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Un «Oui» massif pour l’initiative

26 novembre 2012

Victoire totale pour le comité d’initiative «Stop aux Bouchons»! Avec plus de 61% des suffrages, soit plus de 1600 voix d’écart, le corps électoral yverdonnois a décidé de s’offrir une route de contournement au sud de la ville.

L’initiative a été soutenue par plus de 60% des votants. Le comité d’initiative a montré le chemin à suivre du côté de Graveline.

Il n’était pas encore tout à fait 13h30, hier en début d’après-midi, lorsque Pierre Dessemontet a pris la parole pour un moment très attendu, celui de la lecture du procès-verbal des résultats de l’initiative populaire «Stop aux Bouchons». Visiblement pressé d’en finir avec une campagne qui semble l’avoir affecté, le président du Conseil communal a lu les résultats à une assemblée ultra-attentive et très digne. A la lecture du verdict, favorable aux initiants, pas un cri de joie, pas une réaction, tant à droite de la salle qu’à gauche, comme si le résultat n’avait surpris personne.

1600 voix de différence

Si même Daniel von Siebenthal, l’opposant le plus symbolique de par sa fonction de syndic, avouait juste après la lecture des résultats qu’il «s’y attendait», son camp devait, dès lors, pressentir que les Yverdonnois allaient plébisciter, car c’est bien là le mot qu’il faut employer avec 1600 voix d’avance, cette route de contournement. Pas de cri, pas de pique, rien d’autre que, dans les deux camps, une volonté affichée de clore une campagne éprouvante. Si les débats sont restés très dignes au Conseil communal et même sur la place Pestalozzi, où les deux camps se côtoyaient le samedi matin, peut-être pas avec sympathie, mais au moins avec une indifférence respectueuse, cela n’a pas forcément été le cas sur ce qu’il faut bien appeler un moyen de communication, à savoir Facebook. Entre censure, disparition de messages, dénonciations de «méthodes staliniennes», noms d’oiseaux (la colombe n’en faisait pas partie), il est vrai que la campagne a pu, par moments, s’éloigner de l’idée de la démocratie que s’en faisaient Périclès et Aristote dans la Grèce antique, laquelle avait, il est vrai, moins de problèmes de circulation qu’Yverdon aujourd’hui.

Pierre Dessemontet a ainsi regretté, après avoir lu les résultats, «une campagne virulente et même, par moments, violente», et cela, «dans les deux camps». Avec des mots forts, le président du Conseil a évoqué «la bave laissée de part et d’autre», et craint que celle-ci n’engendre «un pourrissement, un blocage». «Il est temps pour nous tous de dépasser nos clivages, dans le respect de la volonté populaire et dans le dialogue, afin que nous nous montrions dignes du mandat confié», a-t-il ajouté, très fair-play, lui qui avait appelé de ses voeux un refus de l’initiative dans les colonnes de «Temps forts socialistes», le bulletin cantonal du PS.

La suite dans quinze mois

Toujours est-il que la victoire est totale pour le PLR, la droite et tout le centre-droit, tous unanimes à défendre ce projet de route de contournement, à 50 km/h. Une victoire nette, qui est sans doute autant le fruit des partisans politiques de la droite que d’usagers de la route sans affilation politique, mais tout simplement excédés par la situation actuelle de la mobilité, ce que reconnaissent aisément tant Daniel von Siebenthal que Vassilis Venizelos, deux ténors parmi les opposants à cette initiative.

La suite du programme? La Municipalité a quinze mois pour présenter au Conseil communal le processus de construction de cette route, c’est-à-dire jusqu’au 24 février 2014. Ce délai peut être repoussé jusqu’au 24 août de la même année.

 

Un bon taux de participation

Electeurs inscrits: 19 267

Bulletins rentrés: 7455

Blancs: 137

Nuls: 4

Valables: 7314

 

Oui à l’initiative: 4475 (61,2%)

Non à l’initiative: 2839 (38,8%)

 

Participation: 38,69%

 

Des «projets-phares» pourraient être supprimés

La Municipalité est inquiète

La Municipalité d’Yverdon n’a pas tardé à réagir au résultat de la votation. Si l’Exécutif indique prendre «acte de cette décision» et annonce son intention d’initier «rapidement les démarches en vue de la mise en oeuvre de l’initiative», il souhaite également «informer la population» que, compte tenu de la complexité des procédures en matière de construction de routes», il sera «impossible de réaliser la route de contournement dans son intégralité dans le laps de temps promis par les initiants».

La Municipalité indique en effet que, «préalablement à la réalisation de cette route, des études de tracé devront être menées afin d’identifier la meilleure solution possible, qui tienne compte des quartiers existants et des planifications en cours. Il semble d’ores et déjà acquis que la construction d’un tel ouvrage se fera au détriment d’autres projets phares, la Ville n’ayant pas les moyens aujourd’hui de financer toutes les infrastructures dont elle a besoin pour assurer son développement». Concrètement? Il faudra attendre pour voir, tout comme pour savoir s’il sera possible d’éviter une suppression des subventions fédérales pour AggloY.

