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Un pôle du savoir souffle ses dix bougies

12 janvier 2017 | Edition N°1911

Yverdon-les-Bains – La HEIG-VD va fêter, cette année, sa décennie d’existence à travers divers événements. Bilan et perspectives avec la directrice de la Haute Ecole Catherine Hirsch.

Catherine Hirsch est la directrice de la HEIG-VD depuis le 1er janvier 2012. Elle occupait le poste de directrice adjointe de la haute école depuis le début de l’année 2007. ©Ludovic Pillonel

Catherine Hirsch est la directrice de la HEIG-VD depuis le 1er janvier 2012. Elle occupait le poste de directrice adjointe de la haute école depuis le début de l’année 2007.

La directrice de la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion (HEIG-VD) Catherine Hirsch a reçu, hier, La Région Nord vaudois pour évoquer l’évolution et les défis de sa structure issue d’un regroupement, dont le dixième anniversaire sera fêté à travers divers événements cette année.

 

Catherine Hirsch, la mise en commun de l’Ecole d’ingénieurs du Canton de Vaud (EIVD) et de la Haute Ecole de gestion du canton de Vaud (HEG-VD) constituait un énorme challenge à plus d’un titre…

En plus du déménagement de la HEG-VD, qui accueille aujourd’hui un tiers de nos étudiants, il s’agissait de réunir des ingénieurs et des économistes à Yverdon-les-Bains. Ce regroupement est unique au niveau des hautes écoles romandes.

 

Après une décennie, peut-on parler de pari réussi ?

Oui, totalement. La proximité des deux domaines a permis le développement de synergies, qui ont posé les bases de programmes interdisciplinaires. J’en veux pour preuve la création, dans le secteur de la santé, du groupe «Health, Engineering & Economics» (HE&E). Des spécialistes en technologies industrielles, en technologies de l’information et de la communication, ainsi que des économistes d’entreprise, y sont impliqués. MecatronYx, le centre de recherche axé sur les mutations dans l’industrie, est un autre exemple de collaboration transversale.

 

Le rapprochement entre les acteurs de l’ingénierie et de l’économie a donc été une réussite sur toute la ligne ?

Non. Cela s’est fait progressivement et certaines tentatives n’ont pas fonctionné. La mise en place de travaux de Bachelor incluant un ingénieur et un économiste n’a, par exemple, pas été fructueuse. L’interdisciplinarité ne peut pas être imposée. C’est un choix offert à chaque étudiant à travers les options de dernière année de Bachelor.

 

Que font les étudiants de la HEIG-VD après ce cursus de base ? Ils visent un Master ?

Non, moins de 20% le font, contrairement aux écoles polytechniques et aux universités, où environ 80% des diplômés poursuivent leur parcours académique. Une formation professionnalisante et une recherche en lien avec le tissu économique, sont le fondement des hautes écoles. La plupart des titulaires d’un Bachelor trouvent un emploi directement après avoir terminé leur formation.

 

Cela implique d’être attentif à l’évolution du marché, non ?

Tout à fait. L’un de nos prochains défis consistera, d’ailleurs, à réviser la filière ingénierie de gestion, dont les besoins ont évolué.

 

Quelle action allez-vous mener en lien avec les employeurs ?

Nous envisageons d’aller à leur rencontre pour les sensibiliser aux formations en cours d’emploi. Cette approche est répandue dans les milieux tertiaires, mais elle peine à faire son chemin dans l’ingénierie. De plus, la HEIG-VD a lancé une voie à temps partiel à l’intention des sportifs d’élite, mais aussi des individus, hommes ou femmes, souhaitant cumuler études et vie de famille.

 

Le public féminin fait l’objet d’une attention particulière de votre part depuis plus d’une décennie. Expliquez-nous…

L’année préparatoire «Future Ingénieure» a pour objectif d’inciter les jeunes femmes à choisir de faire des études en ingénierie. Des stages donnent la possibilité aux élèves féminines de l’école secondaire de passer deux jours au sein de notre haute école. Il est prévu, dans un futur proche, de mettre l’accent sur les filières informatiques, où la pénurie de femmes est particulièrement importante.

