alors que les décorations de Noël illuminent les rues, les stores des magasins se baissent les uns après les autres au cœur de la Cité thermale. Les ventes peinent à décoller pour certains, alors que pour d’autres, un nouveau départ s’annonce.

Entre les vitrines qui présentent leurs plus beaux articles et celles qui affichent leurs scintillantes décorations de Noël, il y en a d’autres qui placardent leur avis de disparition. Et les pancartes annonçant des fermetures se multiplient au centre-ville: Christ, Schaer, Esprit Libre, Vögele Mode, suivis par OVS, et plus récemment Vögele Shoes. Le cœur de la Cité thermale bat au ralenti, mais va-t-il s’en remettre?

D’après le vendeur de la boutique de vêtements Galaxia Boys, Olivier Weszeli, rien n’est moins sûr: «Je vois bien que les gens qui flânent ont moins de sacs dans les mains qu’il y a dix ans.» Pour sa part, ce qui a sauvé son magasin il y a environ deux ans, c’est une certaine catégorie de clients. «Ce sont surtout les étrangers qui viennent m’acheter des habits car ils en ont besoin. Alors que les Suisses, pas forcément. Ou alors ils achètent ailleurs, confie-t-il. Entre les prix des billets d’avion qui chutent et incitent les gens à voyager, les assurances qui augmentent, le franc fort et la concurrence sur Internet, le marché du centre-ville ne sera plus jamais comme avant.»

Un avis partagé par le gérant de l’épicerie bio Esprit Libre, à la rue du Collège, qui va bientôt mettre la clé sous la porte. «Je suis là depuis plus de deux ans et j’ai vu au moins dix magasins fermer. Mais c’est normal parce que les gens préfèrent aller dans les supermarchés. D’ailleurs, quand je les regarde passer devant ma vitrine, je peux dire qu’il n’y en a pas beaucoup qui tournent la tête pour regarder la boutique», témoigne-t-il.

Exister par la différence

«Et le peu de gens qui osent entrer ne sont intéressés que par une petite étagère: celle qui contient du CBD (ndlr: le cannabis légal). Car ça, on ne peut pas le trouver en grande surface. A lui seul, il représente 60% de mes ventes», relève le patron d’Esprit Libre.

Se distinguer des chaînes nationales, c’est aussi la stratégie de la nouvelle papeterie Coeye, qui a repris le local de la Reine Berthe, à deux pas de ses deux concurrents directs, Manor et Image Plus. «Pour éviter d’être court-circuitée, je suis allée voir ce qu’ils vendaient et j’ai fait en sorte de proposer des articles complémentaires, indique Coralie Cendra Jacot. Je pense quand même que les multiples fermetures ont permis d’éveiller les consciences et de sensibiliser les gens au fait qu’il faut soutenir les petits commerces pour éviter les vitrines vides.»

Migros intéressée

La papeterie Coeye n’est pas la seule à s’implanter à Yverdon-les-Bains avec l’espoir d’y rencontrer un certain succès. En effet, le groupe zougois NPH Yverdon II a investi dans deux bâtiments centraux, celui abritant Ochsner Sport et celui d’à côté, qui accueille actuellement la pharmacie Benu. Et son but est de redynamiser le commerce. «Nous devrons faire une rénovation totale des immeubles qui ne sont plus aux normes. Si tout va bien, on va commencer à vider les lieux en juillet 2019 (ndlr: des solutions ont été trouvées pour les trois locataires et la pharmacie), dévoile Maurus Müller, responsable du projet au nom de NPH Yverdon II. Nous allons y créer huit appartements de deux à trois pièces, un lieu pour la pharmacie et, idéalement, pour deux ou trois autres surfaces commerciales.» Impossible de savoir quelle enseigne s’y installera. «Ce que je peux dire, c’est que ce ne sera ni H&M ni Zara car ils voulaient des contrats sur le court terme alors que notre but est d’être attractifs sur le long terme. Mais nous sommes en discussion avec une entreprise de Migros», finit-il par lâcher. Quant à Ochsner Sport, qui devra quitter son local en 2019, il devrait, selon nos sources, reprendre les espaces laissés vacants par Yendi et Vögele Shoes et qui vont bientôt être transformés.


Est-ce plus facile dans une zone commerciale?

Parmi les nouveaux venus dans les alentours de la Cité thermale, il est à noter l’ouverture de Décathlon, le 24 octobre dernier, à la place de l’enseigne Athleticum, située dans la zone industrielle En Chamard. Alors est-ce vraiment plus facile d’implanter une telle enseigne loin du centre-ville? «L’ouverture s’est très bien passée, car nous avons gardé 100% de l’effectif d’Athleticum, ce qui a été notre force, et nous avons pris le temps d’accompagner le personnel à travers ce changement, confie Laurane Couraudon, responsable du magasin. Mais maintenant, c’est un petit peu plus difficile car sans neige, on peine à vendre des articles d’hiver.»

La jeune femme a d’ores et déjà identifié son prochain cheval de bataille: améliorer la visibilité de la succursale. L’un des avantages que Décathlon met en avant, ce sont ses tarifs compétitifs. «Nous nous engageons à proposer des prix équivalents à ceux affichés en France sur tous nos produits, poursuit Laurane Couraudon. Les clients ont donc tout intérêt à acheter en Suisse car ils auront les mêmes prix, mais sans les frais d’essence.»

 

Christelle Maillard