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Une montée à l’alpage en catimini
35e Montée de Philippe Colletà l’alpage des Môves de au-dessus de Mouthe France Passage du troupeau vendredi à soir Vaulion

Une montée à l’alpage en catimini

20 avril 2020 | Edition N°2721

Suchy – Il n’y aura aucune manifestation folklorique. Les bêtes gagneront la montagne en camion.

«Il n’y aura pas de montée à l’alpage folklorique. De toute manière, seules les frontières du Creux, à Vallorbe, et de La Cure, près de Saint-Cergue seront ouvertes pour le passage du bétail estivant en France voisine», explique Laurent Collet, éleveur à Suchy, et président de l’Association du pacage franco-suisse, section de Vallorbe. Celle-ci regroupe une cinquantaine d’éleveurs qui, à la fin du printemps, traversent la frontière avec quelque 3200 têtes de bétail, et quelques chevaux. Une partie des troupeaux du Nord vaudois ont pour coutume d’effectuer cette migration à pied, pour le plus grand bonheur des amateurs de folklore. Car les bêtes portant des fleurs, les bergers en costume traditionnel et les ustensiles d’un autre temps sur des charrettes attirent chaque année, aussi bien à la montée qu’à la descente, des milliers de personnes.

Lorsque les 150 bêtes de la famille Collet et leurs amis traversent Le Pont, les trottoirs sont noirs de monde. Habituellement, le troupeau de Suchy est transporté jusqu’à Juriens. De là, il monte à pied en direction de la vallée de Joux, traverse Le Pont dans une ambiance festive, puis Les Charbonnières, et monte jusqu’à la douane de Crêt-Charbonnet, sur la route de Mouthe, où il passe la nuit. À l’aube, il traverse la frontière après avoir effectué les modalités, et parcourt encore une bonne dizaine de kilomètres pour gagner l’alpage des Grandes Mauves, sur le territoire de Mouthe (Doubs).

Encore incertain

À ce stade, l’accord franco-suisse qui règle les modalités de l’estivage ne semble pas remis en cause par les mesures Covid. Mais l’incertitude règne encore. «Dans la situation actuelle, les mesures nationales sont ajustées de manière très dynamique, c’est pourquoi il n’est pas possible à l’heure actuelle de faire des prévisions sur les conditions qui s’appliqueront», relève Nathalie Rochat, porte-parole de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV).

Cela dit, les troupeaux ne gagnant la montagne qu’à partir de la mi-mai, et compte tenu du fait que l’échéance du 11 mai devrait être celle de l’assouplissement des mesures outre-Jura selon l’annonce faite par le président Emmanuel Macron, les troupeaux suisses devraient pouvoir passer l’été de l’autre côté de la frontière.

Des conditions strictes

En ce qui concerne la Directive cantonale fixant des mesures particulières pour l’estivage 2020, Giovanni Peduto, vétérinaire cantonal vaudois, souligne qu’elle ne diffère guère de celle des années précédentes. Cette directive règle toutes les modalités sanitaires, de contrôle et l’annonce. La contrainte de passage par la douane de Vallorbe, imposée par l’Administration fédérale des douanes, n’est pas la seule qui empêche une montée traditionnelle. «On doit respecter les mesures Covid et rien que pour la préparation d’un troupeau il faut plus que cinq personnes. Et les attroupements étant interdits, autant dire que c’est impossible», ajoute Laurent Collet. Il n’y a d’ailleurs pratiquement aucune chance que cela change, car, à ce stade, aucune manifestation regroupant du public ne pourra être organisée avant l’été.

Pas de grands cortèges

En ce qui concerne les troupeaux qui passent l’été sur le versant suisse du Jura, il est quasiment certain qu’ils gagneront la montagne en véhicule, ou en toute discrétion… «Pour le moment il n’y a pas le feu. D’habitude, seuls quelques troupeaux de vaches laitières montent à la mi-mai. Pour les autres, le départ s’effectue entre la fin du mois de mai et début juin», explique Dominique Rochat, tenancier du chalet du Suchet.

De plus, la fonte des neiges s’achève à peine et la date de la montée est aussi fixée en tenant compte de la qualité de la pâture. Pour le moment, elle ne souffre pas trop. L’herbe pousse normalement en ce printemps précoce. Mais si la sécheresse qui persiste depuis plus de 30 jours se prolonge, des problèmes sont prévisibles.

Isidore Raposo