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L’hiver de tous les espoirs

10 octobre 2019 | Edition N°2599

Les Championnats d’Europe, la semaine prochaine, ouvrent la saison de la chasse à la qualification olympique. Les pistards du VC Orbe, Théry Schir et Cyrille Thièry, ont beaucoup à gagner.

Il n’est pas rare que les gens confondent le Lausannois Théry Schir avec le Chavornaysan Cyrille Thièry, compte tenu de la ressemblance entre le prénom de l’un et le patronyme de l’autre. Les deux pistards formés au Vélo Club Orbe en ont l’habitude. «On m’a récemment félicité pour les médailles aux Jeux européens… remportées par Théry», se marre le second.

Une fois de plus, les profanes risquent de s’emmêler les pinceaux ces prochains mois, puisque les cyclistes vont se retrouver sur le devant de la scène ensemble ou à tour de rôle. Tous deux font partie de la délégation suisse qui se rendra aux Championnats d’Europe la semaine prochaine à Apeldoorn, aux Pays-Bas. La première des huit étapes qui peuvent les mener aux Jeux olympiques de Tokyo l’été prochain.

Compte tenu des enjeux, la saison sur piste promet d’être passionnante et intense, tant physiquement que mentalement, pour les deux coureurs du club urbigène. De quoi faire monter la pression? «On va faire un peu ce qu’on fait toujours, modère Cyrille Thièry, à qui on ne la fait plus à 29 ans. On a l’habitude des échéances qui arrivent, on sait ce qui nous attend et, pour l’heure, on a toutes les cartes et notre destin en main.» Et Théry Schir, de trois printemps son cadet, d’enchaîner: «J’ai le sentiment qu’on a bien travaillé, qu’on est mieux préparés que jamais. Mais peut-être que les autres ont fait du meilleur boulot encore.» La douce incertitude du sport.

Au vu de la densité en poursuite par équipes, il faudra avoir de bonnes jambes dès les premiers coups de pédale de la saison: «Il n’y aura pas de petite course cet hiver et, la semaine prochaine, des médailles seront en jeu. Probablement que pour se qualifier pour les demi-finales à Apeldoorn, on devra déjà battre le record national. »

Une revanche à prendre

Les deux hommes en savent quelque chose, eux qui étaient du voyage à Rio de Janeiro il y a trois ans. Cyrille Thièry avait été appelé au dernier instant pour remplacer Stefan Küng, blessé. «Ma participation aux Jeux olympiques était inattendue, en cela, ça reste un excellent souvenir. Mais demeure un goût d’inachevé. J’ai envie de retourner aux Jeux et qu’on soit à notre meilleur niveau», martèle le Corbeau.

Au Brésil, le quatuor de la poursuite avait payé son inexpérience, et les chronos s’en étaient ressentis, malgré l’obtention d’un diplôme olympique. «Sportivement et émotionnellement, ça avait été une épreuve, se souvient Théry Schir. On était jeunes, on s’était qualifiés après quatre années durant lesquelles tout nous réussissait. On faisait le tour du monde en équipe avec une certaine insouciance et, là-bas, on a un peu paniqué. On surfait sur une vague, qui s’est cassée juste avant les Jeux. Soudain sans Küng pour nous tirer vers le haut, c’est Cyrille qui avait été le plus fort d’entre nous et qui avait assuré les relais, alors qu’il avait été appelé à la dernière…»

Les choses ont bien changé depuis. Les techniques d’entraînement ont considérablement évolué au sein de la sélection nationale et, désormais, les pistards suisses sont aguerris. «Il y a un plan, on sait ce qu’on fait à présent», image Cyrille Thièry. Et son camarade, qui s’est intensivement entraîné sur piste depuis l’été, de détailler: «Tout est plus structuré. On a tous ajouté des éléments à notre préparation, on a du recul et une meilleure compréhension de ce qu’on fait. On peut dire que, désormais, on sait pourquoi on roule vite.» Des certitudes et une base solide sur lesquelles s’appuyer pour affoler les chronos.

 

Huit échéances pour figurer dans le top 8 mondial

Médaillés d’argent l’an dernier, les poursuiteurs suisses auront une place sur le podium à défendre, la semaine prochaine aux Championnats d’Europe. «Les forces sont si équilibrées que l’on peut très bien se retrouver 5es, tempère Daniel Gisiger. Par contre, si on se classe au-delà, ce sera décevant.»

Le sélectionneur national avait emmené l’équipe jusqu’aux Jeux de Rio, en 2016. «Le niveau est encore bien plus élevé. Pour preuve, on a beaucoup progressé (ndlr: en témoigne le record national régulièrement abaissé) pour simplement rester au même niveau dans la hiérarchie. Certains pays ne forment des coureurs qu’à la poursuite, alors que nous devons travailler avec des routiers», rappelle le Seelandais, ravi de pouvoir compter sur un effectif de onze hommes capables de tenir leur rang. «C’est une chance dans un pays aussi petit que la Suisse de bénéficier d’un groupe aussi fourni et homogène», souligne, d’ailleurs, l’autre entraîneur national, Mickaël Bouget.

En plus des Européens, six manches de Coupe du monde (les trois meilleurs résultats, dont un obtenu en Europe, sont pris en compte) et les Mondiaux permettront de marquer des points en vue de la qualification aux JO. Afin de garder des forces à chaque échéance, la Suisse fera tourner son effectif.

Les huit meilleures nations de poursuite par équipes du classement 2018-2020 iront à Tokyo (la Suisse pointe au 9e rang). Seize places (dont huit sont occupées par les meilleurs de la poursuite) sont disponibles pour le madison, qui fait son retour aux Jeux. Douze autres pays pourront participer à l’omnium.

 

Marguet, le doyen

Un autre régional pourrait être de l’aventure olympique: Tristan Marguet, qui a vécu à la vallée de Joux jusqu’à ses 16 ans, fait lui aussi partie de l’équipe nationale. Il en est même le doyen, à 32 ans. «J’arrive encore à gagner ma vie avec le vélo, alors je continue, glisse le Combier. Je me vois bien encore continuer au moins deux ans.»

S’il ne partira pas aux Championnats d’Europe, le Vaudois exilé en Suisse alémanique depuis de longues années fait partie des pistards qui peuvent prétendre à être alignés en Coupe du monde ces prochains mois, afin d’aider la Suisse à décrocher son ticket pour Tokyo. «Et, même s’il y a beaucoup de jeunes qui poussent, je garde les Jeux dans un coin de ma tête. On va vivre un long hiver anxiogène!»

 

Mettraux, vélo, JO

Le projet d’une équipe féminine suisse sur piste en vue des Jeux de Tokyo a été monté il y a trois ans. Léna Mettraux fait partie des filles qui se sont lancées dans l’aventure. «Je pensais faire de la piste juste pendant l’hiver, mais j’ai rapidement progressé et immédiatement accroché», raconte la Challensoise de 21 ans, qui vient de la route et du VTT.

La semaine prochaine, la spécialiste de madison – son potentiel s’exprime le mieux sur les longues distances – disputera ses troisièmes Championnats d’Europe sur piste. Avec, cette fois, un peu plus d’expérience à revendre. «J’étais encore impressionnée les années précédentes. Il faut que j’ose plus», insiste-t-elle, dans l’espoir d’inscrire un maximum de points en vue de la qualification pour les JO 2020.

Manuel Gremion