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Ueli Maurer : «Le modèle vaudois est un exemple»

4 mai 2017 | Edition N°1989

Nord vaudois – A l’invitation du Conseil d’État, le conseiller fédéral Ueli Maurer a visité deux entreprises, hier. Le chef du département des finances a effectué ce déplacement avec, en toile de fond, le nouveau projet de révision fiscale pour les entreprise baptisé Projet fiscal 17.

Le conseiller d’Etat Pascal Broulis a accompagné le conseiller fédéral Ueli Maurer lors des visites des deux entreprises du Nord vaudois, hier dans la matinée. Ils se sont rendus à Orbe (Nespresso) et à Champagne (LN Industries). ©Carole Alkabes

Le conseiller d’Etat Pascal Broulis a accompagné le conseiller fédéral Ueli Maurer lors des visites des deux entreprises du Nord vaudois, hier dans la matinée. Ils se sont rendus à Orbe (Nespresso) et à Champagne (LN Industries).

Ueli Maurer, qu’avez-vous pu tirer comme enseignements de votre visite à Champagne ?

Un constat. Dans nos campagnes, qui est responsable pour la création de places de travail ? Ce n’est pas l’État. Pas le Canton, pas la Confédération, pas non plus les communes. Ce sont des entrepreneurs courageux qui osent prendre des risques. Et c’est ça la Suisse. En plus de la tradition et de l’innovation.

 

A quels défis sont aujourd’hui confrontés les entrepreneurs, et comment les aider ?

La Suisse a un franc fort, ce qui complique l’exportation. Nous profitons de salaires très élevés, qui je l’espère perdureront. Mais ces deux conditions nous forcent à trouver des avantages concurrentiels dans le cadre de la compétition mondiale. Et un des points importants sur lesquels on peut influer, ce sont les impôts. Ce Projet fiscal 17 représente ainsi un morceau d’une mosaïque à mettre en place. La concurrence planétaire se renforce notamment en ce qui concerne les arrangements fiscaux spéciaux à l’étranger. Parfois même sous la table, mais la Suisse ne joue pas à ce jeu-là.

 

Et quelle sont les solutions envisagées ?

Nous sommes aujourd’hui en train de discuter avec les entreprises, les cantons et les villes pour avoir une idée claire de ce que nous devons mettre en place au niveau fédéral. Les disparités économiques entre les cantons sont trop grandes pour que la Confédération choisissent un modèle strict. Nous devons instaurer des conditions cadres qui permettent aux cantons de conserver une certaine latitude dans l’élaboration de leur système. Et, à ce titre, le modèle vaudois est un exemple.

 

Finalement, quel sera le calendrier pour la mise en œuvre du projet ?

Nous proposerons le projet en consultation dès février 2018, afin que tout soit prêt au 1er janvier 2019. Les cantons auront ensuite environ une année pour élaborer toutes les finesses de leur système, afin de l’appliquer dès 2020.

 

Une concurrence féroce
Swiss-Tube – LN Industries SA à Champagne

 

Le directeur de Swiss-Tube LN Industries Stéphane Dobler. ©Carole Alkabes

Le directeur de Swiss-Tube LN Industries Stéphane Dobler.

Les effets du refus de la RIE III au niveau national a connu une répercussion immédiate sur les entreprises. Des plus grandes, aux plus petites. Stéphane Dobler, le directeur de Swiss-Tube LN Industries SA sait de quoi il en retourne. «On a clairement été contraints de suspendre certains investissements, ainsi la modernisation de tout l’outil de production a été mis en stand-by pour le moment en raison de l’incertitude fiscale engendrée par le rejet de la RIE III au niveau fédéral.» Pour une entreprise comme celle-ci, cette stagnation des investissement représente logiquement un risque, dans un marché extrêmement dense. «Nos concurrents internationaux, eux, n’attendent pas pour se moderniser. Chaque jour compte, insiste Stéphane Dobler. D’autre part, certaines multinationales ne s’implantent pas ou risque de délocaliser. Or, nous engageons souvent des cadres qui ont un passé professionnel dans ces multinationales, où ils ont acquis des compétences très élevées. Nous en bénéficions aussi au moment où nous engageons ces personnes. Il y a un risque de ne plus pouvoir profiter de cette opportunité-là.»

 

Certains exemples suisses préoccupent
Fiscalité – Les entreprises suisses face à la concurrence européenne

 

Le conseiller d’Etat Pascal Broulis a rappelé, hier à Champagne, l’importance de l’acceptation de la RIE III vaudoise. ©Carole Alkabes

Le conseiller d’État Pascal Broulis a rappelé, hier à Champagne, l’importance de l’acceptation de la RIE III vaudoise.

Dans le cadre de la discussion qui a suivi les visites d’entreprises, le conseiller d’État Pascal Broulis ne s’est pas contenté de soutenir le Projet fiscal 17. Il a également pris le temps d’évoquer certains exemples concrets d’entreprises qui quittent la Suisse, ou risquent de la quitter, à la suite de l’échec de la RIE III nationale. «Thermo Fischer, qui ne profitait pas d’un avantage fiscal, qui est un fleuron de l’industrie suisse et vaudoise, va peut-être aujourd’hui délocaliser, a rappelé le Sainte-Crix. Medtronic, à Neuchâtel, ferme aussi. Cela montre toute la fragilité, toute la volatilité du tissu industriel. On doit aller vite pour trouver une stratégie qui soit cohérente. Car aujourd’hui, cette lisibilité fiscale n’est pas disponible, que cela plaise ou pas au parti socialiste suisse qui a lancé le référendum. J’appelle d’ailleurs Monsieur Levrat à rapidement nous dire ce qu’il souhaite, car il demeure un partenaire incontournable.»

 

Projet pour l’avenir

 

La concurrence au européenne s’avère extrêmement vive. Que ce soit en Pologne, en Roumanie, en République tchèque, ou encore en Slovaquie, les conditions cadres s’avèrent très favorables aux entreprises, en plus de la différence de coût de la main d’œuvre. «Avec cette réforme, nous voulons que la Suisse reste concurrentielle et attractive, pour qu’elle puisse proposer des emplois ici pour nos enfants. La réforme Projet fiscal 17 c’est un projet pour nos enfants, pas pour moi ou pour Monsieur Maurer», conclut le chef du département des finances et des relations extérieures.

En février dernier, peu après le rejet par le peuple d’une RIE III considérée déséquilibrée par les opposants, plusieurs entreprises avaient mis un terme aux tractations engagées pour éventuellement s’établir dans le Nord vaudois, et notamment dans le parc technologique d’Y-Parc à Yverdon-les-Bains.

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Jean-Philippe Pressl-Wenger