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Une nouvelle identité pour séduire et s’affirmer

29 mai 2019 | Edition N°2508

Auteur d’une saison comptablement réussie, l’Yverdon Sport d’Anthony Braizat n’a pas toujours séduit au niveau du jeu proposé. Le technicien et les dirigeants en sont les premiers conscients.

«Qu’on soit clairs: au début de la saison, personne ne venait me parler de notre qualité de jeu, clame Anthony Braizat. On était en feu, on enchaînait. On a battu Sion II, Zurich II, Bellinzone, Cham… Et on aurait même dû taper Xamax en Coupe.» Vrai. Mais voilà, une saison ressemble rarement à un long fleuve tranquille et la réalité a assez vite rattrapé l’Yverdon Sport version 2018/2019. «La réalité, c’est que je dirige des êtres humains, qui sont dépendants de leurs émotions. Comme tout le monde, en fait…»

À l’heure du bilan, ces émotions auront assurément coûté quelques unités aux Yverdonnois. «Cinq, je dirais, poursuit l’entraîneur. D’abord, il y a eu cette défaite contre Breitenrain au premier tour, juste après l’annonce des six points perdus sur tapis vert. On n’était pas là ce jour-là, mais il faut remettre ce match dans son contexte.» Début septembre déjà, YS avait vu la 1re place s’échapper. Un premier coup dur.

La carotte et le bâton

Pour continuer à croire en une promotion, les Verts se sont rattachés au seul espoir possible: le fait que la 2e place puisse aussi être synonyme d’ascension. Puis est arrivée la sentence, fin avril. «Le week-end suivant face à Brühl, on était des fantômes. On fait 2-2, mais on aurait pu perdre ce match dix fois. À nouveau, mes joueurs sont humains. Cette réaction n’était pas volontaire, et je peux tout à fait comprendre qu’elle se produise.» Où se trouverait Yverdon Sport aujourd’hui sans ces deux rencontres perdues en coulisses face à Sion II et Münsingen? Impossible à dire. Mais ces deux épisodes-là auraient sans doute été très différents.

Quoi qu’il en soit, derrière la frustrante sensation d’avoir très vite vu les Nord-Vaudois être largués de la lutte pour le titre, demeure une autre amertume: le jeu moyennement attrayant proposé par l’un des cadors de la catégorie, dont les moyens sont censés lui permettre de dominer bien plus largement une bonne partie de ses adversaires. «Avant tout, je rappelle qu’on a obtenu 66 points sur le terrain, note Anthony Braizat. J’ai connu plus d’une saison de Promotion League par le passé où cela a suffi pour être promu. Et puis, encore une fois, quand tout allait bien, en début de la saison, personne ne me faisait de telles remarques. Maintenant, c’est vrai qu’on a perdu des hommes importants en fin d’automne dernier. Je pense à Kein Matukondolo et Bruno Caslei, par exemple. En parallèle, durant l’hiver, on s’est renforcés avec de bons joueurs de transition. On a gardé une excellente assise défensive. Je crois d’ailleurs qu’on est la meilleure défense de Suisse dans les catégories majeures. Mais le résultat, c’est que d’une équipe joueuse, on est devenus une formation de contre-attaque. Il a fallu s’adapter, on l’a fait. Même si le spectacle en a peut-être pâti.»

Devenir une équipe de possession

Voilà pour le passé. Le futur immédiat, c’est le mercato estival, qui doit permettre à YS de (re)devenir une équipe qui s’affirme par le jeu qu’elle produit lorsqu’elle a le ballon dans les pieds. «C’est l’un des grands enjeux de l’été. À partir de maintenant, on veut avoir la balle, devenir une équipe de possession, histoire d’être beaucoup moins prévisibles au moment d’attaquer. Cela passera nécessairement par des éléments à l’aise dans la construction du jeu.» Le club a notamment annoncé les prolongations de Florian Gudit et d’Adriano De Pierro, en plus de l’arrivée du latéral gauche de Team Vaud M21 Franck Nioby, qui a passé les deux dernières saisons avec la réserve lausannoise.

Le projet résumé grossièrement, Yverdon Sport veut changer d’identité sans chambouler de fond en comble son effectif, le tout en abaissant la moyenne d’âge. Un sérieux défi, sachant que le nombre d’arrivées prévues ces prochaines semaines est annoncé assez limité, et que les départs ne seront pas légion non plus.

Moins individualistes

«Ce qu’on recherche, ce sont des joueurs qui ont faim, qui s’identifient à un projet qu’on doit tous avoir en commun, reprend le technicien. Ceux qui préfèrent se regarder le nombril plutôt que de se mettre au service du collectif peuvent rester chez eux. Je ne pointe personne du doigt, mais certains doivent changer de mentalité. Être fâché à cause d’une de mes décisions, d’accord. J’ai été joueur, je sais ce que c’est. Mais dans ce cas, il faut tout donner la prochaine fois qu’on se trouve sur le terrain. Cette réaction, j’aurais aimé la voir plus souvent cette saison.» Dans cette optique, pas sûr que baser son recrutement sur des joueurs libres de Challenge League soit la meilleure des idées. D’autant plus que le club a souhaité se séparer de quelques d’éléments coûteux (Bertrand Ndzomo, Alessandro Ciarrocchi, Janko Pacar), dans l’idée de réduire un peu la voilure.

Les exceptions existent, et les joueurs comme François Marque et Mustafa Sejmenovic auront un rôle majeur à jouer dès la reprise (le retour à l’entraînement est prévu dans quatre semaines). Reste que c’est bien au sein de son secteur offensif qu’YS devra trouver des solutions, là où il faudra notamment intelligemment remplacer Pacar et Ciarrocchi, qui n’ont pas répondu aux exigences.

Florian Vaney