 

La pénurie de collaborateurs est générale dans les MINT (mathématiques, informatique, sciences naturelles et technique). Quelles sont vos autres démarches pour susciter l’intérêt des jeunes générations ?

Avec le Centre professionnel du Nord vaudois (CPNV), nous avons mis sur pied, depuis 2012, les après-midis du club des petits inventeurs, destinés aux 8-11 ans. Le CPNV permet également aux gymnasiens et autres jeunes dépourvus de pratique professionnelle de rejoindre la HEIG-VD via une année passerelle. Le doublement de la classe l’année dernière atteste du succès de l’opération.

 

En dix ans, quels ponts avez-vous tissés avec les autres institutions de la Cité thermale ? Quelle place la HEIG-VD a-t-elle prise ?

L’ouverture sur la cité est, à mon sens, primordiale. Nous sommes bien impliqués dans la vie locale. Deux expositions -Stalker et Portrait-Robot- ont été coproduites avec la Maison d’Ailleurs. Elles ont pu compter sur la participation d’étudiants et de professeurs de notre haute-école dans le cadre d’animations. Je rappelle, en outre, que le festival «Numerik Games» est le fruit d’un partenariat entre la Ville, la Maison d’Ailleurs et la HEIG-VD.

 

Et qu’en est-il d’Y-Parc ?

Nous sommes très proches du parc scientifique et technologique. L’incubateur Y-Start héberge la plupart des start-up issues de notre haute-école.

 

Comment stimulez-vous les vocations entrepreneuriales ?

Plusieurs services aux étudiants se sont développés en une décennie. Je pense, notamment, aux cours de la Commission pour la technologie et l’innovation (CTI), organisés en partenariat avec l’EPFL, au guichet d’information réservé aux étudiants et à la bourse octroyée chaque année à un projet. La plateforme Starmac, dont l’inauguration aura lieu mercredi prochain, regroupera ces prestations.

 

La recherche et développement se porte donc bien chez vous ?

Nous sommes effectivement montés en puissance. En 2006, le volume financier des projets de recherche était de l’ordre de 10 millions de francs. Il s’élève à 18 millions aujourd’hui.

 

Et la formation continue ?

Le même constat s’impose. L’offre s’est constamment étoffée. Environ 300 personnes ont suivi, l’an passé, une formation certifiante.

 

Tous ces gens qui passent dans vos murs sont autant d’ambassadeurs potentiels…

Vous avez tout à fait raison. J’estime que plus d’efforts devraient être faits à ce sujet. L’un des enjeux à venir consistera à reprendre contact avec nos diplômés.

 

D’autres efforts ont-ils été entrepris pour fédérer la communauté estudiantine ?

Oui. Le Baleinev Festival, en proie à un passage à vide, a retrouvé un second souffle et un local a été mis à disposition des étudiants et de leur association. Certains d’entre eux ont monté des projets comme Festigeek.

 

Qu’en est-il des interactions de la HEIG-VD avec l’étranger ?

En 2016, environ 15% d’une cohorte estudiantine avait eu une expérience internationale. C’est au moins quatre fois plus qu’il y a dix ans, mais nous aimerions encore augmenter ce pourcentage. Un semestre pilote, où l’enseignement est dispensé intégralement en anglais, a été créée dans la filière haute école de gestion. Il faut admettre que la décision européenne de ne plus faire bénéficier la Suisse du programme Erasmus a constitué un frein à la mobilité.

 

Quel impact a eu l’entrée en vigueur de la nouvelle législation cantonale et fédérale sur la HEIG-VD ?

La Loi fédérale sur l’encouragement et la coordination des hautes écoles (LEHE) attribue le même cadre aux hautes écoles spécialisées, pédagogiques, aux écoles polytechniques et aux universités. Ceci constitue le paysage suisse des hautes écoles. Au niveau du canton, la Loi sur les hautes écoles vaudoises de type HES (LHEV) accorde l’autonomie. Cette dernière nous impose, en toute logique, de rendre des comptes. Notre organisation a été totalement repensée en conséquence.

La HEIG-VD c’est….

-Un total de plus de 2000 étudiants répartis sur deux sites.

-700 collaborateurs.

-10 institus de recherche et développement et autant de filières de Bachelor.

-5 départements.

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Ludovic Pillonel