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Un quartier autonome se peaufine

21 novembre 2016 | Edition N°1875

Thierrens – EcoThierrens a reçu vendredi son réservoir, pierre angulaire de son fonctionnement futur, un an après avoir séduit les acteurs de la COP21, à Paris.

En raison des mauvaises conditions météo, l’installation du réservoir a dû être reportée d’un jour. ©Michel Duvoisin

En raison des mauvaises conditions météo, l’installation du réservoir a dû être reportée d’un jour.

Ironie du sort, le quartier imaginé par le groupe Ponzio, qui puisera dans la nature les ressources nécessaires à son autarcie énergétique, était bloqué, vendredi dernier, par le vent dans une étape clé de sa conception. Les fortes rafales observées à Thierrens ce jour-là, comme sur le reste du plateau, ont, en effet, contraint de remettre au lendemain matin l’installation de la pièce maîtresse du concept durable, dont l’entrée en fonction est prévue en mai.

L’énorme citerne, d’une capacité de 85 000 litres, pèse 22 tonnes, pour une hauteur de 10 mètres. ©Michel Duvoisin

L’énorme citerne, d’une capacité de 85 000 litres, pèse 22 tonnes, pour une hauteur de 10 mètres.

Le réservoir, d’une capacité de 85 000 mille litres et livré par la maison Jenni, basée à Oberburg bei Burgdorf, un monstre de 22 tonnes, sera «le corps» d’EcoThierrens, pour reprendre le terme employé par Marc Ponzio, directeur de l’entreprise à la tête des opérations. L’ensemble de quinze logements et bureaux, répartis en quatre immeubles à la sortie du village direction Moudon, verra ses besoins en chauffage et eau chaude couverts, avec une autonomie de trois semaines sans soleil, par ce cylindre géant raccordé à des panneaux solaires hybrides (photovoltaïques et thermiques) novateurs disposés sur la toiture des bâtiments. Développés en Suède et fabriqués en Hollande, ces derniers sont en phase de pré-industrialisation. On ne les trouve, pour l’heure, nulle part ailleurs, si ce n’est en Afrique du Sud, où un autre projet pilote similaire va démarrer.

Laboratoire à ciel ouvert

©Michel Duvoisin

©Michel Duvoisin

Tester et développer de nouveaux produits liés aux énergies renouvelables sur le site nord-vaudois. Voici précisément l’un des objectifs du groupe Ponzio, bien décidé à s’engager totalement dans cette voie. En matière de production d’électricité, des panneaux solaires photovoltaïques sur la toiture, les façades et les balcons des bâtiments, des éoliennes et même des cellules photovoltaïques implantées dans l’asphalte de la route d’accès uniront leurs forces. Tout cet arsenal permettra de générer 149 000 kWh par an, soit davantage que la consommation totale du site, estimée à 106 000 kWh. Le groupe Ponzio mise sur le stockage d’électricité pour revoir à la hausse la valeur attribuée au surplus. «Nous tablons sur une capacité de stockage globale de 400 à 500 kWh, grâce à un système de batteries, pour lequel nous sommes en discussion avancée avec Leclanché à Yverdon-les-Bains. Ce potentiel nous permettra sans doute de négocier un meilleur prix de vente avec les fournisseurs d’électricité, en leur donnant l’opportunité de se servir chez nous quand ils le souhaiteront», explique Marc Ponzio. Un atout à faire valoir pour compenser le coût total du kWh «fabriqué » à EcoThierrens, qui s’élèvera à 25 centimes, soit deux centimes de plus que le standard pour le courant vert.

Miser sur le stockage

Marc Ponzio, directeur du groupe promoteur. ©Michel Duvoisin

Marc Ponzio, directeur du groupe promoteur.

Le stockage d’énergie garantira, en outre, l’approvisionnement nocturne du quartier et la recharge des véhicules électriques inclus dans le concept. «Les habitants auront, ainsi, une autonomie quotidienne de 60 km pour leurs déplacements», relève Marc Ponzio, que l’essor de ce segment de l’industrie automobile ne laisse pas indifférent. A noter, encore, qu’un autre réservoir collectera l’eau de pluie pour les WC et les lave-linge, ainsi que l’arrosage. Et que la chaleur contenue par les eaux usées sera récupérée.

Trois des cinq appartements mis en vente de ce quartier labellisé Minergie- A et -P ont d’ores et déjà trouvé preneur. Les dix autres sont destinés à la location. «Le prix au m2 s’élève à 5800 francs, soit l’équivalent ou moins cher de ce qui se pratique au Mont-sur-Lausanne», tient à souligner Marc Ponzio.

Présenté l’année dernière dans la capitale française, lors de la conférence sur le climat COP 21 (lire La Région Nord vaudois du 1er décembre 2015), cet écoquartier devisé à 8 millions de francs n’est pas passé inaperçu aux yeux de la conseillère fédérale Doris Leuthard, comme à ceux des acteurs du domaine, avec lesquels de nombreux contacts ont été noués.

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Ludovic Pillonel