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Des fils de douceur pour les prématurés

15 février 2019 | Edition N°2437

Nord vaudois –  L’Yverdonnoise Stéphanie Troyon a rejoint les rangs de l’association Petites pieuvres qui joue du crochet pour le bien-être des bébés nés avant terme.

En deux ans, Stéphanie Troyon a crocheté près de quarantes petites pieuvres pour les nouveau-nés de Suisse romande. © Michel Duperrex

Un crochet, du coton, de la ouate, des collants et un peu de persévérance: voici les ingrédients nécessaires pour venir à la rescousse des bébés prématurés ou souffrant d’une pathologie à la naissance, en créant des petites pieuvres. Venue tout droit du Danemark, cette initiative a pour but de d’apaiser les nouveau-nés placés en couveuse. De plus, ce doudou les décourage de tirer sur leurs tuyaux et sondes, puisqu’à la place ils se mettent généralement à étirer les tentacules de leur pieuvre. Depuis l’apparition du concept en 2013, la Suède, les Pays-Bas, la France et la Belgique ont créé leurs propres associations. C’est en 2016 qu’un équivalent suisse romand a vu le jour sous le nom de Petites pieuvres Fils de douceur, grâce à Nadège Osmani, Emilie Ruch et Maude Di Filippo.

Des règles précises

Ces dernières se sont rapidement alliées au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) en 2017, par le biais de Carole Richard, infirmière cheffe de service, et se sont engagées à fournir près de 900 pieuvres par année pour les nouveau-nés prématurés qui y séjournent. Depuis peu, une collaboration avec l’hôpital de Sion a également été mise en place.

Les couturières doivent suivre des normes très strictes, afin de ne pas mettre en danger les prématurés. De la taille du corps et des tentacules à l’espacement des mailles, en passant par le type de coton et de rembourrage utilisés, tout a été étudié avec soin. Même le choix des couleurs a été mûrement réfléchi puisque les poulpes revêtent tous deux couleurs contrastées, afin de travailler la vision du bébé.

Gardiennes de ces principales règles de sécurité, les gérantes de l’association inspectent scrupuleusement les doudous crochetés avant de les envoyer dans les différentes institutions. «On les contrôle et on les lave deux fois. Toutes les pieuvres qui passent le test sont emballées et envoyées en néonatalogie, les autres sont expédiées en pédiatrie», explique Nadège Osmani.

Pour honorer la livraison des quelque 900 poulpes, l’association peut compter sur des bénévoles, comme l’Yverdonnoise Stéphanie Troyon, qui s’active depuis bientôt deux ans pour les prématurés romands (lire encadré). Elle souligne d’ailleurs qu’il faut de la patience et de la persévérance pour fabriquer des pieuvres qui soient dans les normes: «Qu’on sache déjà crocheter ou pas, ça prend du temps. Il faut toujours rester attentive, car c’est vite arrivé de faire des fautes. Les règles strictes sont vraiment nécessaires.» Cette Nord-Vaudoise, qui en est bientôt à sa quarantième pieuvre, ainsi que Nadège Osmani, s’accordent sur ce point: «Pour les plus rapides, il faut au minimum quatre à cinq heures pour en fabriquer une.»

Le projet fait le buzz

Depuis le début de l’année, la notoriété de l’association ne cesse de grimper, surtout sur les réseaux sociaux: «Nous avons posté un appel aux crocheteuses, car nous manquions de pieuvres. Plusieurs infirmières ont alors partagé, puis d’autres gens ont suivi le mouvement. Depuis, le sujet a fait le buzz et le groupe Facebook est passé de 700 à plus de 3300 membres en quelques semaines», se réjouit Nadège Osmani. «On en avait besoin, donc tant mieux si ça a fait effet boule de neige.» Et Stéphanie Troyon d’ajouter: «Je trouve ça génial, plus il y a de monde, mieux c’est, car le projet peut s’étendre.»

Bien qu’aucune preuve scientifique n’ait été apportée quant à l’utilité des petites pieuvres sur les bébés prématurés, l’infirmière Carole Richard soutient cette initiative: «Comme on sépare l’enfant et sa maman, ça gâche un peu la fête. Cette pieuvre, c’est le premier cadeau que reçoit le bébé. C’est un joli geste durant une situation éprouvante.» Nadège Osmani complète ces paroles: «Nous avons visité la néonatalogie, c’était assez impressionnant. Une maman est arrivée enchantée d’avoir des pieuvres pour ses jumelles. C’est touchant, surtout quand ce sont des inconnus. C’est là qu’on se dit que c’est utile.»

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Pause-café et crochet

Les crocheteuses de toute la Suisse romande se rencontrent régulièrement afin de fabriquer de petites pieuvres ensemble. Appelés «Café pieuvres», ces rendez-vous sont organisés de plus en plus souvent par les bénévoles: «C’est très libre, comme si on se retrouvait pendant la pause. On peut s’entraider et ça rend les explications plus concrètes», raconte Stéphanie Troyon.

Plus d’informations sur: www.petites-pieuvres-suisse.ch

Lara Liard