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Un grand coup de sac à Yverdon

2 juin 2016 | Edition N°1755

Football – 1re ligue – Arrivé en février dernier sur le banc d’Yverdon Sport, Philippe Perret a tiré un bilan mitigé de ses premiers mois en vert. Il entend faire le ménage dans le vestiaire, afin de porter YS en finales de promotion la saison prochaine.

Philippe Perret n’est pas du genre à se voiler la face. Arrivé en cours de saison sur le banc d’YS, l’entraîneur neuchâtelois n’a pas joué les affabulateurs, à l’heure de faire le bilan de son printemps dans le Nord vaudois.

Philippe, comment jugez-vous vos premiers mois à Yverdon?

Au final, notre deuxième tour a été plus mitigé que positif. Il y avait clairement moyen de faire mieux. La victoire en Coupe contre Baden, lors de mon premier match, m’avait rempli d’espoir, puis on a calé. Je me suis retrouvé face à un groupe compliqué à gérer. Certains joueurs ne mettaient pas les priorités au bon endroit. Les résultats qui ont suivi ont été en dents de scie, avec des prestations indigestes à l’extérieur. Il y a, certes, eu une série de blessures qui a perturbé le bon fonctionnement de l’équipe. En plus de me compliquer la tâche, il n’y avait plus assez de concurrence dans le groupe, faute de combattants valides. Cette situation n’est jamais saine dans un vestiaire.

Au final, qu’est-ce qui a, selon vous, manqué pour qu’Yverdon parvienne à atteindre les finales de promotion?

Pas grand-chose… Mais un peu de tout. Quel que soit le niveau auquel on évolue, il faut un buteur. On n’en a pas eu (ndlr: arrivé à l’inter-saison en provenance de Xamax, Yassine El Allaoui a d’abord manqué de réussite, puis a été blessé). Ensuite, l’état d’esprit n’a pas été suffisant. On a manqué de solidarité et cela s’est payé sur terrain. Les gars capables de se jeter au lac pour les copains ont fait défaut. Certaines individualités étaient dotées d’un gros caractère -je n’ai rien là-contre, joueur j’avais moi-même une grosse personnalité-, mais elles ne l’ont jamais affirmé à bon escient, ni au moment idéal. Il y a eu des comportements empreints d’égocentrisme. Quand ça va mal, on ne peut pas toujours rejetter la responsabilité sur les autres. On doit être capable de procéder à son autocritique.

Concrètement, à vous entendre, on doit s’attendre à un gros coup de sac dans le vestaire, en vue de la saison prochaine?

Oui. Et je sais bien que ça peut paraître paradoxal de vouloir travailler dans la continuité et de se séparer de plus de la moitié de l’équipe actuelle. Mais les deux mois et demi que j’ai passés ici m’ont convaincu qu’il fallait du changement, qu’il n’était pas possible de continuer de la sorte. C’est la première fois dans ma carrière d’entraîneur que j’ai repris une équipe en cours de saison. Je n’ai pas eu la latéralité de faire grand-chose, puisque je n’ai même pas pu préparer le deuxième tour et encore moins eu mon mot à dire lors du mercato hivernal. Je ne vais pas aller jusqu’à dire que j’ai bénéficié de deux mois de rôdage, ce printemps, mais ce qui est sûr, c’est que je n’ai pas vraiment eu la possibilité d’instaurer mes valeurs. Pour moi, il reste beaucoup de petites choses à changer. Il y a des principes, des règles à mettre en place aux entraînements. Et vu l’urgence de la situation, je n’en ai pas eu l’occasion, car il fallait parer au plus pressé. Il y avait Baden à gérer, puis nous étions encore en course pour les finales de promotion. Il fallait, dès lors, se concentrer sur l’essentiel. En championnat, on a commencé par une semaine anglaise. Bref, sur huit semaines, le temps a fait défaut. Ce n’était plus possible de changer les bases de travail.

Vous avez, en quelque sorte, dû enfiler le costume d’un autre et composer avec les erreurs ou les mauvais choix opérés par d’autres, avant votre arrivée…

Je pense que les choses ont été mal gérées à Yverdon, ces deux dernières années. On ne peut pas viser les finales de promotion et changer tout l’effectif en deux saisons. Pour espérer quelque chose sur le long terme, il faut tabler sur la continuité. Cela n’a pas été fait ici. J’espère qu’on va pouvoir procéder de la sorte à l’avenir. Mais d’abord, il faudra recréer une saine dynamique de groupe dans le vestiaire. Et pour ce faire, on va devoir se séparer d’une grande partie de l’équipe actuelle. Si on parvient à monter une ossature saine, composée de compétiteurs, on pourra ensuite se contenter, comme ils le font à Bavois, par exemple, d’apporter de simples retouches lors des prochaines périodes de transferts.

Quels joueurs allez-vous conserver?

Les deux gardiens, Ludovic Zwahlen et Kennedy Rodrigues, Esteban Rossé, Babacar Dia, Lianel Lauper, Isaac Bamélé, Florian Gudit et Allan Eleouet, même si ce dernier est out jusqu’à Noël, puisqu’il s’est fait les croisés à un genou. Je compte également intégrer quelques juniors A au contingent de la une, comme je l’ai fait en fin de saison. C’est important pour moi que nos jeunes comprennent que le passage à la première équipe est accessible. Mon but est que les meilleurs d’entre eux puissent prendre la température avec le groupe et arriver à se rapprocher le plus possible du niveau des titulaires. En gros, j’espère tabler sur 16-17 joueurs et intégrer 3-4 juniors. J’avais moi-même rapidement rejoint la une lorsque j’évoluais à Neuchâtel. Mon entraîneur d’alors, Gilbert Gress, avait un principe auquel il ne dérogeait pas. Il disait que ce n’était pas l’âge qui comptait, mais bien le talent. Il n’a jamais hésité à lancer un jeune dans le bain.

Votre philosophie est évidemment louable et la base de votre équipe semble bien ancrée dans le terreau local, mais tout cela est-il réellement compatible avec les ambitions de votre comité?

Avec le projet de stade, l’investissement des sponsors, on se doit effectivement de jouer les premiers rôles, c’est vrai. Dans ce but, plusieurs renforts sont en voie d’être signés. Certains l’ont déjà été. Pour espérer un contrat ici, il faut répondre à certains critères. Il est primordial pour moi que les gars s’identifient à Yverdon et qu’ils aient envie d’en mouiller le maillot. Ils doivent être prêts à s’investir pour le groupe, à témoigner de l’envie de jouer pour nous.

Marc Fragnière