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Les souvenirs d’Expo.02 brillent encore
(KEYSTONE/Martial Trezzini)

Les souvenirs d’Expo.02 brillent encore

12 mai 2022

Les 20 ans de l’ouverture de l’Exposition nationale seront commémorés samedi à Bienne. Au sud du lac, il nous reste de belles images.

Le Nuage et son brouillard artificiel ne sont plus qu’un lointain souvenir… qui suscite encore des regrets. Mais le Bar Rouge, le Mondial et son ambiance avec des musiques du monde, ou encore le Palais des Mariages sont dans toutes les mémoires. Non seulement des habitants de la région, mais aussi des millions d’hôtes qui, pour la plupart, ont découvert le Nord vaudois pour la première fois grâce à l’Expo.02. Organisée peu après le tournant du siècle, cette manifestation a durablement marqué les esprits.

A Yverdon-les-Bains, site de l’un des quatre Arteplages d’Expo.02, aucune manifestation officielle n’est prévue en 2022 pour commémorer cet événement mythique de 2002. Mais un groupe d’amis très impliqués dans l’événement – Olivier Kernen, ancien syndic et député, Sandro Rosselet, chef du Service travaux et environnement (STE) de la Ville, Denis Alber, chanteur et artiste, et quelques amis – se retrouveront le 29 juin prochain pour un petit apéritif sur le site du Bar Rouge, au bord du lac.

La date n’a pas été choisie au hasard: à 20 ans jour pour jour de la Journée cantonale vaudoise d’Expo.02. Car, pour une partie de la population en tout cas, l’événement national, fortement fréquenté par des hôtes étrangers, a coïncidé avec la découverte, voire la redécouverte du sud du lac de Neuchâtel.

Olivier Kernen était syndic d’Yverdon-les-Bains lorsque, en 1994, il a été intégré dans le comité stratégique de ce qui devait être Expo.01. Il y a été impliqué jusqu’à la veille de l’ouverture d’Expo.02. En effet, des difficultés dans la préparation, ainsi que les inévitables conflits philosophiques inhérents aux événements de grande ampleur – du «management par le chaos» de la directrice Jacqueline Fasnacht en passant par les originalités de l’artiste Pipilotti Rist – ont conduit au renvoi d’une année et à l’arrivée de la nouvelle «patronne» exécutive Nelly Wenger.

«J’ai vécu cette préparation et l’Expo de A à Z», se souvient Olivier Kernen, qui en a gardé des étoiles plein les yeux. Il faut dire que l’ancien élu, qui s’est impliqué comme jamais aucun autre dans les Brandons ou les Jeux du Castrum, aimait vivre au cœur de la fête. En fait, au terme d’années de préparation, et d’implication dans la vie publique, Olivier Kernen n’a pas été réélu à l’automne 2001. Un coup terrible, et imprévu, alors qu’il n’avait que 41 ans. La droite a pris la majorité et Rémy Jaquier, qui n’avait pas planifié une telle issue, s’est retrouvé à la tête de l’exécutif.

Mais Olivier Kernen est vite retombé sur ses pieds: «J’ai eu un téléphone de Nelly Wenger, qui m’a dit qu’elle avait un poste de directeur adjoint disponible. J’ai collaboré avec Philippe Roncalli, de Champagne, et Frédéric Hohl.» L’ancien syndic a d’ailleurs eu l’occasion de collaborer à nouveau avec ce dernier lors de la Fête des vignerons, à Vevey: «Dix-sept ans après l’Expo, ça tournait la même chose et j’ai eu les mêmes sensations. Revivre ça en fin de carrière a été pour moi un feu d’artifice, d’autant plus qu’on faisait partie de la fête avec les quelque 5000 figurants et acteurs.»

«Nous avions la responsabilité de l’exploitation des quatre Arteplages, avec des planifications complètement différentes, et de quelque 2500 employés. Pour moi, cela a été une belle expérience. Pendant six mois, je n’ai pas levé le pied. Le plus gros défi a été de créer une ambiance. C’était une belle époque», ajoute l’ancien élu, qui a encore siégé durant plusieurs législatures au Grand Conseil vaudois. Et lorsqu’on parle de l’exploitation, il s’est surtout agi de gérer surprises et imprévus. En effet, à quelques mois de la manifestation, les organisateurs ne savaient pas encore précisément ce qui allait être proposé au public dans certains secteurs… Mais la magie a opéré.

«On a eu des coups de Trafalgar. Avec Expo.01, on a failli mettre la clé sous le paillasson. Mais dès l’arrivée de Nelly Wenger, tout s’est mis en place. J’ai eu le privilège de vivre dans la réalité tout ce qui avait été planifié en théorie. A titre personnel, cela m’a permis de créer un énorme réseau d’amis», note encore Olivier Kernen.

