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Au four et au moulin, une smala échafaude son futur nid douillet

22 août 2018 | Edition N°2315

Biolay-Magnoux – L’ancien édifice qui servait à récolter les céréales et à abriter le meunier retrouve une seconde jeunesse grâce à une coopérative d’habitation.

Nathalie Rosat (à g.), Patrick Kohler, Alex Zieger, Cyril Maillefer, Antoine Poget, Gabriel Maillefer, Baptiste Bieri et Claudine Meier forment une smala dans l’ancien moulin du village. D’autres habitants sont attendus dès l’automne. © Gabriel Lado

Quand on s’arrête au vieux moulin de Biolay-Magnoux, on est tout d’abord surpris par l’important échafaudage qui enveloppe la bâtisse. Des seaux de peinture et des plaques d’isolation en chanvre par-ci, des poutres en bois et des briques par-là, on ne sait plus où donner de la tête dans ce vaste chantier. Aussitôt, une voix douce et accueillante, qui contraste avec ce magma poussiéreux, se manifeste à l’étage. «Soyez la bienvenue chez nous», glisse Claudine Meier, l’une des fondatrices de la coopérative d’habitation de Bioley-Magnoux. En 2009, elle s’est lancée avec cinq autres personnes dans un projet d’envergure: acquérir le vieil édifice, qui servait à moudre le grain jusqu’au milieu des années 1980, pour en faire un lieu de vie commune. «Avec Antoine (ndlr: son compagnon), on a vécu de nombreuses années à la Ferme des Tilleuls à Renens (ndlr: une maison liée à un contrat de confiance), révèle la jeune femme qui porte de longues dreadlocks sous un foulard blanc. «On avait envie d’habiter dans un endroit plus pérenne», poursuit son ami. C’est au cours d’une soirée qu’ils ont décidé, avec d’autres amis actifs dans le travail social et sensibles à l’écologie, de réaliser leur rêve. «Dans notre société, c’est difficile d’avoir accès à la propriété», soutient Patrick Kohler, qui a déjà vécu dans une coopérative d’habitation, au Château de Corcelles-sur-Chavornay. «On a la chance de vivre une liberté incroyable, même si on n’est pas toujours d’accord entre nous», reconnaît Cyril Maillefer, qui s’est greffé au projet avec son fils Gabriel, il y a un an.

Pour ce faire, la coopérative – elle est reconnue d’utilité publique par la Confédération – a investi plus de 300 000 francs de fonds propres pour acquérir ce bien immobilier. La Banque alternative suisse a, quant à elle, accordé un prêt de 500 000 francs. Grâce à des parts sociales de plus de 3000 francs par 10m2, chacun a la possibilité de disposer d’un espace privé. D’ici à la fin de l’année, huit appartements et cinq locaux artisanaux verront ainsi le jour. «Nous produisons déjà de l’huile de lin pressée à froid et disposons de quelques buttes de permaculture», remarque Claudine Meier.

Une alchimie complexe

Mais comment toute cette smala parvient-elle à s’entendre? «On se réunit deux fois par semaine pour les parties technique et administrative du projet», affirme Antoine Poget, qui considère que le dialogue est la pierre angulaire pour développer de bonnes relations au sein de la coopérative. Par ailleurs, il est prévu dans la charte que chaque locataire consacre une journée de bénévolat par semaine à l’élaboration du projet. «On ne peut pas se payer des maîtres d’ouvrage pour chaque poste, poursuit Antoine Poget. C’est pourquoi on bénéficie des compétences et du savoir-faire de chaque habitant. Et c’est une richesse que de pouvoir échanger ainsi.»

Toutefois, les 14 membres de la coopérative  – ils sont âgés de 2 à 65 ans – ne considèrent pas qu’ils vivent au sein d’une communauté pour autant. «On ne partage pas tous les moments de vie ensemble. Si j’ai envie de préparer un repas dans la cuisine commune, je le fais. Sinon, je cuisine dans mon appartement et ça me convient aussi.»

La coopérative est à la recherche de nouveaux locataires. Une période  d’essai de six mois s’avère toutefois nécessaire pour apprendre à mieux se connaître. «On s’est rendu compte que l’idée de vivre dans une coopérative plaisait beaucoup. Mais parfois, entre le rêve et la réalité, il y a un fossé et certains déchantent vite», conclut Patrick Kohler.

Valérie Beauverd