Logo

Cliris quitte l’incubateur pour le parc

12 août 2016 | Edition N°1805

Yverdon-les-Bains – La start-up active dans le milieu de l’optique change de locaux à Y-Parc. Elle doit encore lever des fonds pour commercialiser son produit.

Cliris (ici l’assistante administrative Nicole Baertschi et le fondateur Didier Lutz) est en plein déménagement. ©Carole Alkabes

Cliris (ici l’assistante administrative Nicole Baertschi et le fondateur Didier Lutz) est en plein déménagement.

Cliris S.A., dont La Région Nord vaudois avait rencontré le fondateur, Didier Lutz, en mars 2014, vient de sortir de l’incubateur Y-Start pour s’établir dans le «véritable» parc scientifique yverdonnois, dans des locaux plus grands. L’objectif de cette entreprise, qui développe un coffret de nettoyage et de séchage de lunettes automatisé, est de finaliser son premier prototype à la fin du mois d’octobre et de produire 6000 pièces en 2018, puis 30 000 l’année suivante. Pour respecter ce planning dans les meilleurs conditions, Didier Lutz va devoir trouver un partenaire pour l’assemblage de l’objet et deux millions de francs dans les deux ans. L’une des pistes qu’il évoque est la réalisation d’une nouvelle campagne de financement participatif, ou crowdfunding, sur la plateforme Kickstarter, en réajustant le tir suite à l’échec de la précédente. «Notre vidéo était trop sage. Il faut que le message soit plus dynamique, à l’américaine. Nous avons trop parlé de la cartouche (ndlr : le contenant du produit nettoyant), pas assez de l’objet et du concept dans leur globalité. D’autre part, nous avons lancé cette campagne un mois avant la Coupe du Monde, cela n’était pas judicieux», relève-t- il, en indiquant être en contact avec deux structures américaines pour développer la partie marketing de l’opération.

Bien que le nombre de préventes -environ cent contre les 2000 escomptées- n’ait de loin pas été atteint, Didier Lutz souligne l’important gain en visibilité généré par la présence sur Kickstarter. Le référencement du produit sur une soixantaine de blogs spécialisés l’a fait connaître à l’international. Résultat des courses, les sollicitations de distributeurs des quatre coins du monde pleuvent. Le site internet de Cliris enregistre une à deux nouvelles pré-commandes hebdomadaires et l’obtention, en novembre dernier à l’EPFL, du Prix Alliance de l’innovation 2015, a renforcé la crédibilité du produit. Des arguments à faire valoir pour convaincre les investisseurs sur les rangs.

www.cliris.ch

Une pépinière qui a créé environ 80 emplois en cinq ans

Cliris, le coffret que l’entreprise veut commercialiser à grande échelle, s’acquitte d’un nettoyage intégral et automatique des lunettes en quatre minutes. ©DR

Cliris, le coffret que l’entreprise veut commercialiser à grande échelle, s’acquitte d’un nettoyage intégral et automatique des lunettes en quatre minutes.

L’implantation de Cliris à YParc correspond à la trajectoire empruntée par les deux-tiers des start-up passées par l’incubateur Y-Start. Fondé il y a cinq ans, ce dernier a déjà vu une quinzaine de jeunes entreprises sortir de ses murs avec, à la clé, plusieurs success stories. «Sysmosoft et Objectis emploient chacune entre dix et quinze collaborateurs sur le parc», indique Sylvain Wetzel. Le directeur d’Y-Parc évoque également CombaGroup, aujourd’hui basé à l’Agropôle de Molondin, et NetGuardians, qui a grandi parallèlement à l’incubateur.

L’examen des demandes d’entrée à Y-Start, par les yeux experts d’un comité de sélection, permet de limiter les déconvenues, mais les renoncements sont inévitables. Parmi les start-up ayant quitté l’incubateur -l’accompagnement dure en principe deux ans- et la dizaine de pensionnaires actuellement en son sein, le directeur comptabilise «cinq à six échecs effectifs ou à venir». Il tient toutefois à relever que ce ratio de 20 à 25% est peu important au regard des statistiques nationales, qui font, elles, état d’un taux de survie de 30 à 40% sur une période de cinq ans.

Dans la Cité thermale comme ailleurs, deux facteurs principaux sont responsables de la mort des start-up, observe Sandy Wetzel. Il s’agit, premièrement, des dysfonctionnements dans l’organisation. «Un ingénieur n’est pas forcément un business man. Une divergence de vision à l’interne peut aussi être en cause», illustre-t-il.

Le manque de financement est, sans surprise, l’autre ennemi du développement de projets. Le responsable d’Y-Start Vincent Schlageter tente d’y remédier en orientant les pensionnaires de vers les différentes mesures de soutien existantes.

Hormis l’«accompagnement généraliste » de ce «grand frère», l’incubateur met des locaux privatifs et communs «clé en main» à disposition des start-up. Des activités de réseautage, entre autres avec les autres entreprises du parc et les instituts de la HEIG-VD, ainsi que des animations sont également organisées. Il est aussi possible de déléguer, moyennant des frais supplémentaires, les tracasseries administratives.

Un profil particulier

La pépinière de la Cité thermale accueille majoritairement des entreprises rattachées à la sécurité informatique, aux technologies médicales (medtech) et à l’optimisation énergétique. «Cliris n’avait pas le profil type d’une start-up de l’incubateur. Didier Lutz a fini ses études il y a longtemps (ndlr : jusqu’ici, la grande majorité des hôtes sont issus de la HEIG-VD). Son produit a le potentiel pour se tourner vers la consommation de masse, alors que 90 à 95% des projets portent sur des technologies intégrées ou des solutions spécifiques pour les entreprises », commente Sandy Wetzel.

Ce qui a convaincu le comité ? Le dynamisme entrepreneurial de Didier Lutz, le fait qu’il ait de bonnes chances de faire aboutir son idée et sa volonté de tisser des liens avec l’école d’ingénieurs. Y-Start, dont la surface a doublé en 2012 (de 400 à 800m2) devrait, encore grandir prochainement. «On travaille sur un agrandissement de 200m2 dont l’inauguration pourrait avoir lieu durant le premier trimestre 2017. Grâce à l’incubateur, environ 80 emplois ont été créés dans la région. Il génère plus de la moitié de la croissance du parc», observe Sandy Wetzel.

Le budget annuel d’Y-Start est de l’ordre de 350 000 francs, dont la moitié est couvert par la Ville d’Yverdon-les-Bains, le Canton et la Confédération.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Ludovic Pillonel