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La technologie franchit le mur du foot

11 mai 2017 | Edition N°1994

Football – Sensiwall, start-up yverdonnoise, se lance à la conquête du monde du ballon rond avec ses parois, directement utilisables sur le terrain et destinées à l’entraînement des joueurs. Présentation.

La start-up yverdonnoise a développé des parois intelligentes pour séduire les grands clubs du monde entier. ©Michel Duperrex

La start-up yverdonnoise a développé des parois intelligentes pour séduire les grands clubs du monde entier.

Quatre parois connectées, des LED et une tablette. Il n’en fallait pas plus pour que la technologie s’invite sur les terrains. Sensiwall, jeune start-up yverdonnoise, part à la conquête du monde du football avec son outil pour améliorer les entraînements individuels ou collectifs.

Valentin Vuagniaux, Mickael Justo, Cédric Vuilleumier, Didier Capozzi et Dimitri Marko sont tous des amateurs de sport. Ils ont mis leurs complétences diverses -trois d’entre eux ont été formés à la Haute école d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud, à Yverdon- au service de leur passion. «Notre produit est fini, on discute avec un partenaire mondial pour la vente de celui-ci et on espère convaincre et équiper une dizaine de clubs européens avant la fin de l’année», lance le premier nommé des cofondateurs de la start-up basée à Y-Parc.

«On parle de quatre piliers dans le sport : la technique, le physique, la tactique et le cognitif. Il est communément admis que c’est dans ce dernier domaine qu’il reste le plus de progrès à faire», explique Valentin Vuagniaux. C’est là qu’intervient l’invention yverdonnoise. Les quatre parois, par exemple disposées à 360 degrés, permettent de jouer avec les quatre murs, qui renvoient la balle et des codes couleurs, obligeant le sujet à observer son environnement pour anticiper la prochaine action à entreprendre.

Prise d’information, prise de décision, réactivité, exécution, précision, rapidité , posture, tout est engagé, et cela simplement avec quatre parois (sans câble, avec un seul bouton on/off) testées dans toutes les situations (chocs, conditions et températures extrêmes) et contrôlées par une tablette, via une application qui donne accès à toutes les mesures et statistiques utiles aux entraîneurs. Sur les rails depuis plus de deux ans, le projet a été développé en collaboration avec des spécialistes (lire ci-dessous). Ses créateurs ont voulu rendre le Sensiwall aussi simple d’utilisation que possible. «Il existe des systèmes du genre sur ordinateur et en salle, devant des écrans, que certains grands clubs utilisent. Ces outils coûtent plus de deux millions d’euros, alors que nous serons dans des chiffres qui se comptent en milliers», souligne Valentin Vuagniaux. Et son associé Cédric Vuilleumier d’ajouter : «Nos parois, facilement transportables, permettent de ne pas sortir le joueur du terrain, mais bien de venir directement avec la technologie sur la pelouse.» Une réelle nouveauté.

Les jeunes entrepreneurs sont déjà allés présenter leur produit au FC Bâle, au FC Sion, à l’Olympique de Marseille et à l’Olympique Lyonnais. Les retours du terrain ont été positifs, chaque club ayant vu un intérêt à, possiblement, acquérir le système. Car c’est bien aux centres de formation et aux clubs pros qu’est, avant tout, destinée l’invention.

 

A décliner à l’infini

 

Si la première application concerne le football, les développeurs comptent bien explorer de nouveaux terrains. «On a développé une technologie qu’on souhaite étendre à d’autres marchés. Non seulement dans le sport, notamment pour toutes les autres disciplines collectives, mais également au-delà, par exemple dans l’urbanisme, affirme Valentin Vuagniaux. Le tout à des coûts abordables.»

Ainsi, Sensiwall pourrait, un jour, se retrouver sur des murs ou au sol, devant des bâtiments, dans des aéroports, ou qu’importe. Des jeux tactiles pourraient être proposés sur une interface ou même une façade. «C’est pourquoi on recherche des investisseurs, afin de nous permettre de décliner le produit.» Quoi de mieux pour briser la glace que de commencer avec le sport roi, le football.

 

L’avis des spécialistes

 

Les entraîneurs Philippe Demarque et Sébastien Bichard ont contribué au développement de Sensiwall en testant l’appareil, depuis les débuts de l’aventure, dans des conditions réelles avec leurs jeunes joueurs. Les deux experts partagent leur point de vue respectif sur les applications de l’invention de la start-up yverdonnoise.

Philippe Demarque, adjoint à Yverdon Sport, entraîneur des jeunes de Team Vaud Yverdon Région et Broye :

«Le système est hyper complet et simple d’usage. On prépare une séquence en à peine vingt secondes sur la tablette. On a imaginé tout un tas d’exercices ludiques qui permettent de faire travailler la technique pure -des angles d’une passe au dosage, en passant par l’orientation du corps-, la vitesse, l’endurance et, surtout, tout ce qui est cognitif : la prise d’information. Les joueurs apprennent à garder la tête en l’air, à avoir un coup d’avance. Tout est filmé et mesuré. Il est donc facile de faire un feedback aux joueurs et de constater leur progression.»

Sébastien Bichard, responsable sport-études à Nyon, entraîneur de Team Vaud M18 Lausanne :

«Contrairement à Philippe, qui s’en est beaucoup servi comme animation d’entraînements collectifs, j’ai utilisé l’outil de façon très individualisée. On est dans la perception-action. Le joueur reçoit des informations aléatoires qu’il doit voir et traiter pour prendre une décision, puis l’exécuter. J’insiste sur le fait qu’on ne remplacera jamais le jeu en équipe par de la technologie, mais Sensiwall constitue un excellent complément pour le travail spécifique, également en rééducation après une blessure, quand on envoie un joueur courir sans qu’on fasse retravailler son cerveau.»

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Manuel Gremion