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Un Nord-Vaudois prêtre et époux à la fois

20 septembre 2018 | Edition N°2335

Naseem Asmaroo, qui officie pour la communauté suisse de l’Eglise chaldéenne, est le premier homme marié de la région à pouvoir célébrer dans le rite latin.

Le 25 novembre 2017 est une date qui restera marquée à jamais dans l’esprit de Naseem Asmaroo. L’Yverdonnois, marié depuis 2010, a été ordonné prêtre de l’Eglise chaldéenne catholique. Contrairement à l’institution romaine, elle tolère l’ordination d’hommes mariés et lorsqu’un évêque irakien, le visiteur apostolique des Chaldéens en Europe de passage en Suisse, lui a demandé s’il était disposé à passer derrière l’autel, il n’a pas hésité une seconde. «Je suis le seul à célébrer en rite chaldéen en Suisse. Environ 40% de mon ministère sont dévolus aux 250 familles qui font partie de cette Eglise et qui sont réparties dans tout le pays.» Et que fait l’abbé le reste du temps? Il œuvre pour l’Eglise romaine dans le Nord vaudois. En effet, depuis mars, il peut célébrer la messe dans les deux rites.

Une demande envoyée au Vatican

Pour que Naseem Asmaroo puisse exercer tout en étant marié, un rescrit de biritualisme – une autorisation dans le jargon ecclésial – a été demandé au Vatican par l’évêque du Diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg Mgr Charles Morerod. «C’était un geste de reconnaissance, précise celui qui était agent pastoral – laïc engagé en pastorale et muni d’un mandat de l’évêque – depuis huit ans au sein de l’Unité pastorale Chasseron-Lac, la région écclesiastique qui couvre une grande partie du Nord vaudois. Mais je ne suis pas le seul prêtre marié du canton à pouvoir célébrer la messe dans le rite latin, il y a aussi un prêtre, converti de l’Eglise orthodoxe à Vevey et un Libanais de l’Eglise maronite qui exerce entre Lausanne et Genève.»

Un emploi du temps bien chargé

Depuis qu’il a été ordonné, le planning de Naseem Asmaroo a bien changé. Le nouvel abbé doit jongler entre ses nombreux déplacements pour la communauté chaldéenne et sa fonction dans le Nord vaudois. «Mon emploi du temps est effectivement très chargé, mais c’est avant tout une question de planification.» Le curé, qui parle l’araméen, l’arabe et le français, apprend actuellement l’allemand afin de faciliter le dialogue avec les fidèles établis en Suisse alémanique. A-t-il encore du temps à consacrer à son épouse? «C’est plus compliqué qu’avant, elle est aussi bien occupée (ndlr: Lusia Asmaroo est agente pastorale laïque dans l’Eglise catholique, animatrice pour la Pastorale d’animation jeunesse du canton et aumônier), mais on y arrive toujours.»

«Laisser le choix»

Comment son ordination a-t-elle été perçue dans la région? «J’ai été très bien accueilli et ça a sans doute permis de montrer que cette pratique, qui existe depuis toujours en Orient, est possible aussi en Occident. Je pense qu’il ne faut pas faire de distinction entre les prêtres célibataires et ceux qui sont mariés.» Naseem Asmaroo espère que cette démarche pourra se démocratiser à l’avenir. «L’idée serait de laisser le choix. Je vois plein d’hommes mariés autour de moi, en Suisse, qui ont la vocation et la spiritualité, et qui pourraient très bien être prêtres.»

Des réactions plutôt positives

Choix approuvé par la paroisse

Présidente de l’Association paroissiale catholique romaine de Saint-Pierre depuis un an et demi, Christine Burkhalter affirme que la célébration des messes par Naseem Asmaroo est plutôt bien perçue. «Une grande partie des paroissiens ainsi que les catéchistes et mes collègues qui œuvrent au sein de l’Eglise sont ravis. Seules quelques personnes âgées sont contre car elles ne peuvent pas s’imaginer qu’un prêtre puisse être marié.»

Philippe Baudet, curé modérateur de l’Unité Chasseron-Lac – qui couvre une grande partie du Nord vaudois – depuis quatre ans, est heureux de pouvoir compter sur un nouveau confrère. «J’ai collaboré avec Naseem quand il était agent pastoral laïc et maintenant il est prêtre à côté de moi, c’est original et intéressant à la fois.» A l’heure de répartir les tâches des abbés, celle de Naseem Asmaroo s’est imposée comme une évidence. «Il se charge de la préparation au mariage, je pense qu’il est le plus habilité à accompagner les jeunes couples.»

Et est-ce que l’ordination d’hommes d’Eglise mariés est une solution pour combler le manque actuel et susciter des vocations? «Non, le problème est lié à la situation de l’Eglise aujourd’hui. Mais je suis favorable à l’idée de laisser le choix aux prêtres de se marier ou pas. Ce serait idéal, mais c’est une démarche qui ne pourrait être mise en place qu’à très long terme.»

Gianluca Agosta