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Les enfants prennent le syndic à son propre jeu

21 novembre 2019 | Edition N°2629

Un quatuor en culottes courtes a donné une leçon de civisme à tout un village. Si le peuple est souverain en démocratie, pourquoi les autorités auraient-elles plus de liberté que des écoliers?

Les enfants de Premier ont déjà commencé à préparer leur liste de Noël. Mais cette année, ils ont choisi d’en rédiger deux. L’une pour le légendaire homme à la barbe blanche, et l’autre pour les autorités et les employés de la construction. Ils ont déjà adressé leur vœu à ces derniers en affichant plusieurs feuilles dans le village, il y a environ une semaine. Et leur demande, bien que polie, est très claire, quoique rédigée dans un français trébuchant: «Render nous notre arrée de bus avan Noël S.V.P.» En d’autres termes, ils en ont en marre des travaux menés depuis mai dernier sur la route principale.

«En fait, l’arrêt de bus, c’est là qu’on fait des igloos en hiver, parce que c’est là que le chasse-neige fait les tas», commente Nesta, 8 ans, l’un des quatre instigateurs. Une démarche qui a surpris tout le monde au village, et en premier lieu sa maman. «En rentrant du travail, l’une des affiches était par terre. Je l’ai ramassée et j’ai vu le petit mot. J’ai trouvé ça vraiment très chouette et je l’ai rapportée à la maison. C’est là que j’ai appris que l’idée venait de Nesta», raconte Séverine Peguiron.

Ils ont pris exemple sur les grands

Comment l’enfant a-t-il eu l’idée de placarder des affiches à travers les rues de son village pour exprimer ses revendications? Il a recopié les grands tout simplement. Car le 31 octobre, le syndic Etienne Candaux a décoré la plupart des lampadaires de Premier avec une feuille avisant la population que l’eau était à nouveau consommable (lire encadré de gauche). «C’est sympathique, témoigne l’édile. Ça ne me gêne pas du tout. S’il y a des bonnes nouvelles à communiquer, autant les afficher!»

Il faut dire que la localité a gagné en dynamisme ces dernières années avec l’arrivée d’une vague d’enfants. Une trentaine de jeunes scolarisés sont venus gonfler les rangs du village qui compte désormais 215 âmes. «Même si leur présence occasionne des coûts pour la commune, on est très contents qu’ils soient là parce qu’ils apportent de la vie. C’est quelque chose à quoi nous devons aussi être attentifs», relève Etienne Candaux. Ce qui est sûr, c’est que les écoliers n’ont pas leur langue dans leur poche à Premier. «L’autre jour, une fillette m’a arrêté pour me poser des questions sur les travaux qu’on faisait et les machines», poursuit le syndic, ravi de constater que les jeunes s’intéressent à ce qu’il se passe au cœur de la bourgade.

Parmi les curieux et proactifs du village, on retrouve souvent Nesta. «Une fois, il a accroché des panneaux Les pompiers recrutent. Comme il voyait ces affiches dans les autres villages et qu’il n’y en avait pas à Premier, il en a créé une!, renchérit Séverine Peguiron. Il aimerait devenir pompier.»

Un souhait à moitié réalisé

Quant à la demande de Nesta et de ses trois acolytes, leur souhait a en partie été réalisé vendredi dernier, puisque les machines de chantier ont libéré la chaussée. Mais elles n’ont pas pour autant disparu. Elles ont juste été parquées devant le collège, soit pile à l’endroit où il y a l’arrêt de bus. «On va s’attaquer maintenant au chemin des Fontaines où on a aussi quelques travaux à réaliser. Cela va encore prendre une dizaine de jours», prévient Etienne Candaux. Autant dire que les jeunes n’ont pas encore retiré toutes leurs affiches. Ils vont veiller au grain et sont prêts à rappeler à l’ordre les élus au besoin.

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Un couac dans le réseau d’eau potable

À la fin du mois d’octobre, un germe s’est infiltré dans le réseau d’eau potable de Premier. «Ça arrive quand le sol est sec et qu’il pleut beaucoup, note le syndic Etienne Candeaux. Le Canton nous a demandé de faire un tout-ménage pour informer les habitants.» Conséquence, la population a dû bouillir l’eau avant de l’utiliser durant une semaine. L’incident a été résolu le 31 octobre. «C’est une histoire ancienne», conclut l’édile.

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L’espace public est-il libre?

La démarche du syndic de Premier, tout comme celle des enfants du village, a le mérite de soulever une question: peut-on afficher tout et n’importe quoi sur le domaine public? «Il y a deux volets: un lié à la loi sur la circulation routière (LCR) et un autre sur l’occupation de l’espace public, résume Patrick Grand, formateur en circulation. Au niveau de la LCR, la règle est claire, c’est qu’une publicité ne doit pas attirer l’attention du conducteur, ou masquer des signaux de circulation. Le principe est encore plus strict aux abords d’une autoroute. Mais l’application est devenue très large.» Et le spécialiste d’exemplifier: «Il y a vingt ans, l’enseigne des pharmacies qui clignote n’aurait jamais été accepté, alors que maintenant il y en a partout et c’est accepté. Il faut surtout regarder si les gens se plaignent et s’il y a un réel danger.»

Selon le préfet du district Jura – Nord vaudois, Etienne Roy, la loi ne fait pas de distinction entre une publicité ou un simple message placardé. Il existe toutefois des exceptions pour les campagnes électorales.

Christelle Maillard