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Une initiative pour du lait équitable

24 février 2017 | Edition N°1942

Nord vaudois – A l’heure où le bas prix du lait d’industrie occupe l’actualité, des agriculteurs parviennent à récolter un franc par litre produit, avec la collaboration de deux acteurs locaux. Les consommateurs jouent le jeu.

Jonathan Nicolet (ci-dessus) et son père Jacques ont pu trouver, à une petite échelle, une solution avec plusieurs partenaires pour s’affranchir de la baisse du prix du lait. ©Michel Duperrex

Jonathan Nicolet (ci-dessus) et son père Jacques ont pu trouver, à une petite échelle, une solution avec plusieurs partenaires pour s’affranchir de la baisse du prix du lait.

Le lait en provenance de l’exploitation des Nicolet père et fils, à Lignerolle, a depuis 2005 sa place réservée dans les rayons de La Ferme, à Yverdon-les-Bains. Estampillé «équitable», il est vendu 1,90 franc le litre. L’intérêt grandissant des consommateurs pour les produits de proximité, à la traçabilité transparente, a permis de doubler les ventes. Un pic a même été enregistré ces dernières semaines. Jonathan Nicolet a sa petite idée sur les raisons de ce plébiscite soudain. «Un client de La Ferme a posté sur Facebook, une photo de notre lait suite au reportage de la RTS sur la détresse des paysans», explique -t-il.

S’il se réjouit, naturellement, d’un tel engouement, l’agriculteur de Lignerolle s’empresse de préciser que ce modèle de commercialisation relève du marché de niche et s’applique à une quantité confidentielle de matière première. «Il s’agit, pour nous, d’un tout petit débouché. Nous produisons annuellement 620 000 kilos de lait pour le Gruyère AOP. Notre quota de lait d’industrie représente 7000 kilos, dont 4000 à 5000 kilos sont acheminés à notre point de vente yverdonnois. Le reste est transformé en spécialités fromagères à Lignerolle», indique-t-il.

La fromagerie du village s’acquitte, depuis quelques années, de la mise en bouteille, de la pasteurisation, de l’étiquetage et de la livraison du lait des Nicolet dans la Cité thermale. Elle demande 55 centimes par litre pour cette contribution. Ajoutez la marge de 35 centimes annoncée par le magasin, le franc versé au producteur, et vous obtiendrez la somme demandée aux clients de l’enseigne du chef-lieu nord-vaudois à l’achat de chaque bouteille de ce nectar.

Arrangement crucial

«Avant que ma maman ne cesse son activité de vendeuse à La Ferme, nous confiions la pasteurisation à la fromagerie de Lignerolle et nous nous occupions de toute la partie logistique. C’est elle qui assurait le transport le matin, en allant travailler», déclare Jonathan Nicolet.

Ce dernier relève que la présence de lait équitable sur la place yverdonnoise repose précisément sur l’arrangement trouvé avec les deux partenaires de la démarche. «Nous n’avons pas de véhicule frigorifique et le nettoyage des bouteilles prend du temps. Le fromager Steve Berger amène notre lait à Yverdon-les-Bains en même temps que les produits qu’il fabrique.»

De plus, l’exploitation de Lignerolle étant tournée vers la transformation en Gruyère, la mise en place d’un service de vente directe sur place est difficilement envisageable. «Il faudrait que les consommateurs viennent entre 6h et 7h le matin ou entre 16h et 18h le soir. Nous n’avons pas de stock de lait sur le domaine. Tout part directement à la fromagerie», conclut Jonathan Nicolet.

Les producteurs et la Chambre suisse d’agriculture s’insurgent contre la décision de l’IP Lait

Le comité de l’Interprofession du lait (IP Lait), qui s’est réuni mardi, a pris une décision contestée par la Fédération des producteurs suisses de lait (PSL) et la Chambre suisse d’agriculture. La première citée déplore, dans un communiqué, que le prix indicatif A pour le lait de centrale n’ait pas été revu à la hausse (ndlr : le segment A fait référence aux produits laitiers à forte valeur ajoutée, comme la crème, le beurre et les yoghurts destinés au marché suisse). La nette diminution de la production de beurre, ainsi que des livraisons de lait, mais aussi la hausse du prix de cette matière première dans les pays voisins, sont les arguments invoqués pour justifier cet ajustement.

La Chambre d’agriculture, qui s’est penchée sur la question lors de sa séance de mardi, abonde dans ce sens. «Nous lançons un appel aux transformateurs et aux acteurs du commerce de détail. On constate que les producteurs de lait sont généralement moins payés que le prix indicatif de 65 centimes par kilo fixé pour le segment A par l’interprofession. Le marché s’est équilibré, une adaptation s’impose», déclare Jacques Bourgeois, directeur de l’Union suisse des paysans.

Bonne nouvelle toutefois, le comité de l’IP Lait estime unanimement que les prix devraient remonter au 3e trimestre 2017.

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Ludovic Pillonel