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Sunrise veut installer une antenne 5G dans le quartier des Isles

3 octobre 2019 | Edition N°2594

Yverdon-les-Bains - Mise à l’enquête publique jusqu’au 12 octobre, la pose d’une antenne de téléphonie mobile suscite la crainte de nombreux citoyens. Une opposition collective est déjà sur le bureau du Service de l’urbanisme. L’Association de quartier des Isles-Valentin sud organise aussi une récolte de signatures.

L’arrivée de la 5G suscite la grogne un peu partout dans le pays. Les inquiétudes sont principalement liées à de potentielles atteintes à la santé dues aux fréquences hertziennes dégagées par ces émetteurs. «Les expertises se succèdent et, selon que leur auteur défend les intérêts des installateurs ou ceux des citoyens lambda, elles font état de conclusions diamétralement opposées», s’inquiète Olivier Bodenmann, ingénieur EPFL, spécialiste de l’électrosmog et membre de Frequencia, une organisation de défense de l’environnement et des consommateurs active dans toute la Suisse, qui étudie les répercussions et les risques de la numérisation et des technologies de téléphonie mobile.

A Yverdon-les-Bains, une mise à l’enquête est en cours jusqu’au 12 octobre. Elle prévoit l’installation d’une antenne 5G sur le toit de l’immeuble 109 au 113 rue des Moulins. Il faut relever que les données qui figurent dans le dossier sont plutôt difficiles à comprendre. «Le dossier est en allemand. Nous avons dû traduire un passage pour comprendre qu’il s’agissait de la 5G. Personne au Service de l’urbanisme, ne semblait le savoir, déplore Charles Albrici, président de l’Association de quartier des Isles-Valentin sud. Alors que l’enquête a démarré le 13 septembre, nous n’avons pu obtenir confirmation que le 19 septembre.»

Possibilité d’opposition limitée

Seules les personnes qui pourraient être gênées par une construction, quelle qu’elle soit, peuvent s’opposer à une réalisation lors d’une mise à l’enquête. Dans ce dossier, l’opérateur Sunrise a estimé que seules les personnes domiciliées dans un rayon de 804 mètres de l’antenne seront habilitées à faire opposition.

«Sunrise a défini cette limite en fonction de la puissance, de la fréquence et des azimuts de son antenne», explique Olivier Bodenmann. «Il faut relever que dans le périmètre en question se trouvent la crèche Les Goélands, le Centre professionnel du Nord vaudois, l’établissement scolaire Léon Michaud, et le Centre sportif des Isles. De plus, c’est l’un des quartier de la Cité thermale qui a la plus grande densité d’habitants», relèvent en chœur Jean Nicole, membre du comité de l’association de quartier des Isles-Valentin sud, et Charles Albrici.

Pour les aider, les opposants peuvent compter sur le soutien de deux Yverdonnoises engagées au niveau national dans la lutte contre les rayonnements non-ionisants: Louisia Diaz et Tamlin Schibler-Ulmann, co-présidente de l’association Frequencia. «Swisscom veut équiper le 90% du pays en fibre optique. Pour un usage fixe, c’est une alternative à la 5G qui fonctionne très bien. Pourquoi ne pas favoriser cette technologie?, relève la seconde nommée. Nous voulons un usage conscient, durable et raisonné des nouvelles technologies.»

Interrogée, la municipale en charge de l’Urbanisme, Gloria Capt, explique: «Les règles sont très claires. La Ville ne peut pas s’opposer à une nouvelle installation de 5G. Du reste, lorsqu’une antenne est déjà installée sur un toit, les opérateurs peuvent installer la 5G sans passer par une mise à l’enquête; seuls les nouvelles installations y sont soumises. Cependant, la Ville applique le moratoire décidé par le Canton. Pour l’instant, elle s’en tient à la position du Grand Conseil dans l’attente de la position de la Confédération.»

