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Tragédie en trois actes au Conseil

9 mars 2020 | Edition N°2700

La triple apparition du thème hypersensible de la culture a débouché sur une séance éprouvante,  jeudi dernier.

Pour une raison qui doit être liée à un microclimat touchant la Cité thermale, les noms d’oiseaux sortent plus souvent que les rimes de la bouche de nos élus dès lors qu’il est question de vie culturelle. Après les Jeux du Castrum en 2018 puis l’Amalgame à la fin de l’an dernier, c’est cette fois autour de L’Echandole que les conseillers communaux se sont écharpés jeudi soir.

Le premier round a eu lieu dans le cadre de la réponse de la municipale Verte Carmen Tanner à une interpellation du PLR Maximilien Bernhard. Face à une «hémorragie» de départs dans le monde de la culture yverdonnoise, ce dernier avançait l’idée d’un «renforcement des synergies» et d’une «gouvernance unique» entre les deux théâtres de la ville, Benno Besson et L’Echandole. Bref, une fusion plus ou moins totale. La proposition a été poliment écartée par la municipale de la culture, qui a toutefois annoncé un suivi de situation plus poussé de la part de son service.

Reste qu’avec le mot «hémorragie» – utilisé en référence aux annonces de départs récents de Karine Tissot, du Centre d’Art Contemporain (CACY), et de Sophie Mayor de L’échandole – le ton était donné. Et l’ambiance ne s’est pas améliorée avec un postulat de Roland Villard discuté peu après. L’élu UDC demandait la mise en place d’un plan directeur de la culture. Pour la «soutenir», selon lui, mais certaines affirmations de son texte, comme l’idée que la Ville «naviguerait à vue» en matière de subventionnement, n’attestaient pas d’une solidarité à toute épreuve. Le socialiste Julien Wicky ne s’est d’ailleurs pas privé de dénoncer un style «inutilement polémique». Au final, et malgré la préparation déjà bien avancée d’un document assez proche au sein du Service de la Culture, la proposition de l’UDC a passé la rampe avec 44 oui, 22 non et huit abstentions.

La cocotte minute ne demandait plus qu’à exploser, et c’est une proposition d’un autre UDC, Ruben Ramchurn, concernant L’Echandole qui a définitivement fait basculer la soirée. Ce dernier invitait la Ville à étudier une «affectation plus polyvalente» du théâtre et des caves pour y accueillir des espaces lounge, du clubbing, en plus – ou au lieu, selon les interprétations – d’une offre que la droite accuse souvent de n’attirer que les écoles.

Si le renforcement du «caractère festif» des activités prévues dans les caves est déjà dans les ambitions de la Ville, ce troisième tercio a suscité une vive levée de boucliers à gauche. «Croisade» et «acharnement», selon le socialiste Jean-François Cand, énième intervention «farfelue»d’un élu instrumentalisant le Conseil pour «faire le buzz sur les réseaux sociaux» selon un autre socialiste, Gildo Dall’Aglio, le postulat a été modestement suivi par la droite. Suffisamment tout de même pour que son éventuelle prise en compte soit discutée au sein d’une commission.

Victoire aux poings pour la droite peut-être, mais un Conseil de plus aux allures de KO technique pour l’image de la Ville.

Raphaël Pomey