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«On est en train de signer notre mort»

17 octobre 2018 | Edition N°2354

Yverdon-les-Bains – Dès le 1er décembre, les pendulaires du centre-ville devront payer 1200 francs par an pour se parquer. La pilule a du mal à passer.

Les pendulaires devront s’acquitter d’un montant de 1200 francs pour obtenir un macaron de stationnement, soit une augmentation de 930 francs. © Michel Duperrex

«C’est un scandale! Cela fait quarante ans que je travaille ici et j’ai le sentiment qu’on veut vider le centre-ville», déclare l’une des commerçantes de la rue du Lac qui préfère garder l’anonymat. Comme d’autres, elle a découvert avec stupeur, jeudi dernier, que le prix des macarons pour les pendulaires allait prendre l’ascenseur dès le 1er décembre prochain. Celui-ci passera de 270 francs à 1200 francs par année.

«Cette année, je vais renoncer à offrir des cadeaux à mes enfants pour payer mon macaron, renchérit sa collègue, soucieuse. On est en train de signer notre mort.» Quant à Michel*, il cherche déjà activement une place de stationnement privée. «J’habite de l’autre côté de la frontière, affirme-t-il. Un client à la retraite m’avait proposé sa place, il y a quelques mois, je vais le rappeler pour savoir si son offre tient toujours.» Et d’ajouter: «Parce que si la Municipalité ne me garantit pas une place, je ne vois pas l’intérêt de payer ce montant. Actuellement, je bénéficie d’un macaron au parking de l’Ancien-Stand, mais c’est souvent complet et je dois me garer ailleurs.» «Je me parque quatre fois par semaine au Centre professionnel du Nord vaudois (CPNV), mais si je dois payer 1200 francs par an, je me demande si je vais continuer à travailler ici», soupire une vendeuse en parfumerie.

«C’est une catastrophe!»

Selon Charles-Antoine Kohler, directeur de Manor à Yverdon-les-Bains, plus d’une trentaine d’employés sont concernés par cette situation. «C’est une catastrophe! Certains de nos collaborateurs travaillent à mi-temps et gagnent moins de 3000 francs par mois. Comment voulez-vous qu’ils s’en sortent, s’insurge-t-il. Ce ne sont pas des banquiers. La Municipalité pourrait proposer des conditions plus avantageuses pour les personnes qui travaillent au centre-ville.»  Inquiet, le directeur a fait part de ses doléances à la Société industrielle et commerciale (SIC) d’Yverdon, Grandson et environs.

Contacté par téléphone, son président Laurent Gabella ne souhaite pas faire de déclaration à ce stade.

Selon Valérie Jaggi-Wepf, municipale yverdonnoise chargée du stationnement, cette augmentation se justifie par le fait que l’Exécutif souhaite inciter les pendulaires à utiliser les transports publics. «Nous voulons éviter les voitures ventouses au centre-ville stationnées de 8h à 18h, afin de favoriser la clientèle des commerces qui stationnent pour une courte durée», affirme-t-elle. Soit, mais pourquoi une telle augmentation? Est-elle liée à la construction du futur parking de la place d’Armes? L’édile répond par la négative. «Le tarif actuel était inférieur au prix des transports publics et n’encourageait pas les usagers à venir en bus ou en train.» Selon elle, le prix du nouveau macaron correspond à ceux en vigueur dans d’autres villes du canton de Vaud (lire encadré dans notre version papier). Et de rappeler que la Municipalité a mis en oeuvre cette stratégie, sur la base du Plan de stationnement, sur lequel planche la Municipalité depuis 2012 déjà.

Sauf que ce plan ne mentionne aucune augmentation de prix. «Nous avons informé les pendulaires et la population qu’il y aurait des changements», poursuit l’édile. Certes, mais dans le communiqué de presse envoyé le 5 octobre dernier, l’Exécutif s’est bien gardé de révéler le montant du précieux sésame…

* Nom d’emprunt

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Dans d’autres villes

A Payerne, les pendulaires doivent s’acquitter d’un montant de 400 francs par année pour obtenir un macaron ou 40 francs pour un sésame mensuel. La Ville de Nyon pratique, quant à elle, deux tarifs mensuels: 150 francs pour les personnes qui travaillent au centre-ville et 180 francs pour ceux en transit, soit un montant de 1800 ou de 2160 francs par année. A Vevey, les pendulaires doivent débourser 240 francs par trimestre, soit 960 francs par année.

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Mais concrètement, comment cela fonctionne?

Avec le nouveau plan de stationnement, chacun devra analyser sa situation personnelle. Tout dépendra du domicile du pendulaire et de la desserte en transports publics jusqu’à son lieu de travail.

Prenons l’exemple de Madame Bovet, une habitante de Valeyres-sous-Rances, qui travaille à 100% au centre-ville. Depuis son domicile, elle mettrait moins de 30 minutes pour rallier Yverdon-les-Bains grâce au bus qui circule toutes les demi-heures, le matin dans son village. Si elle demande un macaron, elle aura accès à un parking dédié 96 jours par an, soit deux jours par semaine en moyenne pour un montant de 500 francs par année. Une fois le nombre de jours autorisés épuisé, Madame Bovet devra soit demander une carte de stationnement à gratter, qui s’élèvera à 6 francs par jour, soit prendre le bus au tarif de 11,20 francs (tarif plein, aller-retour).

Monsieur Grenon, lui, travaille à 100% à Yverdon-les-Bains et habite à Froideville, à plus de 30 minutes en transports publics. Il pourra stationner du lundi au samedi dans l’un des cinq parkings périphériques dédiés et attribués par l’Office du stationnement (Rives du Lac, Midi, Isles, Moulins ou Uttins) pour un montant de 1200 francs par année.

Quant à Madame Lambercy, qui vit à Grandson et qui est obligée de prendre sa voiture pour amener sa fille chez la nounou tous les matins à Essert-Pittet, elle pourra se parquer à Jonction-Sud pour un montant annuel de 1200 francs. Pour rejoindre le centre-ville, elle devra s’acquitter, en plus, d’un abonnement de transports publics Mobilis à 660 francs.

Valérie Beauverd