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Une belle plante aux multiples usages

29 octobre 2019 | Edition N°2612

Ces dernières semaines, les Urbigènes ont été nombreux à se plaindre d’odeurs de chanvre qui ont embaumé la région. Mais à qui est destinée cette production?

Ces dernières semaines, les Urbigènes ont cru que leur cité était devenue une plaque tournante de la culture du cannabis, tant l’odeur persistante du chanvre était présente (lire La Région du 21 octobre). La pluie, suivie par une forte bise a, en effet, porté les effluves des cultures de Fabrice Brechbühl, agriculteur à Orbe, loin à la ronde. Ses 25 hectares de plantes alors en pleine floraison ont parfumé toute la contrée.

Culture légale

Cette odeur caractéristique est due à des composés organiques: les terpènes. Ceux-ci auraient des propriétés anti-inflammatoires, antibactériennes et antivirales. La Municipalité a dû se fendre d’un communiqué sur son site et sur sa page Facebook pour calmer les esprits. «La Commune est propriétaire de ce champ, qu’elle loue à un agriculteur. Le bail est renouvelé tous les cinq ans. Durant ce laps de temps, l’exploitant a le droit de planter ce qu’il veut, dans la limite de la légalité. En l’occurrence, il s’agit de chanvre destiné à la pharma et qui répond en tous points aux exigences légales», a précisé le syndic Henri Germond. En attendant, comme Fabrice Brechbühl l’a confié au journal 24heures: «C’est la première fois que je tente l’expérience et je la reconduirai l’année prochaine. Cette culture est bio, naturelle et pousse quasi toute seule.» Comme le soulève le syndic: «Si le bruit peut être mesurable, l’odeur ne l’est pas. Comment gérer les plaintes des citoyens incommodés par une odeur? Celle-ci peut être perçue comme agréable à l’un et détestable à l’autre. Le colza a aussi une forte odeur. Et que dire de celle du purin de porc?» Des questions sans réponse…

Une plante médicinale

Les produits à base de cannabis dont la teneur en tétrahydrocannabinol (ndlr: THC, la substance psychoactive du chanvre) est inférieure à 1 % ne tombent pas sous le coup de la loi sur les stupéfiants. Ils sont vendus dans le commerce. Mais ce sont surtout ceux dont la substance dominante est le cannabidiol (CBD) qui gagnent en importance. Car celui-ci aurait des effets relaxants, anti-inflammatoires et anxiolytiques. On le trouve en droguerie. Marianne Hofer-Schwab, droguiste à la rue du Milieu, à Yverdon-les-Bains, en propose sous forme d’huile ou de teinture mère. «Ce n’est pas le premier produit que je suggère contre les douleurs récurrentes. Mais il est vrai qu’il est efficace dans certains cas. Il reste que cela ne représente qu’une infime partie de mon chiffre d’affaires», résume la droguiste.

Pour la production d’huile, on récolte les graines aussitôt qu’elles sont dures et qu’elles commencent à tomber. Dans cette huile pressée à froid, on ne retrouve pratiquement pas de cannabinoïdes. La production indigène d’huile de chanvre est encore confidentielle, même si certains moulins en proposent à partir de graines produites en Suisse. Son coût est élevé, soit entre 150 et 200 francs le litre. L’huile est très nutritive et riche en protéines ainsi qu’en acides gras oméga-3 et oméga-6. Elle peut également être utilisée comme combustible, dans les peintures, vernis, encres ainsi que dans certains cosmétiques.

Il est aussi possible de récolter les tiges à des fins textiles après le battage des graines. Cependant, vu que la récolte intervient plus tard, la qualité des fibres est moindre. En Suisse, cette filière est quasiment inexistante. Elle peut être utilisée pour fabriquer des cordages, des vêtements, de la ficelle, du papier, des moules de fabrication dans l’industrie automobile ou de l’isolation…

L’état veille au grain

Quant à la production de tête de cannabis légal, elle est beaucoup plus délicate car l’objectif est d’avoir des pieds uniquement femelles. Pour l’instant, les variétés riches en CBD ne figurent pas sur le Catalogue des variétés de chanvre édité par l’Office fédéral de l’agriculture. Elles sont réservées à une culture sous lampes, soumise à autorisation. Certains agriculteurs se sont toutefois lancés dans cette production en plein champ avec des variétés agricoles comportant une plus faible teneur en CBD.

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Une multitude de variétés

Bien que certains fassent une différence entre chanvre agricole et chanvre indien, il s’agit botaniquement de la même plante. Ce sont les modes de culture et surtout les variétés utilisées qui en font une culture agricole classique ou alors tombant sous le coup de la loi sur les stupéfiants. Des contrôles sont effectués et le cultivateur doit fournir les pièces attestant la provenance des semences, leur quantité et le but de la récolte.

Le chanvre, dont le nom latin est cannabis sativa, est une plante annuelle. Elle est peu exigeante, robuste et se prête particulièrement bien à la culture biologique. Cette plante peut être cultivée pour sa fibre, sa graine ou ses inflorescences femelles non fécondées, là où sont concentrés les cannabinoïdes, soit le  CBD que l’on retrouve dans le cannabis légal.

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Le chanvre à fumer: une cote en baisse

Patrick Rossier, gérant du kiosque Au Khédive, à Yverdon-les-Bains, est un spécialiste du cigare. Lorsque le chanvre a été légalisé, il a accepté d’en proposer, contenant entre 3 et 5% de THC. «Au début, il y a eu un réel engouement, principalement venant de quinquagénaires qui pensaient retrouver les sensations qu’ils avaient connues dans leur jeunesse. D’autres voulaient essayer par curiosité. Mais le taux de THC est tellement bas qu’ils n’ont pas été convaincus. Les ventes ont chuté assez rapidement.» Walter Barreto, qui tient le Kiosque du Château, tire le même constat: «Ceux qui recherchent les effets du chanvre ne l’achètent pas en kiosque. Les effets psychotropes sont quasi inexistants. Cette herbe n’a pour seule action que de relaxer un peu et aider certains à dormir, mais ça ne va guère plus loin.»

Dominique Suter