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Un quatuor sème la terreur dans les stations-service

25 juillet 2019 | Edition N°2547

Nord vaudois – Quatre jeunes Yverdonnois comparaissent depuis mardi devant la justice pour avoir braqué plusieurs stations de la région.

Trois Suisses et un Portugais, âgés entre 19 et 22 ans doivent répondre de leurs actes face à la justice pour avoir braqué trois stations-service de la région. Depuis mardi, ils comparaissent devant le Tribunal criminel de l’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois, qui siège pour l’occasion à Renens.

Les faits remontent au printemps 2018, Hakim* et Youssef*, deux jeunes Yverdonnois, se sont associés pour commettre plusieurs larcins. En parallèle, Youssef informe Joël*, un caïd qui fait régner sa loi auprès des jeunes de son quartier (lire La Région d’hier), de son intention de braquer des stations-service. Un arrangement est convenu entre Youssef et Joël, qui sont actuellement incarcérés à la Prison de la Croisée à Orbe, pour que ce dernier touche une partie du butin. Un quatrième acteur, d’origine portugaise et que l’on appellera Fernando*, est avisé des plans du trio et a pour mission de cacher le magot dans son galetas, situé dans un immeuble yverdonnois.

Un pactole enfoui dans le grenier

Après plusieurs repérages, un premier braquage a lieu à la station-service des Granges-Saint-Martin, à Orbe, le 12 mai 2018. Equipé d’un pistolet soft air et d’un sac en plastique blanc, Hakim s’en prend aux deux vendeurs. «Donnez-moi les deux caisses!», ordonne-t-il. Il ramasse 2000 francs au passage avant de prendre la fuite dans un véhicule qui l’attendait à proximité. Selon le Ministère public, les trois acolytes se seraient rendus dans le galetas de Fernando afin de se partager «le butin à parts égales». Cependant, les versions des prévenus divergent sur le montant encaissé.

Quelques semaines plus tard, rebelote, mais cette fois à la station-service Shell, située à la route de Lausanne à Yverdon-les-Bains. Hakim attend la fermeture de l’établissement pour s’en prendre à une employée. La menaçant avec une arme de poing, il l’oblige à ouvrir la porte. Apeurée, la caissière lui remet l’argent de la caisse, soit un montant de 600 francs.

Un troisième braquage a lieu à la même station-service, le 3 juin 2018. Encapuchonné et le visage dissimulé par des morceaux de tissus noirs, Hakim menace deux vendeurs. Il prend la fuite à vélo en empochant la somme de 2553 francs. Si pour le premier braquage, Hakim prétend avoir touché 400 francs, il assure en revanche ne pas avoir vu la couleur de l’argent qu’il a volé à la station-service Shell. Youssef se serait chargé de le dépenser à sa place. Ce dernier s’en est d’ailleurs excusé lors de l’audience d’hier.

Le soir-même, Youssef s’est fait cueillir par la police devant son immeuble. Quant à Fernando, il s’est dépêché de jeter le butin hors de son galetas et de le dissimuler dans un buisson avant de rejoindre Joël. Les deux individus ont attiré l’attention d’un agent plus tard dans la soirée au moment où ils retournaient chercher leur magot.

Le réquisitoire et les plaidoiries se déroulent aujourd’hui à Renens.

*Prénoms d’emprunt


«La procureure se fait une fausse image de moi»

Si Joël assume les faits qui lui sont reprochés dans le premier acte d’accusation (lire La Région d’hier), il estime, en revanche, qu’il y a une injustice en ce qui concerne le second acte. «Je ne suis pas coupable», a-t-il déclaré devant le tribunal. Et de poursuivre: «Il y a une injustice. La procureure se fait une fausse image de moi en se basant sur mes antécédents. Je ne veux pas passer pour une victime, mais j’ai l’impression d’en être une.» Par ailleurs, le prévenu, qui est craint par les «petits» de son quartier, ne comprend pas pourquoi aucune mesure de sûreté n’a été prise à l’encontre de son ancien acolyte, Fernando, qui bénéficie d’un permis B.

Hier, deux témoins ont été interrogés à la demande de l’avocat de Joël, tandis qu’un autre individu connu des forces de l’ordre se glissait discrètement dans le public pour écouter les deux témoignages. À l’un des témoins qui a commis le braquage des Champs-Lovats, Me Philippe Baudraz, défenseur de Fernando, a lancé: «À Yverdon-les-Bains, vous êtes plutôt un grand ou un petit? (ndlr: caïd)» Aucune réponse. «Est-ce que cette personne présente dans la salle est venue pour surveiller vos propos?», a-t-il encore questionné en nommant l’individu qui est subtilement entré dans la salle d’audience. Bien que le témoin ait répondu par la négative, la remarque de l’homme de droit a outré Me Ludovic Tirelli, avocat de Joël.   V.Bd

Christelle Maillard