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«Tant que le club compte sur moi…»

22 février 2018 | Edition N°2191

Sept mois et quinze buts après son arrivée en Promotion League à Yverdon Sport, Djibril Cissé fait le point sur son retour au jeu et la façon dont il perçoit l’avenir.

Djibril Cissé l’avait lâché sans détour en juillet dernier, à son arrivée à Yverdon Sport: «Je m’attends à recevoir un traitement spécial de la part des défenseurs de Promotion League. Ce serait assez normal, en fait.» Aucune prétention, simplement de la clairvoyance pour une icône du ballon rond ayant effectué un pas de retrait en direction du monde semi-professionnel suisse. Le résultat? «Je ressens parfois une attention particulière, mais la démarche est toujours très respectueuse. Aucun joueur n’a jamais fait preuve de méchanceté à mon égard. Au contraire, certains viennent me féliciter après le match pour ma performance ou pour ma carrière.»

Une implication crescendo

Le terrain constituant pour lui un formidable miroir de tout ce qu’il se passe en-dehors, le Français se sent bien en Suisse. Très bien, même: «Et à tous les niveaux. Cela peut toujours être mieux, hein. Mais, globalement, je suis très heureux de me trouver dans la situation qui est la mienne actuellement.»

Il faut dire que, malgré deux ans d’absence de toute compétition, le buteur n’a pas tardé à retrouver ses sensations, devenant rapidement le meilleur buteur de sa nouvelle catégorie de jeu. «Je n’ai jamais douté que je parviendrais à marquer à nouveau des buts. Mais que ceux-ci viennent aussi rapidement (ndlr: il a marqué six fois lors de la préparation estivale) et soient aussi nombreux (quinze en championnat), ça a été une belle surprise.»

D’abord cantonné au seul et unique rôle de buteur, le vainqueur de la Ligue des champions 2005 s’est investi toujours un peu plus dans le cœur du jeu yverdonnois au fur et à mesure de l’avancée de la saison: «La situation a évolué en parallèle à ma forme physique. Lorsque j’étais encore un peu court, en début d’exercice, j’ai dû limiter mes efforts. Les semaines ont passé, j’ai gentiment retrouvé mon souffle et mes jambes, et j’ai ainsi pu donner davantage de ma personne à l’équipe. Ma progression a été attentivement suivie par Anthony Braizat, l’entraîneur. Il a toujours su exactement où je me situais et ce que je pouvais apporter au groupe sur le terrain.»

Une trêve interminable

De l’OM à Liverpool, en passant par le Panathinaikos et la Lazio de Rome, notamment, Djibril Cissé semblait avoir tout connu dans le football. Le troisième échelon helvétique lui a pourtant livré une nouvelle surprise: l’interminable pause hivernale. «Deux mois d’arrêt complet, je n’avais jamais connu ça. J’y avais de justesse échappé à Krasnodar, en Russie, puisque j’étais parti à Bastia à ce moment. Il s’agit d’un tout nouvel aspect à appréhender pour moi. Il faut rester en forme, réhabituer son corps à l’effort, retrouver ses marques… Cela a été délicat à gérer les premiers jours.»

Une pause marquée, notamment, par l’arrivée à YS de Thomas Lenzini, qui n’est autre que le beau-frère de l’attaquant tricolore. Mario Di Pietrantonio, le président du club, considère l’ex-international français comme beaucoup plus qu’un simple joueur. Il n’est donc pas étonnant que ce dernier ait été consulté au moment de choisir certains renforts: «J’ai simplement prévenu que certaines de mes connaissances pourraient apporter un plus à l’équipe. Si on me demande mon avis, je réponds volontiers, mais je n’interviens absolument pas dans la campagne de transferts.»

Avec ou sans «Djib»

Belle satisfaction tant par le nombre de points qu’il rapporte à son équipe que par le rôle de moteur qu’il joue dans le vestiaire, Djibril Cissé a répondu au-delà des attentes. Reste que les chances d’YS d’obtenir la promotion  en Challenge League souhaitée sont restreintes. Et si cela ne passe pas cette saison, il faudra remettre le couvert dès cet été. Avec ou sans son atout numéro un? «Je l’ai toujours dit, mon idée de départ était de jouer encore deux ans. Cela se passe à merveille à Yverdon et j’admets volontiers que je n’ai pas reçu d’offres venant de clubs de ligue nationale. Il faudra bien sûr réévaluer la situation dans quelques semaines, en fonction du second tour que je réalise et de plusieurs paramètres. Mais, a priori, tant que le club compte sur moi, je suis prêt à m’y investir.»

Lorsqu’il s’agira de prendre une décision, la balle pourrait donc se trouver dans le camp d’YS. Le club pourra-t-il vraiment se passer de son buteur à la renommée planétaire?

 

Ce qu’ils disent de lui

 

Mario Di Pietrantonio, président du club

«Djibril, avant tout, c’est quinze buts. Qu’il marque, c’était le premier objectif qu’on avait fixé ensemble, et il l’a brillamment atteint. Ensuite, on voulait qu’il prenne un maximum de plaisir, après deux ans sans compétition. Là encore, cela semble être une réussite. C’est un immense professionnel et un grand travailleur. Et puis, il représente également un modèle pour le football suisse et vaudois. Son avenir? J’y pense très souvent. Il faudra prendre les bonnes décisions. Mais il est trop tôt pour mettre ça sur la table.»

Anthony Braizat, entraîneur de la «une»

«C’est un gagneur hors norme. A tel point qu’il faut parfois le freiner. Il s’agit peut-être du plus gros défi que j’ai à relever vis-à-vis de lui. Djibril ne veut jamais s’arrêter, et c’est un bonheur pour un entraîneur d’avoir à disposition un élément aussi motivé. Mais parfois, il finit un peu usé, ses genoux peuvent commencer à gonfler, par exemple. D’où l’importance de trouver le juste milieu pour tirer profit au maximum de son potentiel. Au-delà de ça, et je l’ai toujours dit, c’est un joueur que je traite comme n’importe quel autre.»

Adriano De Pierro, défenseur central d’YS

«Je ne suis pas du genre à idolâtrer les footballeurs. Je considère que, sur le terrain, on est tous les mêmes. Reste que, avec Djibril, j’ai découvert une personnalité super attachante. Il a réalisé des choses incroyables durant sa carrière que je ne soupçonnais même pas. En l’observant à l’entraînement, c’est facile de comprendre ce qui l’a mené aussi loin: il ne s’arrête jamais! Je n’ai jamais vu quelqu’un qui déteste perdre autant que lui. Même lors des exercices. S’il ne réussit pas, il s’énerve contre lui-même et recommence.»

Florian Vaney