Communes et cantons impuissants

L’Ordonnance sur la protection contre le rayonnement non ionisant régit les exigences environnementales posées aux installations de téléphonie mobile. Dans ce domaine, les cantons et les communes n’ont aucune marge de réglementation. Une modification ou une adaptation des dispositions de protection n’est pas autorisée par le droit public. Alors que plusieurs cantons ont instauré un moratoire pour geler l’installation d’antennes 5G (Vaud a été le premier en Suisse romande), la Confédération les accuse de dépasser leurs compétences et rappelle que c’est elle qui est responsable de la protection de la population contre les rayonnements nocifs.

Le Conseil fédéral promeut la numérisation de la société et de l’économie, et considère que, pour y parvenir, des réseaux de téléphonie mobile puissants sont indispensables. Il souligne, cependant, l’importance du principe de précaution ancré dans la loi sur la protection de l’environnement. C’est dans ce contexte que la conseillère fédérale Doris Leuthard, ancienne cheffe du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication a instauré un groupe de travail sur la téléphonie mobile et le rayonnement en septembre 2018. Son rapport sera présenté d’ici à la fin de l’année. Ce dossier est maintenant géré par la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga.


Olivier Bodenmann est un ingénieur «branché»

Nord vaudois - Attentif, le spécialiste de l’électrosmog met ses connaissances à disposition des opposants.

 

Né à Vevey en 1957, Olivier Bodenmann est ingénieur électricien EPFL et membre de Frequencia. Il fait profiter les opposants d’Yverdon-les-Bains et d’ailleurs de ses connaissances en matière d’électrosmog. Après trente ans dans l’industrie, il s’est intéressé à ce problème dès 1997 et a développé des méthodes d’intervention pour le réduire au maximum.

Habitant à peu de distance d’une antenne de téléphonie mobile, il a commencé par assainir son propre lieu de vie. Son but est maintenant de mettre cette connaissance et ces techniques à disposition de tous, et de diffuser au maximum ces informations au plus grand nombre. «Les autorités édictent des normes qui ont pour but de ne pas nuire à l’industrie, plutôt que de ne pas nuire aux citoyens, déplore-t-il. Les mesures effectuées dans certaines études ne le sont que durant 30 minutes, alors que nous subissons ces ondes en continu. Elles ne prennent pas en compte les effets biologiques de ces nuisances, mais seulement les effets thermiques.

Actuellement, la limite tolérée est de 6 Vm (ndlr: Volt par mètre). Or, biologiquement, nous ne devrions pas subir plus de 0,2 Vm. La Fédération des médecins suisses (FMH) prône elle aussi le principe de précaution, même si elle comprend les attentes d’une partie des citoyens avides de pouvoir utiliser leurs différents appareils de façon plus rapide.» Et de poursuivre: «Il est possible d’accéder rapidement à internet chez soi sans passer par la 5G. Il suffit d’installer une nano antenne 3G ou 4G à très faible puissance ou utiliser le système wi-fi call. Le rayonnement d’une nano antenne ne traverserait pas les murs pour atteindre les voisins, et elle pourrait être éteinte à volonté. On pourrait ainsi réduire les puissances des antennes extérieures. La fibre optique amène internet au domicile de chacun. Ceux qui défendent la 5G pourraient choisir cette option.»

«Le problème, c’est que ni Salt, ni Sunrise ne veulent payer des redevances à Swisscom pour utiliser la fibre optique, estime le spécialiste. Quant au groupe de travail mandaté par la Confédération, il n’a pas pour mandat d’analyser les risques sanitaires. Les effets négatifs des ondent sont pourtant avérés, des études scientifiques indépendantes le prouvent.  Aujourd’hui, la 5G émet entre 700 et 3800 MHz maximum. La 5G millimétrique, une prochaine technologie, émettra entre 24 000 et 28 000 MHz. On sait déjà qu’elle pourrait causer des dommages aux yeux et à la peau suivant les puissances utilisées, car ses rayons sont absorbés sur les premiers millimètres. Certains experts, dont la neutralité est toutefois sujette à caution, prétendent le contraire.»

Dominique Suter