Logo

La qualité des vin vaudois menacée

13 novembre 2017 | Edition N°2122

Nord vaudois – Lors de la Journée du vignoble vaudois qui s’est déroulée jeudi dernier, les professionnels ont exprimé leur colère envers la nouvelle Ordonnance sur la viticulture et l’importation de vin. Décryptage avec les vignerons de la région.

Les vendanges 2017 ont révélé un millésime d’exception. Mais ce ne sera peut-être plus pareil à l’avenir. ©Duperrex-a

Les vendanges 2017 ont révélé un millésime d’exception. Mais ce ne sera peut-être plus pareil à l’avenir.

Lorsqu’il a pris la parole jeudi dernier, Philippe Herminjard, secrétaire de la Fédération vaudoise des vignerons (FVV), n’y est pas allé par quatre chemins : «Je suis un peu fâché», a-t-il annoncé d’entrée lors de l’assemblée générale de la FVV, à Tolochenaz. Ce qui l’énerve, c’est la modification de l’Ordonnance sur la viticulture et l’importation de vin (OVin), qui entrera en vigueur le 1er janvier 2018. «Alors, bien sûr, ce n’est pas le premier texte de loi à subir des changements à la suite de la mise en œuvre de la politique agricole (PA 14-17), mais, jusqu’à présent, l’OVin avait plutôt été épargnée, a-t-il expliqué. Et c’est particulièrement l’article concernant l’acquit portant sur la production de vin, qui énerve le canton parce que les mesures ne se feront plus en litres, mais en kilos.»

 

Un mot qui change tout

 

Aux premiers abords, on pourrait croire que changer l’unité de mesure ne devrait pas impacter tant que ça les agriculteurs, et certainement pas les consommateurs. Mais c’est tout le contraire. Explications de Guy Cousin, vigneron-encaveur, qui cultive quatre hectares de vignes, à Concise : «A l’heure actuelle, quand nous rentrons du raisin après les vendanges, il est pesé. Ce qui libère un droit de production de vin, qui est exprimé en litres.»

Comme le contrôle du quota s’effectue à la fin du processus de pressage, les encaveurs gardent une marge de manoeuvre dans le mode de fabrication. «Aujourd’hui, même si on récolte légèrement trop de fruits, on peut tout presser, mais on le fera moins fort, afin d’atteindre le nombre de litres maximum accordé, poursuit le Concisois. Il faut savoir que plus les grains sont pressés, moins bon est le jus qualitativement parlant. Et, de toute façon, nous ne pouvons pas utiliser l’ensemble du produit, car il y a toujours des résidus à la fin.»

 

Réputation prétéritée

 

Or, la nouvelle réglementation prévoit un quota avant pressage. Conséquence : une baisse de qualité. Car, dès 2018, pour produire le plus de bouteilles possible, les encaveurs n’auront guère d’autres choix que de presser le raisin au maximum et de filtrer la bourbe au lieu de la jeter. «Nous sommes en colère, car des fonctionnaires nous enlèvent, sans aucun raison objective, cette marge de manœuvre que nous considérons comme un outil de qualité», martèle Philippe Herminjard. «Une fois de plus, c’est la théorie qui prime sur la réalité, confie à son tour Guy Cousin. Mais j’ai peur que cela pousse les gens à la fraude.»

Viticultrice depuis six générations, la famille Du Pasquier, entrevoit un autre problème : «Si je me retrouve avec trop de kilos aux vendanges et que je ne peux plus presser, cela signifie que je dois laisser les raisins à la vigne. Et par principe, nous refusons d’agir ainsi, car cela donne une très mauvaise image du métier aux gens s’ils aperçoivent des fruits moisis sur un pied, témoigne Martial Du Pasquier, qui reconnaît ne pas imaginer tous les impacts de la nouvelle OVin sur son travail. Ce qui est sûr, c’est que tant que l’on ne m’impose pas de fournir des justificatifs de pesage, je ne vais rien changer à mes habitudes. Je trouve aberrant de changer une pratique importante qui persiste depuis des générations.» D’après l’expert, le seul autre moyen d’éviter le gaspillage serait de vendre des grappes en vrac sur le domaine.

 

Tout le monde concerné ?

 

«En règle générale, moi, je suis toujours en-dessous des quotas, confie Guy Cousin. C’est plutôt un problème pour les producteurs de raisins.» «En fonction des années, un grain a plus ou moins de jus, ce qui impacte le rendement pour l’encaveur. C’est donc surtout lui, qui a un intérêt à ce que le quota soit exprimé en litre, rapporte Alexandre Taillefer, président des vignerons de l’appellation Bonvillars. Pour moi, ça ne change rien, je suis vigneron.»

Difficile de vraiment savoir qui sera réellement touché par cette modification légale sans prendre conseils auprès du secrétaire patronal : «Tous ceux qui travaillent dans des coopératives ou qui achètent beaucoup de raisins hors de leurs vignes seront concernés, soit les 70% du marché, affirme Philippe Herminjard. Les autres seront moins touchés, car le Conseil fédéral a accepté d’assouplir la bureaucratie pour les petits vignerons, c’est-à-dire qu’ils pourront estimer leur récolte sans avoir à investir dans du matériel pour peser les fruits.»

Cet assouplissement de l’OVin est d’ailleurs la seule victoire remportée par la FVV qui a lutté durant des mois contre le nouveau texte de loi.

 

Voir les côtés positifs du changement

©DR

©DR

La modification de l’OVin ne comporte pas uniquement des aspects négatifs, selon Philippe Herminjard (en médaillon). «Elle fait suite à un rapport de l’Office fédéral de l’agriculture qui avait dénoncé, en 2016, un manque d’uniformité entre les différents cantons. Et la refonte de l’ordonnance permettra justement d’améliorer ce point, car il n’y aura plus qu’un seul et même organe de contrôle qui centralisera les informations sur une base de donnée nationale, précise le secrétaire de la FVV. C’est vrai qu’on en a moins parlé, mais c’est un bon moyen d’éviter les grands cas de fraudes, comme ceux révélés dans les médias.»

Enregistrer

Enregistrer

Christelle Maillard