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Une nouvelle filière entre deux cantons

9 février 2018 | Edition N°2181

La Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud s’est alliée à la Haute Ecole Arc de Neuchâtel pour créer un nouveau bachelor. Une première dans l’environnement des HES-SO.

Dix, ce n’était toujours pas assez. La Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud (HEIG-VD) a présenté, hier, son nouveau bachelor en ingénierie et gestion industrielles. «On s’est permis un petit écart orthographique, parce qu’on tient au s du mot industrielle», a souligné Guido Frosio, chef du département des technologies industrielles à la HEIG-VD. Et pour ce faire, une course d’école a été organisée. Direction: l’usine Chocolats Camille Bloch S.A., à Courtelary, dans le Jura bernois.

Une réponse à un besoin

Cette nouvelle filière, qui sera lancée dès la rentrée académique de septembre prochain, permettra de répondre à la demande du marché, c’est-à-dire aux besoins des futurs employeurs et des diplômés. «La quatrième révolution industrielle représente, pour nous comme pour l’industrie dans sa globalité, un défi», a relevé Jean Kernen, directeur industriel de Chocolats Camille Bloch S.A., soulignant que la nouvelle formation comble une lacune et permettra de mieux faire face aux enjeux de la digitalisation

«Les entreprises doivent être innovantes pour rester concurrentes sur le marché. Ce qui signifie qu’elles doivent être capables de produire des milliers de pièces avec la même qualité, explique le professeur de la HEIG-VD. Et pour cela, elles ont besoin d’un personnel formé et capable de gérer une ligne de production industrielle. Ce qu’elles ont du mal à trouver en Suisse, car nous formons surtout des ingénieurs en recherche et développement. Les entreprises nous ont clairement dit qu’elles devaient aller chercher en France et en Allemagne pour dénicher des ingénieurs qui ont une culture industrielle.»

Former des ingénieurs 4.0

Face à un tel constat, la HEIG-VD a dû se résoudre à réfléchir à un autre type de formation. «Dans cette culture de la production industrielle, il est fondamental de savoir autant gérer des humains que la chaîne logisitique et les enjeux environnementaux. Ce qu’un ingénieur en recherche et développement ne prend pas en compte», avoue Guido Frosio.

Pour Philippe Grize, directeur du domaine Ingénierie de la Haute Ecole Arc, «la nouvelle filière est une réponse aux nombreux défis posés par la digitalisation de l’ensemble des secteurs de l’entreprise, en tenant compte de la composante humaine. Elle doit permettre de former les ingénieurs dont les entreprises auront besoin pour faire le saut dans l’industrie 4.0.»

Cette filière se veut donc plus proche des réalités en sensibilisant les jeunes aux difficultés pratiques que rencontrent les usines. Un aspect fondamental qui, pourtant, manque parfois aux diplômés. «Effectivement, ces ingénieurs 4.0 seront en quelque sorte l’interface entre les concepteurs d’idées et les lignes de production, et peut-être qu’à termes ils arriveront à influencer les concepteurs.»

Union inédite des HES-SO

Autre particularité de cette nouvelle filière, c’est qu’elle est mise sur pied en collaboration avec la Haute Ecole Arc (HE-Arc) de Neuchâtel. «C’est un projet unique en son genre pour la HES-SO (ndlr: la Haute Ecole spécialisée de Suisse orientale regroupe les Hautes écoles de sept cantons), car c’est la première fois qu’une filière se retrouve complètement intégrée sur deux sites, poursuit-il. Et c’est d’ailleurs pour cela que la HES-SO voit ce bachelor d’un bon œil, puisque ce projet permet de concrétiser l’image qu’elle souhaite véhiculer, à savoir une école réunifiée.»

Concrètement, ce cursus s’effectuera sur trois ans -180 crédits ECTS-, avec deux années communes entre les sites neuchâtelois et nord-vaudois et une dernière année de spécialisation. «La HE-Arc sera plus orientée sur le monde de l’horlogerie et la HEIG-VD sur la microtechnique et la technique», commente le professeur.

Synergies de compétences

Outre le fait d’être inédit dans le paysage des HES-SO, ce rapprochement institutionnel permettra des économies. «On partage le même lac, alors on s’est dit qu’on pourrait aussi profiter de nos complémentarités, lance, avec humour, Guido Frosio, ancien collaborateur de la HE-Arc. Grâce à ce partenariat, nous n’aurons pas besoin d’acheter les équipements à double, ni d’engager de nouveaux professeurs, ce qui est normalement le cas lorsqu’on crée une filière.»

Une synergie qu’il n’a, pour l’heure, pas encore chiffrée, mais qui s’annonce très avantageuse, selon lui.

Une première volée avec 80 élèves

Si, de l’extérieur, ce nouveau bachelor semble plus adapté aux attentes des entreprises, pas sûr qu’il plaise autant aux étudiants. «J’ai l’impression que ces derniers sont plus intéressés par le côté recherche et développement et ce sera à nous de faire des efforts pour les motiver à s’inscrire à cette filière», suppose Guido Frosio, qui s’attend à une huitantaine d’élèves pour la première volée, entre les deux sites romands.

Christelle Maillard