Logo

«Tout est parti en fumée en cinq minutes»

14 mai 2018 | Edition N°2246

Arnex-sur-Orbe – Plusieurs familles ont dû évacuer leur logement dimanche aux alentours de 21h30. Un incendie s’est déclaré dans une habitation au centre du village, entraînant une vague de solidarité.

«N

otre maison, notre vie, tout est parti en fumée en l’espace de cinq minutes, confie Gordana Garic, les larmes aux yeux. Cela fait vingt ans qu’on habite ici. Maintenant, on n’a plus rien.» De sa demeure à Arnex-sur-Orbe, qu’elle a entièrement rénovée avec son mari, il ne reste qu’une porte en bois et un réveil dont l’alarme résonne encore au milieu des décombres. Un incendie s’est déclaré dimanche aux alentours de 21h30 dans une maison contiguë avant de s’étendre à celle des Garic.

«Mon fils était sous la douche quand il a entendu une explosion. Il est sorti et il a vu qu’il y avait des flammes. Il nous a dit: Prenez des choses, il faut quitter la maison immédiatement, raconte Gordana Garic. J’ai pris mon sac pour emporter des chaussures et des habits et les mettre à l’abri dans la voiture, puis je suis retournée dans la maison pour récupérer des bijoux et des papiers. Je suis tombée et je me suis tordu la cheville. Je me suis relevée et me suis dirigée vers le salon. Là, un pompier m’a dit: Sortez madame, sortez! Dehors, je me suis retournée et j’ai vu ma maison en flammes.»

Comme celui de la famille Garic, plusieurs autres foyers ont dû être évacués. «C’est un voisin qui nous a appelés pour nous dire qu’il y avait le feu à côté, explique le vigneron Bernard Gauthey, qui habite la bâtisse mitoyenne à celle des Garic. Je suis sorti avec mon extincteur, mais quand j’ai vu des flammes de trois mètres de haut sur le toit, je me suis dit que ça n’allait pas suffire…»

Son domicile n’a pas été atteint par les flammes. «Ça s’est joué à cinq minutes près selon les pompiers, relève-t-il. On a des dégâts dans le grenier et une inondation, mais rien de grave, on pourra dormir chez nous ce soir (ndlr: hier).»

Plus de 70 personnes mobilisées

Bertrand Gauthey et plusieurs habitants du village sont allés chercher les tuyaux stockés dans le local du feu pour tenter de contenir les flammes en attendant l’arrivée des pompiers. «Il n’y avait pas assez de pression aux bornes hydrauliques pour atteindre le toit, ajoute-t-il. Je ne sais pas si ce qu’on a fait a été utile, mais au moins on a essayé.»

Rapidement déployés sur place, les pompiers des Services de défense incendie et secours (SDIS) de la Plaine de l’Orbe, du Nord vaudois, de Venoge Région et de Vallorbe Région ont réussi à maîtriser le feu vers 2h du matin. L’intervention n’a pas été des plus faciles car le débit hydraulique disponible dans le réseau du village était insuffisant. Le Service de protection et de sauvetage de Lausanne (SPSL) a donc dû installer un transport d’eau d’une longueur de 2 km depuis la réserve d’eau du Bugnon.

Les pompiers ont ensuite procédé à une surveillance durant plusieurs heures. Les inspecteurs de la brigade de police scientifique et du groupe incendie, ainsi que ceux de l’ECA, ont procédé aux constats techniques et lancé une enquête afin de déterminer les causes du sinistre.

Un élan de solidarité

Aucun blessé n’est à déplorer, mais plusieurs foyers ont été détruits. © Michel Duperrex

Aucun blessé n’est à déplorer, mais plusieurs foyers ont été détruits. © Michel Duperrex

Hier, la zone sinistrée était devenue l’attraction du village. Beaucoup faisaient un détour pour voir le résultat du brasier tout en offrant leur aide aux familles touchées par l’incendie, comme Alexandra, venue apporter un café aux Garic, postés devant les ruines de leur maison. «J’ai récolté des affaires à leur donner. On a trouvé des matelas, des duvets et des coussins», expliquait-elle. Soucieuse de la santé et du moral de la famille, une autre Arnésienne leur avait concocté un dîner et les a invités à venir se reposer quelques instants chez elle. «Tout le monde s’est montré si gentil avec nous, témoignait Gordana Garic. Une voisine qui vient de perdre sa belle-mère est venue nous voir pour nous dire qu’elle pouvait nous laisser une petite maison durant deux mois, le temps qu’on se retourne.»

Un sentiment partagé par Bernard Gauthey. «C’est incroyable la vitesse à laquelle tout s’est mis en place. Les municipaux sont venus le soir-même nous prêter main forte. Ils ont ouvert la grande salle pour que tous les intervenants puissent s’y établir et nous poser des questions. Ce matin encore (ndlr: hier), plusieurs entreprises, que ce soit pour la charpente, l’électricité ou la maçonnerie, sont venues sur place.»

Le dispositif des pompiers a été levé hier vers 13h20. Peu après, une alarme s’est déclenchée car de la fumée s’échappait à nouveau des décombres, sans que le brasier ne se soit toutefois ravivé.

 

Christelle Maillard