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Les dessous du voyage éclair de Wayne Rooney dans la Broye

21 décembre 2012

Football – L’attaquant de Manchester United est venu purger une sanction disciplinaire de l’UEFA au Centre de préformation de Payerne, dans le plus grand secret. Récit d’une journée pas comme les autres pour les jeunes footballeurs… et Wayne Rooney.

Edil, jeune pensionnaire du Centre de préformation de Payerne, se souviendra toute sa vie de ce lundi matin! Wayne Rooney à Payerne, l’événement ne pouvait pas passer inaperçu trop longtemps, malgré tous les efforts de l’UEFA…

«Si le secret a été bien gardé? Apparemment pas, puisque vous êtes là!», s’esclaffait un jeune et sympathique Securitas lundi, en fin de matinée, en maintenant toutefois fermement close la porte d’entrée du Stade Municipal de Payerne. De l’extérieur, rien ne pouvait en effet laisser croire que l’une des plus grandes vedettes du football mondial se trouvait à l’intérieur de l’enceinte, sinon la présence de deux véhicules de Gendarmerie, parqués un peu plus loin. Des centaines d’enfants ont ainsi passé devant le stade, comme tous les jours, sans se douter que Wayne Rooney, l’attaquant de Manchester United, était en train d’expliquer à une vingtaine de jeunes footballeurs comment ne pas trembler devant les cages, lui le buteur au sang-froid redoutable.

Un père Noël en punition

L’objectif de la venue de Wayne Rooney à Payerne? Effectuer la punition résultant de son mauvais geste face au Montenegro (voir ci-dessous). Une journée d’intérêt général, donc, comme pour n’importe quel jeune puni, à la différence près que le jeune en question ne gagne sans doute pas 150 000 euros par semaine, le salaire estimé de Wayne Rooney à Manchester United. L’attaquant a donc été «invité» par la commission de discpline de l’UEFA à passer une journée à Payerne, à la charge de la Fédération anglaise, bien sûr: «Oui, il est puni! C’est à sa fédération de payer le voyage», souriait Véron Mosengo-Omba, secrétaire de la commission de discipline de l’UEFA qu’un des jeunes facétieux du centre n’a pu s’empêcher d’appeler le «Père Noël» du centre, ce qui l’a beaucoup amusé. «Oui, on peut le voir comme cela, mais c’est très sérieux comme opération! Nous avons choisi la Suisse, parce que tout ce qui a trait à Wayne Rooney est très médiatisé. La Suisse est le pays parfait pour une telle opération. Ici, les stars sont tranquilles…»

Aucun média n’avait été averti, les «risques» de voir défiler les tabloïds anglais étant beaucoup trop grands. Les fuites ont donc été très légères et circonscrites aux journaux locaux, ce qui a, certes, un peu irrité l’UEFA et l’ASF, mais très peu les jeunes du Centre de préformation (voir ci-dessous). Pourtant, dès 14h30, la nouvelle allait faire le tour du globe, grâce au principe de lecteur-reporter: un cliché pris au smartphone, à travers le grillage, et envoyé à un journal suisse très réactif en ligne… et le web s’emballait! Le seul problème pour l’UEFA? Le terrain synthétique se trouve près de la route, et les trous dans la haie permettent de l’apercevoir. Le grand public n’aura toutefois rien su de la venue de la star jusqu’à 14h30 environ, ce qui est déjà un exploit en soi pour une petite ville comme Payerne…

Ses chaussures en cadeau

Des hordes de jeunes arrivaient alors en direction du stade, ce qui a contraint la Gendarmerie à escorter le chauffeur privé de l’attaquant jusqu’à l’intérieur de l’enceinte du stade. Wayne Rooney n’était pas là pour rigoler ou pour signer des autographes, mais bien pour purger sa peine. Il l’a fait avec bonne humeur et patience, posant avec chaque enfant pour la photo-souvenir, mais, plus important, leur laissant en héritage de nombreux bons conseils.

