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«Les retraités ne sont pas considérés»
Yverdon, 22 octobre 2019. Rue du Milieu, vide greniers, Carole Cohen. © Michel Duperrex

«Les retraités ne sont pas considérés»

24 octobre 2019 | Edition N°2609

Yverdon-les-bains - Arrivée à la retraite, Carole Cohen s’est sentie rejetée de la vie active à cause de son âge. En lançant sa boutique Aux vide-greniers, elle a voulu changer cette situation et n’engage que des seniors.

Pour Carole Cohen, l’aboutissement d’une année de travail a été présenté au public, samedi dernier, lors de l’inauguration de sa boutique Aux vide-greniers. «Nous étions près de 200, estime la gérante. Les gens faisaient la queue  dehors. Bien sûr, il a fallu que l’ordinateur tombe en panne! C’était le foutoir total, mais j’étais sur un petit nuage.»

Derrière ce commerce se cache la volonté d’apporter une solution à un problème qui touche de nombreux seniors. À 60 ans, lorsqu’elle devient retraitée, Carole Cohen fait un constat sans appel: «Mes activités domestiques remplissaient mon cœur, mais pas ma tête.» Amatrice de vide-greniers, la Lausannoise décide de se lancer. «Mais le froid, la pluie ou la canicule sont des facteurs que l’on ne maîtrise pas et qui peuvent ruiner une journée de vente, explique la femme de 65 ans. D’autant plus qu’en un week-end, on n’a pas vraiment le temps de vendre sa marchandise.»

Survient alors le déclic pour Carole Cohen. Son idée? Créer un espace bien au chaud, réunissant plusieurs vendeurs qui peuvent déposer leurs objets, sans avoir à être présents lors de la vente, qui est assurée par l’équipe de Carole Cohen. Tous disposent d’un présentoir qu’ils aménagent à leur convenance et qu’ils louent à la semaine, au mois ou à l’année. Le commerce prélève 40% de commission sur les ventes.

Impossible de signer un bail

Si la Lausannoise s’est installée à Yverdon-les-Bains, ce n’est pas par amour pour la Cité thermale. «Il a été très difficile de trouver un espace dont le propriétaire tiendrait compte de l’éventualité que mon projet ne fonctionne pas. Tous voulaient signer un bail de cinq ans, minimum. Mais en 2019, ce n’est plus possible.» C’est finalement dans les anciens locaux du fitness Ecofitclub, situés entre la rue du Milieu et la rue du Four et inoccupés depuis plusieurs années, que sa boutique a trouvé sa place.

Carole Cohen a d’ailleurs pu constater un autre problème lié à la retraite. «Il était impossible pour moi de signer un bail, confie la sexagénaire. C’est mon fils qui a dû le signer.»

Estimant que la société ne considérait plus les seniors, la patronne a donc ajouté un concept à son projet: n’engager que des retraités pour l’épauler. «Je souhaite être la plus flexible possible avec eux, assure-t-elle. S’il ne peuvent finalement pas venir un jour parce que leurs petits-enfants sont à la maison, ce n’est pas grave, je peux assumer. J’espère surtout que l’on pourra développer une bonne entente et, pourquoi pas, que l’on devienne une bande d’amis!» Pour l’instant, elle emploie quatre seniors, qui peuvent travailler 70 heures par mois au maximum.

Carole Cohen est d’ailleurs toujours à la recherche de retraités disponibles. Ils peuvent la contacter sur le site www.auxvidegreniers.ch.

Massimo Greco