Timothée Guillemin

 

Les initiants dans un esprit constructif

Le comité d’initiative «Stop aux bouchons» a bien entendu célébré sa victoire. Mais il veut surtout que la route se réalise avec le projet d’agglomération AggloY.

Une partie du comité d’initiative à l’heure des résultats.

«Il va sans dire qu’on se réjouit du succès obtenu. C’est le bon sens qui l’a emporté!» Présidente du comité d’initiative «Stop aux bouchons», Aude Briand n’a pas basculé dans le triomphalisme. Daniel Cochand privilégiait lui aussi l’avenir en annonçant qu’il soutiendra nombre de mesures 30km/h afin de pacifier certains quartiers.

Se concerter

Pour Johann Gilliéron, il faut désormais que la Municipalité oeuvre plus dans la concertation, pour éviter, allusion faite à la fermeture du pont de la rue de Montagny, «de prendre des décisions à rebours du bon sens».

Serge Lovey s’est lui réjoui de la décision prise par une ample majorité des votants. Il s’en réjouit aussi pour les autres habitants de la région, qui n’ont pas eu l’opportunité de s’exprimer, si ce n’est en manifestant leur soutien au comité d’initiative. Ce résultat fait disparaître à ses yeux la perspective de voir la ville «coupée en deux au droit de la Thièle».

«Notre projet s’appuie sur ce qui est prévu dans AggloY, a une fois encore rappelé Pierrette Roulet-Grin. Ce tracé est prévu dans tous les schémas et cette liaison nous a paru indispensable.»

Pas impressionnés

Maximilien Bernhard se réjouit du fait que les Yverdonnois n’ont pas cédé aux meances: «Les Yverdonnois ne se sont pas laissé intimider ou effrayer par l’épouvantail à millions brandi par les opposants.» Et de relever au passage que «les initiants ont réussi à fédérer une majorité de la population, bien au-delà des divergences partisanes. Une partie de l’électorat de gauche a voté pour l’initiative».

Isidore Raposo 

 

Les opposants resteront attentifs à la suite des opérations

La Municipalité et le comité contre l’initiative prennent acte du verdict populaire

Le député Vassilis Venizelos et la conseillère municipale Marianne Savary (tous deux Verts), quelques minutes après l’annonce.

Les réactions, quelques secondes après l’annonce du verdict par la président du Conseil, de Daniel von Siebenthal et de Vassilis Venizelos. Tous deux, très calmement, ont pris le temps de répondre aux divers médias, acceptant la défaite, mais mettant en garde quant aux problèmes éventuels pouvant survenir lors de l’application concrète de l’initiative.

Daniel von Siebenthal (PS, syndic): «Je m’attendais à ce résultat, mais il est clair que je suis déçu… D’un côté, vous avez des arguments très simples, et de l’autre, vous devez expliquer globalement un projet, ce n’est pas aussi facile. Il est aisé de venir avec des solutions toutes faites et de dire que tous les problèmes seront réglés avec une mesure. Nous, les solutions toutes faites, nous ne les avons pas. Nous avons une série de mesures à long terme, car la réalité est plus complexe que ce que l’on nous a présenté durant cette campagne. Si l’on a mal communiqué? Non, nous avons fait ce qu’il fallait. Et pas seulement durant cette campagne, mais également avant. Il y a un mécontentement lié à la situation actuelle, je crois que c’est indéniable, et nous allons nous attacher à respecter le vote populaire, en nous mettant au travail. Mais il est clair, et nous l’avons dit avant, que réaliser un tel projet en quinze mois, en partant de rien, est une gageure. Il faut tout mettre en oeuvre, mais nous allons le faire.

Vassilis Venizelos (conseiller communal, député, co-président du comité contre l’initiative, Verts): «La première chose, c’est que nous prenons acte de ce résultat et que nous participerons aux efforts pour faire respecter le vote du peuple. Après, il est bien clair que la mise en place sera bien plus complexe que ce que l’on a pu nous dire. La procédure juridique sera longue et les projets de développement qu’Yverdon a ne devront pas être mis en péril par cette votation. Nous serons de plus très attentifs à la suite et aux promesses effectuées durant la campagne par le comité d’initiative. Déjà, sur un plan financier, ils ont martelé que le tronçon coûterait entre douze et quinze millions de francs. Nous seront très attentifs à cela, tout comme à la promesse concernant le soutien aux autres moyens de transport et au projet AggloY. S’il s’agit d’un vote faisant également office de sanction contre la Municipalité en place? J’ai entendu passer cet argument pendant la campagne, mais je n’y crois pas. Il y a une contestation contre les problèmes de mobilité, c’est indéniable. Mais cette contestation se limite à la mobilité. Pour conclure, je souhaite que l’on retrouve une certaine sérénité dans les débats.»

Timothée Guillemin