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Serge M. A blanchi plus d’un million

16 août 2017 | Edition N°2060

Yverdon-les-Bains – Un ancien kiosquier de la rue du Milieu a été condamné, hier, à 36 mois de peine privative de liberté pour blanchiment d’argent, faux dans les titres et complicité d’infraction à la Loi fédérale sur les stupéfiants. Il a reconnu les faits.

Le buraliste yverdonnois a facilité le travail des trafiquants de drogue durant près de trois ans. ©Emmanuelle Nater

Le buraliste yverdonnois a facilité le travail des trafiquants de drogue durant près de trois ans.

L’histoire de Serge M. Qui avait défrayé la chronique en 2014, puis 2016 (voir ci-dessous) touche à sa fin. Jusqu’à hier encore, les motifs exacts de son interpellation demeuraient mystérieux. Mais l’homme a été entendu et jugé, par le Tribunal correctionnel de l’arrondissement de La Broye et du Nord vaudois sur trois griefs, à savoir : blanchiment d’argent, faux dans les titres et complicité d’infraction à la Loi fédérale sur les stupéfiants.

 

«Samaritain» des trafiquants

 

D’après l’acte d’accusation que le kiosquier a admis dans son ensemble, l’Yverdonnois «a profité de sa qualité d’intermédiaire financier pour permettre à des trafiquants de drogue d’envoyer l’argent issu de leur trafic à l’étranger, essentiellement au Nigeria et en Espagne.» Ainsi, entre février 2010 et juin 2013, 667 transferts de fonds ont été opérés, totalisant plus d’un million de francs. D’après le Ministère public, cette somme correspond à la vente d’environ huit kilos de cocaïne. Pour son «travail» -il a notamment usurpé l’identité de près de nonante de ses clients pour couvrir ses traces-, Serge M. A reçu environ 45 000 francs.

Autre activité du buraliste : la vente de cartes téléphoniques pour les appels à l’étranger. Plusieurs centaines d’entre elles ont été enregistrées sous de fausses identités, dont une partie au profit des trafiquants de drogue de la région.

En parallèle, Serge M. Percevait une commission de vingt francs pour conserver des enveloppes remplies d’«argent sale», afin que les trafiquants évitent les problèmes en cas de contrôle policier. A la suite de la perquisition au kiosque et au domicile de l’Yverdonnois, quatre Nigérians ont été condamnés pour trafic de stupéfiants.

Devant le tribunal, l’homme s’est brièvement penché sur les raisons qui l’ont poussé à emprunter cette sombre voie. «C’est un client qui m’a demandé et, après avoir un petit peu réfléchi, j’ai accepté. C’est parti comme ça», raconte-t-il. Et lorsque la présidente du tribunal, Véronique Pittet Vuillème, lui a demandé s’il était conscient d’avoir facilité le trafic de drogue, la réponse n’était pas plus longue : «Oui, mais sur le moment je n’y ai pas pensé.»

 

Bientôt sorti de prison

 

L’accusé et le Ministère public se sont mis d’accord sur une sanction. «J’ai fait une bêtise, je mérite d’aller en prison», avoue Serge M. De ce fait, le tribunal a pu, en moins d’une heure, instruire les débats et rendre son verdict : 36 mois de peine privative de liberté, sous déduction des 504 jours de détention déjà effectués, dont 18 avec sursis, et une mise à l’épreuve de quatre ans. Ainsi, le condamné devrait être relâché d’ici au mois d’octobre. Il devra également rembourser à l’Etat les 45 000 francs de bénéfice qu’il a tirés de ses activités délictueuses, ainsi que l’intégralité des frais de justice occasionnés.

 

Capturé alors qu’il jouait à la pétanque dans le Var

 

Serge M. Menait une vie tranquille à Yverdon-les-Bains, où il tenait ce kiosque à la rue du Milieu. Durant des années, il vendait des journaux, des friandises, des boissons et, surtout, des cartes SIM pour les appels à l’étranger. Tout allait bien pour lui jusqu’au jour où une procédure à son encontre a été ouverte. Celle-ci concernait «des délits financiers», se bornait à répondre, à l’époque, la Police cantonale (lire La Région Nord vaudois du 12 avril 2016).

Puis, un 30 mars 2014, le sympathique buraliste s’est volatilisé. Ni ses enfants ni sa maman n’étaient au courant de son projet. N’ayant plus donné signe de vie depuis le jour de sa fuite, beaucoup pensaient qu’il était mort. «J’ai fui pour des raisons personnelles», a confié Serge M., qui souhaite manifestement maintenir le mystère.

 

Détention en France

 

L’homme de 63 ans a été retrouvé le 29 mars 2016 sur un terrain de pétanque de Saint-Raphaël, sur la Côte d’Azur, où il vivait comme un sans-abri sous le nom de son ami décédé Robert Duvoisin. Dès son arrestation, l’Yverdonnois a été incarcéré dans la prison de Luynes, en France, où il a séjourné durant 358 jours, en attendant son retour en Suisse. «Si cela a duré aussi longtemps, c’est parce qu’il s’est d’abord opposé à son extradition, explique le procureur en charge de l’affaire, Stephan Johner. La justice française a donc dû vérifier que mon mandat d’arrêt international était conforme au droit.»

 

Il purgera sa peine à Orbe

 

De retour en Suisse en mars dernier, l’ancien commerçant a été envoyé à la Prison de La Croisée, à Orbe, où il sera maintenu en détention jusqu’à la fin de sa peine. Bien que sa famille soit en Suisse, il a déjà annoncé qu’il ne comptait pas rester à Yverdon-les-Bains ou dans la région : «Dès que je sors de prison, je repars en France», a lancé, hier, Serge M. Lors de son procès.

Christelle Maillard