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L’itinéraire atypique d’un malvoyant dynamique

26 janvier 2017 | Edition N°1921

Les Bioux – Jean-Louis Reymond continue de donner des cours de ski et à pratiquer une foule d’activités alors que la maladie a progressivement réduit sa vue à 5%. Rencontre avec cette figure combière attachante.

Directeur de l’école de ski du Centre nordique du Mollendruz, Jean-Louis Reymond compense son handicap par la parfaite connaissance de la région où il évolue. ©Charles Baron

Directeur de l’école de ski du Centre nordique du Mollendruz, Jean-Louis Reymond compense son handicap par la parfaite connaissance de la région où il évolue.

Les élèves de La Sarraz et environs profitaient, mardi matin, d’un ciel azur à la vallée de Joux, où le stratus n’avait pas pignon sur piste. Radieux comme le soleil, Jean-Louis Reymond aidait les derniers fondeurs en herbe à déchausser leurs skis.

La scène aurait été parfaitement banale si le moniteur vêtu de la traditionnelle veste rouge et blanche n’avait pas quasi perdu la vue. Les stries angioïdes (ndlr : des déchirures de la membrane élastique de la rétine) conditionnent son existence depuis ses 42 ans.

Cette maladie rare a fait irruption dans son quotidien de restaurateur aux Essertsde- Rive, au Lieu. «En nettoyant des verres à champagne nouvellement reçus, j’ai eu l’impression que leur pied était courbé. Je me suis dit que c’était un modèle intéressant », déclare le presque septuagénaire.

La dure vérité a éclaté le lendemain, lorsqu’il a constaté la même impression de déformation sur des rambardes de fenêtres. En l’espace de quarante jours, Jean-Louis Reymond ne voyait plus qu’à 20%. Le choc a été rude pour cet homme hyperactif, épargné par les problèmes de vue jusqu’ici, mais son intarissable soif de vivre a rapidement pris le dessus. C’est dans le costume d’explorateur que le Combier est allé chercher de nouvelles ressources, après avoir vendu son établissement.

Son voyage, avec femme et enfant, s’est déroulé en 365 jours, de 1992 à 1993, des montagnes népalaises à la Suède, en passant par l’Asie, l’Australie, Tahiti et Los Angeles. «C’était une bonne manière pour ma fille et ma nouvelle épouse de tisser des liens entre elles», commente-t-il.

Véliplanchiste précurseur

De retour en terre combière, Jean-Louis Reymond continue à gérer son magasin réservé aux véliplanchistes. «J’ai été parmi les premiers, avec un dentiste Rochat, à faire de la planche à voile sur le lac de Joux. En 1972, les gens se moquaient de nous», se souvient celui qui officie encore au centre nautique Altitude 1004, désormais basé aux Bioux.

Son handicap lui a appris à prêter davantage d’attention à ses autres sens. Moniteur diplômé avant la trentaine, il a orienté ses cours de ski alpin vers les enfants et les débutants. Ses sorties dans les Alpes avec un couple d’Anglais ont donné lieu à une anecdote qu’il évoque avec fierté. «Nous étions à Verbier et le brouillard s’est élevé rapidement. En redescendant à la station, nous sommes tombés sur un professeur de ski allemand égaré avec ses six clients, puis une femme en pleurs qui avait perdu son mari. Je les ai tous ramenés dans mon sillage. C’était une belle victoire pour un malvoyant.» Parti à la découverte des Amériques, de la Nouvelle- Zélande et de Hong Kong en 2003 et 2004 avec sa femme et ses deux autres enfants, Jean-Louis Reymond, dont la vue est tombée à 5%, nourrit, aujourd’hui, ses fourmis dans les jambes avec des activités locales. Patinage sur le lac de Joux, virées en paddle pour aller prendre le café aux Esserts- de-Rive, pêche et sports d’hiver divers : l’énergie et la volonté de cette touchante personnalité combière repoussent constamment toutes les limites.

Un humour à toute épreuve

L’optimisme de Jean-Louis Reymond a de quoi laisser pantois quand on connaît son parcours. Aîné de cinq enfants, il a pris la casquette de fonctionnaire postal pour aider sa famille à nouer les deux bouts. Son passage à l’Armée lui a ensuite permis de financer sa vocation sociale, assouvie en tant qu’éducateur à la Fondation du Levant et à la Maison des jeunes, à Lausanne, avec un intermède de berger dans un chalet d’alpage.

Le Québec, où il s’est rendu comme moniteur de ski au milieu des années 1970, aurait peut-être pu l’accueillir durablement si le cancer de sa première épouse n’avait pas précipité le retour du couple en Suisse, en 1978. Sa femme ayant malheureusement été emportée par la maladie en 1987, Jean-Louis s’est retrouvé seul avec sa fille de 5 ans.

C’est dans ses nouvelles fonctions de restaurateur qu’il s’est épris d’une employée suédoise venue travailler chez lui en été. Un amour que le surgissement du handicap n’est pas parvenu à briser.

L’humour du personnage ne s’est pas davantage fané. Lors de sa campagne pour la Municipalité de L’Abbaye, où il a siégé durant la législature 2006-2011, il a, ainsi, plaidé sa cause par le biais du slogan : «Soyez clairvoyants, votez Jean-Louis Reymond.»

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Ludovic Pillonel