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Pascal Broulis justifie une gestion rigoureuse

14 mai 2010

Sans un consensus au sein du collège gouvernemental, une rigueur en matière de gestion et un plan de remboursement de la dette appliqué à la lettre, le Canton de Vaud aurait pu se retrouver dans une situation aussi catastrophique que celle de la Grèce. A l’heure où la bonne tenue des finances vaudoises aiguise les appétits, le président du Conseil d’Etat en appelle à la raison.

Pascal Broulis est partisan d’une gestion réfléchie et axée sur le long terme.

Pascal Broulis est partisan d’une gestion réfléchie et axée sur le long terme.

Sans rigueur, point de salut! Telle pourrait être la devise de Pascal Broulis, président du Conseil d’Etat vaudois. Alors que la situation financière de la Grèce, et avec elle celle de l’Union européenne, font la une de tous les médias, les finances vaudoises ont belle allure. Du coup, les appétits sont d’autant plus aiguisés que la cascade des échéances électorales approche.

Du coup, le patron des finances vaudoises se voit reprocher sa parcimonie. Du coup, on ne peut s’empêcher de penser à Otto Stich, ministre des finances, qui, alors que la Confédération engrangeait des milliards de bénéfices, en appelait à la prudence, en prévision de périodes plus difficiles. Et l’évolution de la conjoncture ne l’a pas démenti.

Pascal Broulis se trouve aujourd’hui dans une situation similaire. A la différence près que le Canton de Vaud revient de loin: en 2002, la dette approchait les 9 milliards de francs, soit une situation, en proportion, comparable à celle de la Grèce.

Pour en sortir -la dette vaudoise est inférieure à 2,5 milliards de francs-, il a fallu consentir des efforts. «Le Conseil d’Etat a alors réalisé qu’il serait paralysé par les coûts de la dette», explique le patron des finances. Ainsi, tous les produits extraordinaires ont été affectés au remboursement: 1047 millions provenant de la vente d’or de la BNS, 1335 millions liés au capital de participation de la BCV, vente des cures, etc.

Sans cette politique d’assainissement, le Canton se serait retrouvé avec une charge annuelle d’intérêts proche de 300 millions de francs en 2005, la dette dépassant les 8,6 milliards de francs. Sans une réaction ordonnée, la dette vaudoise atteindrait les 11 milliards à fin 2010 et l’Etat aurait eu à supporter une charge d’intérêts de quelque 440 millions de francs!

Autre effet des mesures prises à l’époque, et respectées, la cotation effectuée par des agences spécialisées n’a cessé d’évoluer favorablement à un «AA», avec perspective stable, confirmé en septembre dernier. Or en 2002, le Canton de Vaud était coté «A»… comme la Grèce, qui se trouve aujourd’hui afflublée d’un «BBB».

Avec l’aide… de l’UBS

Il n’est pas inutile de rappeler qu’au début de la précédente décennie, le Canton est venu au secours de la Banque cantonale vaudoise en levant un emprunt de 1,25 milliard de francs. Une opération réussie avec le soutien de l’UBS, comme en témoigne un presse-papier souvenir figurant sur le bureau du conseiller d’Etat.

D’importants défis

Si le chef des finances vaudoises s’inquiète aujourd’hui de la multiplication des appels à la dépense, c’est parce que le Canton va au-devant d’importants défis. A long terme, celui du vieillissement de la population et ses conséquences sur le financement du secteur social n’est pas le moindre. D’autant plus qu’il est impossible de charger la population active au-delà d’une certaine limite.

Opérer des choix

Cela dit, le président du Gouvernement n’est pas un partisan de l’immobilisme. Bien au contraire. Par contre, il affirme qu’une bonne réflexion permet d’optimaliser les dépenses publiques. Et de citer en exemple la HEIG d’Yverdon-les-Bains («un accident de parcours»): «Si on n’avait pas retiré le projet à 37 millions envisagé à Cheseaux, on n’aurait jamais eu un des campus les plus importants de Suisse.» Même assurance lorsqu’il évoque le projet de Maison d’Etat à Yverdon-les-Bains, qui aurait nécessité une dépense de 21 millions: «A surface constante, on aurait payé 800 000 francs de plus qu’aujourd’hui! On a coulé ce projet et transformé les casernes.»

Résolument consensuel, Pascal Broulis assure que le redressement des finances est le résultat d’un travail d’équipe: «La cohésion gouvernementale reste un ciment pour garder la ligne, et la tête froide. Il faut oser dire non à des projets qui semblent mal ficelés!»

Isidore Raposo