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«A Paris, on a l’impression que tout peut se produire»
L'Urbigène se produira pendant un mois à Paris avec son spectacle Racontez-moi. © DR

«A Paris, on a l’impression que tout peut se produire»

1 février 2024

Culture – C’est dans un hôtel à Paris que l’Urbigène Marzia Celii reçoit La Région pour parler de la suite de son aventure avec son spectacle Racontez-moi. Deux ans après sa première représentation (La Région du 2 mars 2022), elle se confie, expose ses craintes et médite sur le chemin parcouru.

Marzia Celii, le 2 février, vous jouerez pour la première fois votre seule en scène à Paris. Comment vous sentez-vous ?

Ce que j’appréhende à Paris, c’est de savoir s’il va y avoir du monde. Ce n’est pas ma ville, je n’ai pas forcément mes proches ici donc j’ai un peu peur que personne ne se pointe le 2 février… (rires). Mais sérieusement, ce que j’appréhende vraiment, c’est de voir comment je vais me sentir quand je serai sur scène. J’ai toujours la peur au ventre avant une représentation, notamment s’il y a eu une pause entre deux. Et j’ai vraiment envie de donner le meilleur de moi-même, de me sentir vivante sur scène. Du coup, je me mets un peu la pression.

Les Parisiens et Parisiennes vous font-ils peur?

Non, pas vraiment… (rires) Le public français n’est pas fondamentalement différent du public suisse. D’ailleurs, ce n’est pas tellement de jouer en France qui me fait peur mais plutôt de jouer ma pièce et d’être contente de moi. En général, lorsque je suis satisfaite de ma performance, le public le ressent. De plus, je ne suis pas vraiment atteinte par les mauvaises critiques s’il y en a. Alors que lorsque je doute de ce que j’ai fait, je sais que je vais prendre à cœur ce qui est dit sur le spectacle.

D’autant plus que ce n’est pas la première fois que votre spectacle est joué en France. Le public français, vous l’avez côtoyé en été lors du festival Off d’Avignon. Comment était l’expérience ?

J’ai eu beaucoup de chance car l’équipe du théâtre qui m’a reçue était vraiment attentionnée. Je me suis sentie bien entourée. En plus, une amie était venue me soutenir donc c’était vraiment génial. Les personnes qui sont venues à Avignon et avec qui j’ai pu parler après le spectacle ont toutes eu un retour très positif. Elles me disaient à quel point elles avaient été touchées. Je me souviens d’avoir eu énormément de plaisir à jouer chaque représentation car je sentais qu’il y avait un vrai échange entre le public et moi. Et cette expérience me pousse à croire que je n’ai pas à m’en faire pour ce mois de février à Paris. Il n’y a pas de raisons pour que ça se passe mal.

Pour en revenir au public, vous préparez-vous différemment pour les représentations en Suisse et celles en France ?

J’ai évidemment modifié des parties de mon texte pour que les références fassent sens mais je ne joue pas différemment pour le public français. Je pense que chaque soir est une performance unique. La façon dont je performe ne dépend pas tant du pays dans lequel je me trouve, mais plutôt, des émotions que je ressens ce jour-là et du public face à moi. Il s’agit d’un échange et forcément l’énergie qu’apporte chaque échange est unique.

 

En parlant d’énergie unique, la ville de Paris est un rêve pour beaucoup d’artistes. Elle est vue comme presque magique pour certains, est-ce également le cas pour vous ?

Je dois avouer que quand j’ai écrit ce seule en scène, j’ai tout de suite pensé à le jouer à Paris. Je ne sais pas exactement pourquoi. Je crois que c’est parce qu’il y a un peu ce mythe de la ville de la culture et des artistes. Je ne sais pas si c’est un rêve à proprement parler, mais, en tant qu’artiste, je trouve que c’est une ville qui attire. A Paris, on a l’impression qu’à tous les coins de rue, quelque chose peut se produire.

Hier, à peine arrivée à Paris, alors que je marchais en direction de mon logement, une femme s’arrête et me demande si je veux aller voir le spectacle de Fabrice Luchini qui commence dans dix minutes. Elle m’explique que son fils ne pouvait pas venir et qu’elle voulait me donner le billet gratuitement. Evidemment, j’ai dit oui (rires) ! Ce que je trouve fou dans cette histoire, c’est que je venais de voir l’affiche de son spectacle et je m’étais dit que je voulais le voir. Quelle coïncidence! Et c’est cette énergie-là et cette magie que je veux prendre avec moi pendant ce mois de février. Au cours de mes représentations, je veux donner mon maximum et aussi me laisser porter par la vie, être ouverte à toutes les opportunités et rencontres.

Vous décrivez cette anecdote comme étant une coïncidence, il y en a une autre avec votre spectacle : votre première représentation remonte à février 2022, il y a deux ans ! Qu’avez-vous appris en deux ans de performance ?

Je sens que mes personnages sont de plus en plus vivants. Je n’arrête jamais de les travailler, de les creuser. Au début quand j’ai créé mes personnages, c’est comme s’ils étaient en deux dimensions et, avec le temps, je leur ai donné de la perspective. C’est aussi car, en l’espace de deux ans, j’ai énormément grandi en tant qu’actrice.

Qu’est-ce qui a changé ?

J’arrive plus facilement à accéder à mes émotions et les utiliser pour jouer les personnages. Je me souviens qu’au début, j’avais peur de perdre les personnages en les modifiant avec mes émotions. Mais maintenant, je me rends compte que ce n’est pas du tout le cas, ça ne les rend que plus vivants.

L’expérience d’Avignon m’a aussi appris des choses sur moi-même en tant que personne. Lors du festival, il faisait très chaud, pendant la journée je marchais beaucoup et j’abordais beaucoup de monde dans la rue pour les faire venir le soir même au spectacle. J’avais peu de temps pour moi et mes journées comme mes soirées étaient très intenses. Alors que je croyais avoir besoin de beaucoup de temps pour récupérer avant chaque représentation, je me suis découvert une force en moi que je ne connaissais pas.

Dans le spectacle, les personnages parlent de la chanteuse Marzia (n.d.l.r.: du groupe Marzella). Est-ce que passer autant de temps à être Marzia l’actrice vous a changée en tant que chanteuse ?

Oui, très clairement ! J’ai beaucoup grandi grâce au spectacle. Quand je chante sur scène, ma présence est différente, je suis plus fluide et j’ai un plus grand accès à mes émotions et du coup cela se voit dans mes performances.

Avant de vous laisser partir, que peut-on vous souhaiter pour ce mois à Paris ?

De lâcher prise et laisser la vie me guider, sur scène comme hors de la scène dans ma carrière d’actrice de chanteuse. J’espère également que, si des Suisses ont des connaissances, des amis ou de la famille sur Paris, ils leur diront de venir (rires) !


Infos pratiques

«Racontez-moi» un spectacle de Marzia Celii

Où : Théâtre le guichet Montparnasse, Paris

Quand : Du 2 au 25 février 2024 vendredis et samedis à 20h30 / dimanches à 16h30

Réservations :
https://www.marziacelii.com/

Andreia Portinha Saraiva