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«Un franc investi dans la culture en rapporte quatre»

29 novembre 2018 | Edition N°2385

A l’heure où les manifestations soutenues par la Ville font leur bilan, les premiers retours des organisateurs sont pessimistes, et deux évènements ne seront pas reconduits. La municipale Carmen Tanner expose les enjeux de sa politique culturelle.

Après que la Braderie et le festival de musique Antidote ont déposé les armes et alors que les Brandons d’Yverdon-les-Bains doivent hiberner durant un an pour mieux se restructurer, l’heure est au bilan dans le milieu de la culture. Les manifestations de la Cité thermale sont-elles en perdition? La municipale Verte Carmen Tanner fait le point.

Plusieurs rendez-vous yverdonnois sont au plus mal après leur édition 2018. Est-ce une situation anecdotique ou symptomatique?

Si l’on compare les deux dernières années, qui ont chacune accueilli une grande manifestation (ndlr: La Schubertiade en 2017 et la Fête des yodleurs en 2018), on constate une progression générale sur le plan de la fréquentation. L’été dernier, il y a eu 83 jours de fête et 61 500 spectateurs environ et, cette année, 89 500 visiteurs pour un nombre de jours similaire. Donc le rayonnement culturel est plutôt bon.

Et sur le plan financier?

En 2017, c’était particulier, car il y avait La Schubertiade et cela a nécessité un gros investissement financier. La Commune a versé près de 600 000 francs de subventions pour les manifestations estivales. Et cette année, nous n’avons accordé que 470 000 francs.

Ce montant n’est-il pas trop faible pour la seconde ville du canton? 

Notre budget est correct, mais il y a encore un beau potentiel de développement, en effet. Ce qui est toutefois intéressant à relever, et j’aimerais que les gens s’en rendent compte, c’est que pour un franc investi dans la culture, ce sont quatre francs qui rentrent. Après, il faut être clair, une petite partie de ces sous est prise dans la poche  des visiteurs – billetterie et restauration –  et des sponsors ou proviennent de fonds privés.

Alors pourquoi la Ville n’a-t-elle pas voulu investir davantage pour sauver les Brandons ou l’Antidote?

Concernant les Brandons, vu l’organisation, il aurait été inconscient de verser davantage quand l’organisation de base ne fonctionnait pas de manière concluante. Pour rappel, les déficits de cette association se sont étalés sur plusieurs années. Pour l’Antidote, c’est différent. Malgré une organisation et une gestion très sérieuses, le modèle économique était chancelant: la programmation musicale n’a pas su convaincre le public et se retrouvait  en concurrence avec d’autres grands festivals comme l’Estivale Open Air et Rock Oz’Arènes.

A titre de comparaison, L’Antidote n’obtenait que 10 000 francs de la Ville contre 170 000 francs pour Les Jeux du Castrum. Pourquoi de telles différences? 

Nous avons choisi de pousser deux évènements yverdonnois: Numerik Games et Les Jeux du Castrum, en raison de leurs qualités artistiques, de leur professionnalisme et de leur offre différente en Suisse romande. Pour le premier, on met 90 000 francs – sans compter des prestations en nature – car le festival permet un rayonnement de la ville et qu’il a, en plus, une dimension économique. Mais on lui verse moins qu’aux Jeux du Castrum car il a déjà le soutien du Canton et de la Confédération. Quant au Castrum, j’estime qu’il est important d’investir dans cette manifestation patrimoniale qui fêtera ses 40 ans en 2019.

Les Brandons ne sont-ils pas une manifestation patrimoniale?

Si, c’est d’ailleurs pour cela que nous les aidons. Mais il y a aussi un aspect purement économique et je ne pense pas que cela soit à la collectivité de payer pour un parc d’attractions.

Que faut-il faire pour éviter que les évènements ne périclitent?

Ce qu’il manque, c’est une vraie solidarité régionale, comme sur la Riviera, où chaque habitant verse 40 francs pour soutenir la culture.

Vous souhaiteriez ainsi fédérer les communes nord-vaudoises autour d’une stratégie  culturelle?

Oui, car c’est là qu’on pèche. Il y a des communes qui voient l’intérêt d’un tel rapprochement. Je regrette toutefois que l’Association pour le développement du Nord vaudois ne voie pas tout le potentiel et l’impact des évènements culturels sur tous les autres secteurs économiques comme l’hôtellerie, la gastronomie ou les transports.

Christelle Maillard