Lorsqu’on évoque plus particulièrement l’Arteplage d’Yverdon-les-Bains, Olivier Kernen cite bien évidemment Le Nuage, mais c’est surtout Le Mondial et son ambiance avec des musiques et de la nourriture du monde, ainsi que le Bar Rouge, qu’il place en tête: «Les gens venaient de toute la Suisse pour passer un moment au Mondial. Ce nom, qui est celui d’un bar de Zanzibar, avait été choisi par le mécène.»

En ce qui concerne Le Nuage, véritable symbole de l’Arteplage vaudois, l’ancien élu n’exprime pas de regrets: «J’ai milité pour Le Nuage, mais c’était un cadeau empoisonné. L’exemple du Théâtre de Vidy, construit lors de l’Exposition nationale de 1964, est parlant. Si on compte le cumul des frais depuis…» Si Expo.02 devait être éphémère, Olivier Kernen aurait bien aimé en garder au moins un objet: «Le Mondial aurait pu rester deux ou trois ans, peut-être en réduisant la voilure, mais avec le même état d’esprit. Car à l’heure qu’il est, on n’a toujours rien au bord du lac. On aurait peut-être pu faire le forcing. Il en va de même pour le Bar Rouge. Même si les légaliser aurait été un chemin de croix.»

 

Pierrette Roulet-Grin: «J’ai suggéré que les préfets défilent au Pavillon»

 

Alors préfète du district d’Yverdon-les-Bains – la réduction de 19 à 10 districts, avec le regroupement de ceux d’Orbe, Grandson, la Vallée et Yverdon dans le district Jura-Nord vaudois n’avait pas encore été engagée –, Pierrette Roulet-Grin garde elle aussi un souvenir lumineux d’Expo.02: «J’ai suggéré que les districts défilent au Pavillon vaudois et l’animent, avec le concours des préfets. Cela a permis de créer une belle ambiance et de rapprocher les gens du canton.»

La cérémonie d’ouverture, sur la Thièle, un peu plus loin que La Matelote, a aussi marqué la mémoire de la préfète honoraire: «Ma sœur, Monique Marchand, a participé au spectacle sur la plateforme flottante. Il y avait aussi Monique Kernen, l’épouse de l’ex-syndic.» Et d’ajouter: «La Journée vaudoise, à fin juin, a été marquée par une ambiance extraordinaire. Le Mondial, c’était génial avec toutes les rencontres qu’on y faisait. Il y avait une vie qu’on n’oubliera pas. L’histoire du Nuage m’a peinée, mais Nelly Wenger avait décidé dès le départ de ne rien garder.» Situé à deux pas de la gare, le Pavillon vaudois a été conçu par l’architecte Urs Bona. Les communes l’avaient animé en le meublant avec des chaises plus originales les unes que les autres, et sur lesquelles des milliers d’hôtes de la manifestation ont posé pour la photo souvenir.

 

Rémy Jaquier a été marqué par la foule

 

Intronisé syndic à la veille de l’ouverture d’Expo.02, Rémy Jaquier garde un souvenir lumineux de la manifestation: «Je me rappelle avoir été immergé dans une organisation bien structurée. A la Commune, Evelyne Bräuchi avait été engagée pour gérer l’événement. Elle avait un rôle de secrétaire de direction et elle a fait un travail formidable. J’ai le souvenir de séances, à la Salle des Débats, lors desquelles on abordait tous les problèmes, de l’animation à la sécurité.»

Du point de vue événementiel, c’est le débarquement des cantons de Suisse centrale qui a le plus marqué l’ancien syndic: «Je me trouvais dans le bureau du Greffe pour m’adresser à cette foule incroyable qui avait envahi la place Pestalozzi. L’Expo a aussi été l’occasion d’accueillir nos amis, de Pontarlier, de Winterthour et d’ailleurs. C’était magnifique. Chaque matin, il y avait un flux continu de visiteurs qui débarquaient à la gare et gagnaient le bord du lac.»

Bien évidemment, l’ancien syndic regrette la disparition du Nuage: «Le Conseil a voté le crédit pour le garder, puis a décidé de le soumettre au référendum populaire… Nous nous étions rendus avec Jean-Marc Buchillier, ancien directeur de l’ADNV, aux Pays-Bas pour rencontrer un des hauts dirigeants de l’ESA (Agence spatiale européenne). Ils étaient prêts à engager trois millions dans l’affaire… On s’est heurtés à un manque d’ambition.

Isidore Raposo