Edil, en première année au Centre, n’en revenait pas: «Il parlait en anglais, mais il avait une traductrice, heureusement. Il nous a donné des techniques pour protéger le ballon, mais aussi pour faire des passes propres. Notre entraîneur nous le dit souvent: les grands joueurs ne font pas des choses impossibles à l’entraînement, mais répètent les bases. C’est aussi ce que nous a dit Wayne Rooney! Faire un bon contrôle, une bonne passe…» Voilà des conseils concrets qu’Edil et ses copains, espoirs du football suisse, conserveront longtemps. Wayne Rooney, après avoir offert ses chaussures au plus adroit des jeunes (le but était de toucher la barre transversale), est donc reparti vers Manchester, où il est arrivé en début de soirée.

A-t-il apprécié le passage? A voir la bonne humeur qu’il a affichée tout au long de la journée, la réponse est oui. Et en plus, cette sanction a été bénéfique à tout un pays, puisque le Mancunien a été décisif lors du troisième match de l’Euro (voir encadré ci-contre). «C’est vrai! Tout le monde est content! Lui, il a marqué contre l’Ukraine et il a passé une bonne journée ici. Nous, nous avons fait notre travail. Et les jeunes sont les plus heureux au monde», concluait Veron Mosengo-Omba, au terme d’une journée parfaite pour l’UEFA, aussi bien sur le plan logistique que sécuritaire.

 

Un recours bénéfique

Décisif face à l’Ukraine à l’Euro

Expulsé pour un mauvais geste face au Montenegro en qualifications, l’attaquant anglais a tout d’abord reçu trois matches de suspension, ce qui l’aurait privé de toute la phase de groupes de l’Euro et aurait peut-être contraint Roy Hodgson à ne pas le sélectionner.. Ayant fait appel, sa peine a été réduite à deux matches, mais avec un jour de travail d’intérêt général. Certes, l’Angleterre s’en est bien sortie sans son buteur vedette lors des deux premiers matches de l’Euro, faisant match nul avec la France (1-1) et battant la Suède (3-2). Wayne Rooney, pourtant, s’est retrouvé titulaire dès son retour au jeu, inscrivant le seul but de la victoire face à l’Ukraine. Les quarts de finale seront moins heureux pour le «Pelé blanc», un de ses surnoms en Angleterre, puisqu’il ne parviendra pas à marquer, en 120 minutes, face à une très bonne équipe d’Italie. Wayne Rooney aura tout de même réussi son tir au but, contrairement à ses coéquipiers Ashley Young et Ashley Cole. England out!

 

Le Centre de préformation de Payerne forme de futurs internationaux

Une vingtaine d’«apprentis-footballeurs»

Les élèves du Centre de préformation n’avaient pas été prévenus, de peur bien sûr qu’ils ne puissent se retenir d’ameuter la terre entière… et leur téléphone portable leur a été confisqué à leur arrivée au centre! La venue de Wayne Rooney était un événement, mais ces futurs champions devront s’habituer à croiser de telles vedettes, car leur quotidien devrait leur permettre, dans un proche avenir, de côtoyer ce niveau. Ces jeunes suivent en effet une filière sport-études.

Le principe? Le centre de Payerne, créé en 2000, accueille une vingtaine de jeune venus de toute la Romandie et sélectionnés, bien sûr, en raison de leurs aptitudes footballistiques. Ces «apprentis du football» restent à Payerne du lundi au vendredi, vivent pour la plupart dans une famille d’accueil, vont à l’école et s’entraînent chaque jour. Le résultat? Des joueurs de bon niveau, puisque près de la moitié des jeunes talents qui sont passés par Payerne ont porté les couleurs de l’équipe nationale (dans une formation de la relève) à une reprise au moins par la suite. Des exemples de jeunes s’étant illustrés? Alexandre Pasche, Steven Lang, Selim Khelifi, Johan Djourou, Nassim Ben Khalifa, Frédéric Veseli…. De quoi donner des idées aux pensionnaires actuels!

Timothée Guillemin