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Un labo pour tester les bugs électriques

16 mai 2018 | Edition N°2247

La Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud (HEIG-VD) a créé un laboratoire avant-gardiste à un demi-million de francs. Celui-ci permet de reproduire le réseau électrique de tout un quartier.

Que se passerait-il dans les foyers nord-vaudois si on ajoutait des nouvelles technologies pour mesurer et gérer le courant sur le réseau? «S’il ne se passait rien, ce serait déjà beaucoup!», sourit Mauro Carpita, directeur de l’Institut d’énergie et du système électrique à la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton du Vaud (HEIG-VD).

A l’heure actuelle, le seul moyen de tester une nouvelle technologie sur le réseau électrique à basse tension (lire encadré), c’est de l’insérer directement sur les installations existantes. Ce qui peut causer quelques désagréments si tout ne se déroule pas comme prévu. «Nous, les ingénieurs, avons beau faire des simulations sur ordinateurs, ce n’est pas parce qu’un nouveau procédé fonctionne sur papier que cela marchera en réalité», poursuit le professeur. C’est pourquoi, la HEIG-VD a lancé le laboratoire ReIne, dirigé par Mauro Carpita et Jean-François Affolter, qui permet de tester de façon sécurisée des produits inédits sur un réseau similaire à celui d’un quartier de plus de trente ménages.

Une révolution en marche

Ce nouveau laboratoire est un petit bijou qui a coûté un demi-million de francs, financé par la HEIG-VD et des sponsors privés. Une telle dépense en valait-elle la peine? «Oui, c’est très important parce qu’une baisse ou un excès de tension peut avoir de lourdes répercussions, non pas pour un usager qui voit sa télévision coupée quelques instants, mais pour les entreprises qui ont besoin d’une tension électrique stable et de qualité pour produire des pièces de précision, par exemple, souligne Mauro Carpita. Et surtout, le contexte actuel impose aux scientifiques et aux ingénieurs d’instaurer un changement technologique.»

En effet, le réseau électrique suisse, construit dans les années 1950-1960, a été pensé comme un flux unidirectionnel provenant des centrales thermiques, nucléaires, et hydrauliques vers les utilisateurs. Or, à la suite de la décision du peuple de sortir du nucléaire et en raison du développement des énergies renouvelables, le consommateur est devenu producteur. Tout un chacun peut désormais injecter de l’électricité sur le réseau via des panneaux solaires par exemple. «Pour l’utilisateur lambda, ce changement de paradigme est sans effet. Mais pour les distributeurs d’électricité, cela engendre des conséquences, car ils ont l’obligation de fournir un service de qualité en continu, et donc ils ne peuvent pas se permettre d’avoir un réseau qui tantôt requiert beaucoup d’énergie (ndlr: en soirée et en hiver, quand les installations privées ne produisent plus d’électricité), tantôt qui est surchargé (ndlr: en journée et l’été, les particuliers réinjectent sur le réseau l’énergie qu’ils ont en trop). Cela va créer des oscillations qui risquent d’affecter la qualité de la tension, simplifie Mauro Carpita. La stabilité du réseau passe par les technologies intelligentes, qui permettent de comprendre son état en mesurant et en analysant les flux d’énergie. A terme, elles pourront réguler le réseau automatiquement en fonction de son état ainsi que de l’offre et de la demande en énergie.»

Spécialisé dans les pannes

Si des laboratoires tels que celui de la HEIG-VD existent déjà, la particularité de celui de Cheseaux-Noréaz réside dans sa flexibilité. «L’idée, c’est plug and play (ndlr:  littéralement branche-toi et joue), relève Mauro Carpita. Les chercheurs et les étudiants de la HEIG-VD ainsi que les industriels pourront tester en conditions réelles des produits et des nouvelles stratégies. Notre système, contrairement à d’autres, permet de reproduire de nombreux schémas électriques et même de générer, de façon contrôlée et répétable, des pannes.»

Car le nœud du problème, ce sont bien les bugs. «Avec ce labo, on peut voir en direct tous les problèmes», renchérit Douglas Houmard, collaborateur à la HEIG-VD, qui se réjouit d’inaugurer le laboratoire en novembre prochain.

Gianluca Agosta