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Trentenaire et au sommet de sa carrière

6 mars 2020 | Edition N°2699

Misko Bozic a rejoint Bavois et la troisième division nationale durant le mercato hivernal. Le point d’orgue du parcours du Chavornaysan.

La plupart des footballeurs commencent fort leur carrière pour finir en douceur. C’est tout le contraire pour Misko Bozic, joueur des petites ligues durant une bonne partie de son parcours, qui n’a finalement cessé de progresser jusqu’à rejoindre la Promotion League cet hiver. Lui-même n’y aurait pas cru il y a quelques années. Et pourtant, le voilà au FC Bavois. «Quand j’étais encore junior, un entraîneur m’avait dit que le but que je devais me fixer, c’était de jouer un jour à Bavois. Voilà, j’y suis à 30 ans!, se marre-t-il. Je suis un enfant de la région, ça fait plaisir.»

Misko Bozic ne débarque pas de nulle part pour autant. S’il a fait ses gammes à Chavornay, le milieu de terrain vient de passer plusieurs saisons entre la 2e ligue inter et la 1re ligue, sous les couleurs d’Orbe, de La Sarraz-Eclépens, d’Azzurri 90 Lausanne et, depuis l’été 2016, d’Echallens. «Je me souviens que dans les ligues régionales, il m’arrivait de sentir que j’avais de la facilité, même contre des adversaires de haut de tableau, et je me disais: pourquoi pas monter d’une ligue? Je m’en sens capable si je consens à quelques efforts supplémentaires.»

Le déclic, il l’a eu quand il foulait les pelouses de 2e ligue avec Chavornay. Après avoir réalisé une préparation individuelle durant l’été, il était parti rejoindre La Sarraz, en 2e inter, avec qui il est ensuite monté en 1re ligue. «C’est à partir de là que j’ai commencé à évoluer à mon meilleur niveau.»

La patte gauche

Son parcours reste atypique, fait de hauts et de bas. Il sait qu’il n’a pas bénéficié de la même formation que la grande majorité des hommes qu’il côtoie, passés par les meilleures filières. Cela ne l’a pas empêché de tracer sa propre voie. L’appel de Bavois, club qui l’avait déjà contacté par le passé sans succès – Misko Bozic se sentait très bien à Echallens –, a fini par le convaincre de tenter sa chance en Promotion League. «Il me fallait un nouveau challenge, lance-t-il, conscient du saut à opérer. Physiquement, il aurait été plus facile de tenter ma chance à 25 ans, mais c’est aussi une question d’hygiène de vie.»

Les Bavoisans, qui lutteront pour le maintien, ont fortement renforcé leur milieu de terrain durant l’hiver, avec quatre arrivées. «Mon jour viendra et je ferai le maximum pour saisir ma chance», promet le logisticien aux EHNV, capable d’évoluer en «six» et en «huit». Il avait pourtant été formé en tant que demi offensif. «On me disait pas assez travailleur pour jouer comme milieu défensif. Peut-être ai-je changé avec le temps mais, à meilleur niveau, on m’a replacé plus bas.»

C’est à la relance que Misko Bozic, amoureux du beau jeu, est précieux. «On parle de ma patte gauche bien plus que de ma rapidité», glisse-t-il tout sourire, espérant que la compétition reprenne vite: «Dans le vestiaire, on rit de cette situation en disant que si le championnat est annulé, on sera sauvés, lâche-t-il, hilare. Et on ne pensait pas avoir 1000 spectateurs à Bavois le week-end dernier… Plus sérieusement, on a hâte que ça recommence, de pouvoir aller chercher le maintien sur le terrain.»

 

Appelez-le Misko, comme ce cheval

Peu de monde sait que Misko Bozic se prénomme en fait Aleksandar. C’est que son surnom lui colle à la peau depuis le berceau. «Notre voisin en Serbie avait deux chevaux, dont un nommé Misko, et il mettait souvent ma sœur dessus, explique le Chavornaysan. À ma naissance, et alors qu’elle n’avait que 2 ans, elle m’a moi aussi appelé Misko, car c’était plus simple qu’Aleksandar et qu’elle avait retenu ce nom-là. En plus, c’est un prénom courant. Cela dit, lorsque je raconte cette histoire, il arrive souvent que les gens ne me croient pas. C’est pourtant la vérité.»

Son pseudonyme ne l’a jamais quitté depuis. «Tout le monde me connaît en tant que Misko. Même à l’école, d’ailleurs, presque tous les professeurs m’appelaient ainsi.»

 

Il a porté le maillot à croix blanche

Misko Bozic a participé à deux reprises, en Serbie et en Italie, à l’UEFA Regions Cup. Le tournoi met aux prises des sélections régionales de plusieurs pays. Le Corbeau a ainsi porté le maillot de l’équipe de Suisse – la formation vaudoise avait remporté les qualifications nationales –  sous la houlette des entraîneurs «Tonton» Tharin et Jean-Philippe Karlen. «On avait même affronté les Serbes, se souvient-il. C’était drôle de porter le maillot suisse et d’affronter mon pays d’origine.»

À chaque fois, pendant une semaine, les sélectionnés, tous amateurs, avaient vécu comme des pros.  «On avait même des séances vidéo pour disséquer le jeu de nos adversaires, lance-t-il. Ça avait été des expériences extraordinaires.»

Manuel Gremion