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Yverdon capitale éphémère des arbitres malentendants

6 mai 2016 | Edition N°1737

Basketball – La Cité thermale accueille, depuis mercredi soir, un week-end prolongé de directeurs de jeu souffrant d’un handicap de l’ouïe. Dix-neuf participants de neuf pays européens y prennent part.

© Carole Alkabes

Embrasser une carrière dans l’arbitrage comporte, déjà en soi, une forme de vocation, voire même d’apostolat, selon les enjeux et la rivalité qui oppose les protagonistes. Se lancer dans une telle aventure alors que l’on souffre d’un handicap de l’ouïe n’est, donc, pas une simple affaire, évidemment.

Présent lors d’un séminaire organisé à Yverdon à l’intention de personnes sourdes ou malentendantes, en tant que formateur, l’arbitre de Ligue Nationale Sébastien Clivaz pose, d’emblée, les enjeux de sa participation à un tel séminaire: «Je suis là pour leur donner des bases et les sensibiliser sur certaines bases parfois négligées de l’arbitrage. Par exemple, c’est souvent des discussions d’avant-match avec l’autre arbitre que dépend la bonne collaboration durant la partie. Il faut régler le positionnement de chacun, ce que l’on regarde, comment on juge. Par exemple, sur les situations au rebond, il est important que l’un d’eux n’ait pas les yeux rivés sur le ballon, mais qu’il observe ce qui se passe dans la raquette. Par ailleurs, dans l’arbitrage en général, il y a toujours une part d’inattendu à négocier; plus celle-ci est mince, plus la prestation des arbitres et la tenue du match seront bonnes». Des préceptes d’autant plus importants à régler pour les personnes souffrant d’un handicap de l’ouïe. «Le langage corporel doit être d’autant plus clair, car ces arbitres n’entendent, pour la plupart, pas le son du sifflet», atteste Sébastien Clivaz.

Hors théorie et pratique, les participants à cette formation écument, aussi, les hauts lieux sportifs de la région. «On essaie de leur offrir des prestations V.I.P.», explique Oliver Schott, président de l’USY Basket et membre du comité d’organisation. La délégation visitera, aujourd’hui, les locaux de la Fédération international de basketball, à Mies, et le Musée olympique, à Lausanne. Samedi, les arbitres suivront d’un oeil attentif le 3e match des demi-finales de playoffs de LNA opposant Union aux Geneva Lions, à Neuchâtel. Des activités mises sur pied grâce à la générosité des institutions et des partenaires privés. Ainsi, outre des soutiens de la municipalité d’Yverdon et de l’ADNV (Association de développement du Nord vaudois), les organisateurs ont pu bénéficier de divers coups de pouce pour réunir le budget de 22 000 francs nécessaire à la mise en place de leur séminaire, placé sous l’égide de la DIBF (la Fédération internationale de basketball des malentendants). Les arbitres de Ligue Nationale ont, ainsi, mis la main à la poche et apporté une contribution de 4000 francs.

Dix ans d’arbitrage fêtés

Cheville ouvrière de la manifestation, Vincent Guyon, arbitre sourd et ex-joueur de 1re ligue, a mis beaucoup d’énergie pour organiser ce séminaire. «La première fois que j’ai participé à ce «clinic», c’était à Venise. J’y ai tellement appris que je suis heureux de pouvoir faire bénéficier d’autres arbitres souffrant du même handicap que moi, lors de ce genre de formation. Fort de mes nouveaux acquis vénitiens, j’ai pu vaincre ma timidité et m’affirmer en tant que directeur de jeu». Une opportunité que Vincent Guyon avait vraiment à coeur d’offrir à ses congénères, pour ses dix ans d’arbitrage.

Marc Fragnière