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Agressée durant son sommeil

22 août 2018 | Edition N°2315

Yverdon-les-Bains – Un ressortissant équatorien a comparu, hier, devant le Tribunal correctionnel de l’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois. En 2017, il aurait commis des actes d’ordre sexuel à l’égard d’une jeune femme ivre et incapable de discernement. Le Ministère public a requis une peine privative ferme de trente mois, ainsi qu’une expulsion du territoire suisse.

«Arrête, arrête!» C’est en ces termes qu’une jeune apprentie de l’Ecole technique de la vallée de Joux s’est défendue, lorsqu’un agresseur s’en est pris à elle, dans la nuit du 5 au 6 octobre 2017, à son domicile au Sentier. Après une soirée bien arrosée, durant laquelle la victime avait consommé plusieurs verres de rhum-coca chez des amis et bu deux shots de tequila dans un bar du village, elle a été raccompagnée chez elle par un camarade qu’elle connaissait bien. L’individu, un ressortissant équatorien âgé de 24 ans, qui vit depuis une dizaine d’années en Suisse, a comparu hier devant le Tribunal correctionnel de l’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois. Selon l’acte d’accusation, il aurait commis des actes d’ordre sexuel sur sa camarade, incapable de discernement ou de résistance, et se serait subsidiairement rendu coupable de contrainte sexuelle et de viol.

A son domicile et dans un état semi-comateux, la jeune femme s’est rendue à plusieurs reprises aux toilettes pour vomir. Le prévenu lui a alors demandé s’il pouvait rester chez elle. Fatiguée, elle lui a donné un sac de couchage pour qu’il puisse s’allonger sur son canapé puis s’est étendue sur son lit tout en gardant sa robe.

Alors qu’elle voulait dormir, le jeune homme aurait, selon l’acte d’accusation, «commencé à la caresser, d’abord sur le ventre, puis sur son sexe, avant de tenter d’introduire un doigt dans son vagin», et ceci à trois reprises. Il l’aurait ensuite pénétrée alors que sa victime répétait: «Arrête, arrête!» Lors de son audition, il avait confié que son pénis s’était «glissé entre ses fesses alors que je ne voulais rien faire avec elle».

«Non, c’est non!»

Lors de son réquisitoire, Laurence Brenlla, procureure chargée de l’affaire, a déclaré: «Quand une personne dit: Arrête ou J’ai sommeil, cela signifie: Non!» Et d’ajouter: «La victime, qui se trouvait dans un état d’ébriété avancé, a tenté d’échapper aux assauts de son agresseur, obnubilé par son propre désir. Il a donc agi intentionnellement». Coralie Devaud, avocate de la plaignante, s’est adressée directement à l’accusé: «Les actes que vous avez commis à nouveau (ndlr: lire encadré) ne s’oublieront pas!» Quant à Marianne Fabarez-Vogt, avocate commise d’office, elle a demandé: «Mais comment mon client pouvait-il comprendre qu’elle ne voulait rien?» Selon la défense, la plaignante «n’était pas incapable de résistance et de discernement». Le Parquet a requis une peine privative de liberté ferme de trente mois, ainsi qu’une expulsion du territoire suisse pour une durée de douze ans. «L’accusé a déjà eu une chance et ne l’a pas saisie. Si on ne prononce pas d’expulsion pour cette affaire, quand est-ce qu’on en prononce?» a lancé Laurence Brenlla. Et l’accusé de conclure: «Je suis désolé pour ce malentendu. Toute ma vie se trouve en Suisse. Ici, j’ai ma famille, mes amis, ma petite amie et mes études.»

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Sur le banc des accusés pour une affaire similaire

En 2013, le prévenu avait été condamné pour des actes d’ordre sexuel à l’encontre d’une autre jeune fille. Il avait violé sa victime, lui avait arraché les cheveux et l’avait giflée à plusieurs reprises tout en filmant la scène. Mineur au moment des faits, il avait écopé de neuf mois de prison avec sursis par le Tribunal des mineurs.

Hier, la mère du prévenu, qui comparaissait comme témoin, a déclaré n’avoir jamais été au courant de cette affaire, alors qu’elle était sa représentante légale à l’époque.

Quant à sa petite amie actuelle, avec qui le prévenu n’a jamais entretenu de rapports intimes, elle a affirmé qu’il était quelqu’un de «très respectueux». Toutefois, la jeune horlogère n’était pas au courant que son petit copain avait déjà comparu pour une affaire identique il y a cinq ans. «Si j’ai demandé à être entendue, c’est parce que je ne pouvais pas croire que ce qu’on disait sur lui était vrai», a-t-elle assuré à Sébastien Schmutz, président du Tribunal. «Je reste persuadée qu’il n’a pas pu faire ce qu’on lui reproche.»

Valérie Beauverd