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Sous l’emprise d’un «tyran domestique»

30 juillet 2019 | Edition N°2550

Nord vaudois – Dominée par son ex-compagnon, une jeune femme soutient avoir subi des violences sexuelles. Les versions divergent.

Leila* a vécu les pires traumatismes sous le joug de son ex-concubin, un ressortissant serbe d’origine kosovare que nous appellerons Samir*. L’homme a comparu hier devant le Tribunal criminel de l’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois. Le trentenaire était notamment entendu pour lésions corporelles, dommages à la propriété, injures, menaces qualifiées, contrainte sexuelle, viol qualifié et séjour illégal.

La jeune femme a rencontré Samir en novembre 2016, puis s’est mise en ménage avec lui quelques mois plus tard, à Yverdon-les-Bains. Au cours de leur relation, Leila assure que son compagnon l’a contrainte à avoir des rapports sexuels. Selon elle, il lui tirait les cheveux, lui donnait des coups dans les reins, l’insultait et lui crachait dessus. «J’étais obligée de faire ce qu’il me demandait, a-t-elle confié, en larmes. Il a été jusqu’à m’emmener chez un imam pour voir s’il y avait de la magie noire en moi.» Jaloux et violent, le prévenu l’aurait forcée à baisser les yeux chaque fois qu’elle rencontrait d’autres hommes. Il vérifiait ses culottes et touchait ses parties intimes pour s’assurer qu’elle ne le trompait pas. «Je n’avais plus de force. Je ne m’alimentais plus», a-t-elle poursuivi. Fatiguée et au bout du rouleau, Leila a perdu près de 15 kg, alors qu’elle ne souffrait d’aucune pathologie physique.

Sous l’emprise de ce «tyran domestique», la victime a déposé plainte le 17 juin 2017 contre son ex-compagnon. «Ça a été les pires jours de ma vie», a-t-elle déclaré.

Selon un rapport du CHUV, la fille de Leila aurait assisté à une relation sexuelle contrainte du couple. Par ailleurs, l’homme aurait filmé un rendez-vous médical de son ex-copine pour surveiller ce qu’elle allait dire au médecin.

Lors de son réquisitoire, la procureure Laurence Brenlla a déclaré: «Après avoir été victime de son ex-mari, elle aura de la peine à se détacher de ses liens qui la maintiennent captive.» Elle a souligné que Leila avait des difficultés à émettre son propre avis. Le Ministère public aurait aimé une expertise de crédibilité de la victime, toutefois il reste convaincu que les faits ont bel et bien été vécus. Et il souligne que tout au long de la procédure, elle n’a jamais cherché à charger Samir et, d’ailleurs, elle lui a même cherché des excuses. «Il a réussi à la briser, à la réduire à un statut d’esclave, elle n’a plus de volonté propre. C’est de la torture par le sexe», a indiqué la procureure.

Huit ans de prison

Le Parquet a retenu une culpabilité extrêmement grave du prévenu qui a fait preuve du «mépris le plus total» envers son ex-compagne. «C’est un tyran qui veut et doit obtenir tout ce qu’il désire.» Le Ministère public a requis une peine privative de liberté de huit ans et l’expulsion de Samir du territoire pour une durée de  quinze ans. «Il n’a aucune raison de se trouver en Suisse», a insisté Laurence Brenlla.

Quant à l’avocat de la plaignante, Me Mathias Micsiz, il confirme l’état de «chosification» de Leila. «Il l’a réduite à l’état d’esclave. Le libre arbitre s’est effacé gentiment. Il lui a cassé tout esprit de résistance. Les agissements de Samir sont odieux», a déclaré l’homme de droit.

Une «fragilité psychologique»

Depuis quatorze mois, le prévenu assure qu’il est innocent. Son avocat a pointé du doigt la «fragilité psychologique» de la plaignante, qui avait déposé une première plainte avant de la retirer. «Alors qu’elle est victime des pires sévices, pourquoi accepte-t-elle de revoir Samir», s’étonne l’avocat du prévenu, Gaëtan-Charles Barraud. Rien ne prouve qu’elle n’était pas consentante, il y a erreur sur les faits. Le doute doit profiter à mon client.» Et de conclure: «Il vous appartient de juger les pièces en l’état.»

*prénoms d’emprunt

Valérie Beauverd